Dans La Maison dorée (Ennafoura), la réalisatrice tunisienne Selma Baccar croise les destins de trois femmes en détresse dans le tumulte du Printemps arabe. Inspiré de faits réels, ce huis clos sensible explore, entre mémoire politique et quête intime, les chemins fragiles d’une reconstruction portée par la solidarité féminine.

La Maison dorée appartient à cette catégorie de films qui déroutent avant de captiver durablement. On y entre sans repères, mais la beauté des images et la densité humaine finissent par emporter l’adhésion. Une jeune femme erre dans une ville troublée, tirant sa valise, cherchant un lieu mystérieux. Peu à peu, les indices se rassemblent. Nous sommes à Tunis, en 2013, en plein Printemps arabe, alors que la société tunisienne se débat entre aspirations démocratiques et tensions politiques.

Tunis, 2013, à hauteur de femmes

Figure importante du cinéma tunisien, Selma Baccar, première femme réalisatrice et productrice de son pays, signe ici une œuvre tardivement distribuée en France. Fidèle à son engagement, elle choisit de raconter cette période à hauteur de femmes.

Dans un hôtel en bord de mer, tenu par l’énigmatique Madame Josette, trois trajectoires se croisent. Il y a Jalila, intellectuelle désabusée par les compromissions politiques et conjugales ; Salwa, blessée qui retourne sa douleur contre les hommes ; Marwa, étudiante prise au piège d’un mariage clandestin et de pressions idéologiques. Trois parcours différents, mais un même point de bascule, la détresse. Dans ce lieu hors du temps, à la fois refuge et espace de recomposition, une sororité fragile se tisse. La cinéaste filme avec délicatesse cette rencontre improbable, laissant affleurer les blessures sans jamais céder au didactisme. La grande Histoire, faite de manifestations, de débats, d’espoirs, de trahisons… traverse les destins individuels, mais sans les écraser. Au contraire, elle agit comme un révélateur, en retrouvant le chemin de l’engagement, Jalila ravive une flamme qui contamine les autres.

Des allures de conte moderne

Porté par une photographie délicate et des interprétations habitées, La Maison dorée prend des allures de conte moderne. Un conte ancré dans le réel, où l’entraide devient chemin de relèvement. Cette œuvre nous rappelle que, dans un monde fracturé, la dignité se reconstruit souvent dans l’accueil de l’autre et la fidélité à une espérance. Même vacillante, elle demeure une force de vie.