Théologie

Le Covid et la ligature d’Isaac

Dans le judaïsme, le sacrifice d'Abraham s'apelle la ligature d’Isaac, car Isaac n’a pas été sacrifié, juste lié. L'analyse du théologien Antoine Nouis.

Un contenu proposé par Le blog d'Antoine Nouis

Publié le 11 mai 2020

Auteur : Antoine Nouis

Plusieurs interlocuteurs ont opposé le récit du sacrifice d’Abraham à mon dernier article, ce qui me donne l’occasion de revenir sur ce texte en appui de ma lecture. Tout d’abord le récit s’appelle dans le judaïsme la ligature d’Isaac, car il n’a pas été sacrifié, juste lié.

Dans son livre Crainte et tremblement, Kierkegaard a fait de ce récit un sommet de la foi qui relève d’une confiance absolue plus grande que les attachements les plus légitimes. Cette lecture est attrayante parce que la radicalité séduit, mais il faut la déconstruire en revenant au plus près du texte.

Dans la traduction NBS (Nouvelle Bible Segond), le Seigneur dit à Abraham : « Prends ton fils… celui que tu aimes… offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai[1]. » Dans l’expression offre-le en holocauste, le verbe offrir a la même racine que le mot holocauste, c’est un hébraïsme que l’on pourrait traduire : « Sacrifie-le en sacrifice » ou : « Offre-le en offrande. » Le verbe traduit par sacrifier signifie aussi élever, si bien que l’on peut aussi traduire, comme le fait Chouraqui : « monte-le en montée », ou comme Rachi : « fais-le monter. » L’offrande est ce que l’on fait monter vers Dieu, mais tout ce qu’on fait monter vers Dieu n’est pas forcément un sacrifice.

Dieu demande à Abraham d’élever son fils, mais Abraham entend « sacrifie-le » parce qu’il est dans la mentalité qui consiste à penser que le plus grand cadeau qu’on peut faire à Dieu est ce que nous avons de plus cher. Le chapitre montre que Dieu ne veut pas la mort du fils, mais qu’Abraham l’élève en le laissant partir. Nous en trouvons en signe dans la suite du récit. Abraham et Isaac discutent sur l’agneau qui sera sacrifié, mais au bout du compte, ce n’est pas un agneau qui a été immolé, mais un bélier. L’agneau est l’enfant et le bélier le père. Ce qu’Abraham a dû sacrifier, c’est un père qui représente sa propre paternité pour qu’il apprenne que son fils ne lui appartient pas et qu’il doit le laisser s’élever. Dans le dernier verset, Abraham redescend seul du mont Moriya, il a enfin laissé partir Isaac.

Une sourate du Coran va dans le même sens que mon interprétation en racontant l’origine de Satan de la façon suivante. À la création du monde, Dieu a demandé aux anges de s’incliner devant l’homme qu’il se proposait de créer. Un ange a refusé de s’incliner devant une créature. Cet ange était Satan (Coran 7.11-12, 17.61). Selon une interprétation de cette sourate, Satan est Satan parce qu’il a préféré Dieu aux humains. Lorsqu’il est prêt à sacrifier son fils, Abraham est plus dans la logique du Satan que dans celle du Dieu de la vie.

Pour en revenir à notre situation sanitaire et économique, le récit de la ligature d’Isaac nous interroge : Est-ce que nous préparons à nos enfants à s’élever ? Est-ce que nous leur laissons un monde où ils pourront s’épanouir, ou est-ce que nous les sacrifions sur l’autel de nos peurs et de nos égoïsmes ?

[1] Gn 22.2.

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