Comment apprendre le goût aux enfants ?

Comment apprendre le goût aux enfants ?

Entre cantine aux goûts aseptisés et fast-food aux saveurs standardisées, nos enfants ont tendance à réduire de plus en plus leurs goûts - et par conséquent leurs choix alimentaires.

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Publié le 12 octobre 2017

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

Ce sont de petits consommateurs difficiles à nourrir et très sûrement menacés par le surpoids. Si, comme moi, vous avez déjà, petits, mangé de la cervelle, du foie ou des cuisses de grenouille – toutes choses pour lesquelles je n’ai plus d’appétences aujourd’hui – vous vous félicitez toutefois d’avoir eu ces choix là, pour former votre palais et construire vos propres goûts. Et il faut bien le reconnaître, le goût, c’est aussi une histoire d’éducation, et ça se transmet.

Notre mode de vie moderne met à mal notre façon de nous alimenter. Aujourd’hui, peu de familles partagent encore leur déjeuner : les uns au restaurant d’entreprise, les autres à la cantine et aussi ceux qui se débrouillent en mangeant à l’extérieur – et le plus souvent au bureau – une salade ou un sandwich sous plastique… Le repas du soir reste le seul confectionné et partagé en famille, mais le temps qui y est consacré fond comme neige au soleil : moins 25% en moyenne sur ces 25 dernières années sur une semaine – et environ 35 minutes maximum pour élaborer le repas du soir. Dans le même temps, le « snacking » (nourriture sur le pouce) a progressé de plus de 10%. Le rayon du prêt-à-manger est en progression croissante ; les plats préparés représentent près de 37% de la consommation des ménages*.
Dans ces conditions – et pour reprendre un célèbre slogan – on a tendance à manger « trop gras, trop salé et trop sucré », mais surtout, les goûts sont normalisés : il faut que le jambon soit rose (comme les crevettes, et le saumon), les sauces gélifiées enveloppent des poissons insipides, les carottes sont orange fluo, la sauce tomate carmin et la viande hachée nous a fait prendre le cheval pour du bœuf…

S’il est bien évidemment difficile de revenir en arrière – et inutile pour cela d’accuser le travail des femmes – on peut tout de même garder quelque espoir de sauver nos enfants de ce désastre gustatif, au pays de la gastronomie. Quelques idées à partager et tester, pour en faire de futurs grands gourmets…

Faire la cuisine en famille

C’est en forgeant que l’on devient forgeron, et en cuisinant que l’on y prend goût. Associez vos enfants à la préparation des repas, d’abord le week-end (on a plus de temps) et aussi un soir par semaine. Expliquez-leur, donnez-leur envie… En mettant les mains à la pâte, en goûtant les aliments bruts, en voyant se transformer les produits, on comprend mieux comment ça se passe – et surtout on a envie de faire pareil. J’ai le souvenir ému d’un livre de cuisine pour enfants (« La grande cuisine des petits chefs », pour ne pas le nommer), dans lequel je puisais avec ma grand-mère des recettes super simples que l’on préparait toutes les deux. C’était un moment de complicité, et quelle fierté de partager ensuite ce que l’on avait cuisiné ! Et je n’avais qu’une envie : recommencer. Je ne vous ferai pas le coup de la madeleine de Proust, mais il faut en convenir : la nourriture est bien plus que de l’alimentation (voir encadré).
Dès qu’il ont 12/13 ans, proposez à vos enfants de prendre en charge un des repas du soir. Ils ont carte blanche, mais avec quelques recettes bien maîtrisées (et sûres), apprises avec vous. Bon, attendez-vous à manger souvent des croques-monsieur ou des coquillettes – c’est le jeu, mais vous pourriez vite être surpris par un risotto. Et quel bonheur pour les parents de se mettre les pieds sous la table !

Commenter ce qu’on mange

Non pas pour critiquer, mais pour jouer. A la maison ou au restaurant, retrouvez les goûts, les ingrédients… Demandez-vous : comment je ferais cela ? Amusez-vous aussi à varier les modes de cuisson, les textures… La restauration rapide habitue nos enfants à une nourriture élastique et à tendance sucrée. Quasi infantile. Faites-leur découvrir le croquant, le cru, le mariné, les épices, les herbes fraîches… On a le droit de dire que l’on aime pas, mais au moins on goûte un peu – au minimum, on « renifle ».
Soyez inventif. Faites-en un jeu : on a deux aubergines, un rouleau de pâte feuilletée, de la moutarde (et quelques produits du placard)…qu’est-ce qu’on peut faire ? (Réponses non exhaustives : une quiche aux légumes, un feuilleté en y ajoutant crème et jambon, des lasagnes avec de la béchamel ou de la viande hachée, un velouté avec des gressins feuilletés au pavot, un tartare d’aubergine au sésame et soja sur un disque de feuilleté…).

