Le rideau s’ouvre sur une illusion. Et peut-être aussi sur une vérité. Pour inaugurer Cannes 2026, Pierre Salvadori a présenté La Vénus électrique, projeté le 12 mai au Grand Théâtre Lumière après une élégante cérémonie d’ouverture menée par la lumineuse Eye Haïdara, à la fois puissante et délicate. Au cours de la soirée, Elijah Wood a remis à son mentor Peter Jackson une Palme d’or d’honneur, avant que Gong Li et Jane Fonda ne déclarent ouverte cette 79e édition du Festival de Cannes.

Quand le mensonge devient consolation

Le film, sorti simultanément dans les salles françaises, nous transporte dans le Paris de 1928. Antoine Balestro, peintre à succès interprété par Pio Marmaï, ne parvient plus à créer depuis la mort de son épouse. Lors d’une séance spirite improvisée, il croit entrer en contact avec la défunte. Mais derrière la voix venue de l’au-delà se cache Suzanne, une jeune foraine jouée par Anaïs Demoustier, qui s’est introduite là par hasard… et par faim. De cette imposture naît pourtant un étrange miracle. L’artiste retrouve peu à peu son inspiration.  

Depuis ses débuts, Pierre Salvadori construit un cinéma des déséquilibres affectifs et des mensonges qui révèlent davantage qu’ils ne dissimulent. Admirateur revendiqué d’Ernst Lubitsch, de Billy Wilder ou de Blake Edwards, il retrouve ici les ingrédients qui font la singularité de son œuvre comme l’élégance du rythme, les quiproquos, la mélancolie légère, le burlesque et des personnages toujours au bord de la chute. Mais La Vénus électrique ajoute la dimension nouvelle d’un pseudo spiritisme et surtout du deuil, dans une époque fascinée par les médiums et les mondes invisibles.

La fiction pour continuer à vivre

Sous ses airs de comédie romantique d’époque, le film pose alors une question profondément humaine sur la possibilité de vivre sans « fiction ». Face à l’absence, l’être humain peut s’inventer des récits, des signes, des médiations, tout ce qui peut continuer à faire lien. Antoine croit ainsi parler à son être aimé disparue ; Suzanne joue un rôle ; le galeriste incarné par Gilles Lellouche entretient lui aussi l’illusion pour sauver l’artiste et son œuvre. Tout repose sur un mensonge. Pourtant, de ce mensonge surgissent la consolation, l’élan créateur et peut-être même l’amour. C’est là que le film touche quelque chose de plus universel permettant d’explorer ce besoin profondément humain de croire encore en une présence quand tout semble perdu.

La foi elle-même n’est-elle pas parfois traversée par cette tension entre visible et invisible, absence et espérance ?

Dans La Vénus électrique, les faux-semblants deviennent paradoxalement des révélateurs de vérité intérieure. La manière de poser son regard, d’entendre une histoire, d’observer une situation, la comprendre ou plutôt l’interpréter.

Le cinéma contre le cynisme

Le choix de ce film pour ouvrir Cannes n’a rien d’anodin. Quand le cynisme prend parfois le dessus autour de nous, Pierre Salvadori ose encore croire à la puissance du récit, à la poésie des êtres fragiles. C’est la capacité du cinéma d’éclairer les zones grises de l’âme humaine qui se révèle à nouveau. Une œuvre lumineuse et mélancolique, qui rappelle que l’art naît souvent d’une blessure et que l’imaginaire peut parfois aider à continuer de vivre.