Avoir des recettes affectives

Si vous n’êtes pas un(e) adepte du « Fourzitou »**, établissez le top 3 de vos meilleures recettes familiales. LE plat qui met tout le monde d’accord et qui rend heureux. Celui que l’on prépare seul ou à plusieurs, pour faire plaisir, et que l’on ressort dans les grandes occasions : le poulet au citron à la peau croustillante, le gigot de 7 heures longuement compoté, le gratin dauphinois délicatement aillé, la Caesar salad maison, la tarte tatin fondante, les œufs à la neige ou la brioche de mon oncle…

Aller au marché

Ça n’est ni has been, ni réservé aux bobos. Le marché, c’est le royaume du frais accessible – on ne vous demande pas non plus d’aller chercher le lait au pis de la vache…
Sur un marché on furète, on repère les produits : une pomme de terre pour faire des frites n’a rien à voir avec une autre variété pour la purée. On comprend les saisons – et la provenance des fruits et légumes. On ne se laisse par berner par les melons charentais qui viennent d’Espagne, ni par les girolles polonaises pleines d’eau. On se fait une idée des prix. Pour la Lorraine d’origine que je suis, je rappelle que, non, il n’est pas normal de payer 9€ pour un kilo de mirabelles en plein mois de septembre !
On (re)découvre les radis qui se croquent tout seuls, ou le radis noir dont on trempe des lamelles fines dans du houmous (fait maison en 3 minutes) ou les betteraves crues qui cuisent sans effort en croûte de sel et qui n’ont rien à voir avec celles de la cantine.
Chez le boucher, le volailler ou le poissonnier, on réalise que le poulet n’est pas carré, le poisson n’est ni en cube, ni pané, ni orange. On voit la différence entre un rosbif et une côte de bœuf, un tournedos et un onglet… Et quand on trouve un légume bizarre, on lui cherche une recette sympa sur internet. L’an passé une amie m’a fait découvrir le gratin courge spaghetti/potimarron/butternut – certes avec un peu de fromage frais et de crème fraîche – sur lequel je n’aurais pas misé un kopeck, et qui est depuis rentré dans nos « top-recettes » !
Mais on reste réaliste : difficile d’éplucher un kilo d’épinards frais qui va « tomber » en trois cuillères à soupe une fois cuit. Écosser les haricots verts ne se fait pas tous les jours non plus. Donc on garde des alternatives du côté des surgelés, mais de bonne qualité : bio et bruts. S’il faut ajouter quelque chose à la recette, il vaut mieux que ça soit vous qui le fassiez : vous choisirez de meilleurs ingrédients qu’un industriel, et vous aurez la main moins lourde.
Est-ce plus cher ? Oui, parfois. Mais si on est malin, que l’on compare, que l’on achète de saison ou que l’on participe à une AMAP***, ça peut être profitable. Et à la longue, les plats tous prêts alourdissent autant votre budget que votre tour de taille.

Planter, récolter…

Et si le désir du goût naissait encore avant – c’est à dire dans la terre ? Si l’on participe à une AMAP, elles proposent souvent des visites au moins une fois dans l’année pour venir sur place voir comment ça se passe. On touche, on discute, on apprend… Soudain, la nourriture est vivante ! Il existe aussi des fermes où l’on peut cueillir soi-même fruits, légumes, herbes fraîches… On passe un bon samedi ou dimanche, et ensuite on se régale. C’est un peu comme si on avait pris le temps de faire connaissance avec les légumes que l’on a récoltés.
On peut s’abonner à un poulailler, ou à une ruche. Et à la maison, une jardinière ou un petit balcon suffisent pour faire pousser persil, coriandre, basilic, thym, estragon, romarin… Et si l’on a un peu de place dans son jardin, pourquoi pas un potager ? Il existe de nombreux tutoriels, y compris pour les grands débutants.
Pourquoi ne pas faire son pain ? Une activité pour le dimanche, dont on profite toute la semaine.
J’espère que cet article vous aura fait saliver… Et maintenant, à vos goûts, prêts, partez !
Du 9 au 15 octobre, c’est la semaine du goût, avec plein d’animations à découvrir : ateliers, visites, dégustations…
Programme complet ici.

*Source : Ministère de l’Agriculture – Etude « Prêt-à-manger », décembre 2016
** Le bien nommé gratin roboratif de Fabienne Lepic dans la série « Fais-pas-ci, fais-pas-ça »
*** Association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Pour en trouver une près de chez vous : www.reseau-amap.org

Deux grands souvenirs culinaires
Un blog, c’est très personnel, et on peut parfois y partager des souvenirs. Deux me reviennent souvent, en me faisant parfois monter les larmes aux yeux. Ma grand-mère protestante était une cuisinère merveilleuse – ses frères aussi. Ils nous ont si souvent réjouis aves leur cuisine !
J’ai été opérée de l’appendicite lorsque j’avais cinq ans. Ma mère me veillait toute la journée, mais à l’hôpital où je devais passer quelques jours, je mangeais peu. La nourriture des plateaux-repas me paraissait bien fade à côté de celle de la maison, je chipotais. Qu’à cela ne tienne ! Ma grand-mère débarqua un soir dans ma chambre, telle une fée, avec un thermos qui contenait… des raviolis à la sauce tomate. Quel étonnement ! Des pâtes fraîches et fondantes, avec une sauce maison, dont j’ai encore le goût dans la bouche. C’est un moment inoubliable.
Bien plus tard, alors qu’elle venait me rendre visite à Paris, elle réconfortait la petite provinciale montée à la capitale que j’étais avec des barquettes de choux farcis – l’un de nos plats préférés. Elles émergeaient de sa valise en effluves d’agneau et de laurier, et nous les partagions ainsi toutes deux. Lors de sa dernière visite – dont je ne savais pas que c’était la dernière – il y en avait tant qu’une barquette de quatre choux bien dodus finit dans mon congélateur. Trois semaines plus tard, ma grand-mère décédait brutalement. Les choux surgelés m’ont longtemps donné envie et alimentaient un dilemme. C’était un peu d’elle qu’il me restait. Il m’a fallu un jour me décider à les déguster, au risque de les perdre. Ce fut notre ultime moment de complicité.

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