Musique

« Forbidden Planet », une leçon de dignité

C’est la toute première fois qu’une bande originale n’utilise que des sources électroniques, évoquant le futur et l’hégémonie des machines.

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Publié le 10 février 2021

Auteur : Emmanuel Deroeux

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Forbidden Planet, film de science-fiction réalisé en 1956 par Fred M. Wilcox, librement inspiré de La Tempête de Shakespeare et dont la bande originale est signée Louis et Bebe Barron.

En 2257, le croiseur spatial C-57D, avec à sa tête le commandant John Adams et son équipage sont en mission de sauvetage vers la planète Altaïr IV où l’équipage du Bellérophon, un vaisseau d’exploration scientifique, n’a plus donné signe de vie depuis dix-neuf ans. Ils retrouvent deux seuls survivants : le professeur Edward Morbius et sa fille Altaïra. Ils sont accompagnés de Robby le robot, créé grâce aux technologies découvertes sur cette planète, autrefois occupée par une civilisation très avancée, les Krells, mystérieusement disparue il y a plus de 200 000 ans. Morbius leur apprend que c’est également une mystérieuse et gigantesque force qui a jadis tué tous les passagers du Bellérophon et détruit le vaisseau. Adams réclame le droit pour les Terriens de récupérer cette puissante technologie mais le savant refuse, prétextant qu’un tel transfert serait prématuré car personne n’est prêt à la recevoir et à la comprendre. Attaqués plusieurs fois par la force invisible et découvrant un peu plus sur l’histoire des Krells, Adams comprend alors que c’est l’inconscient de Morbius, connecté aux puissantes machines de la civilisation passée, qui est à l’origine de l’apparition du monstre et de la destruction du Bellérophon. Abasourdi, le scientifique refuse d’abord d’entendre cette explication. Mais confronté directement à la vérité, il est obligé de l’accepter : ce monstre est une partie de lui-même ; c’est la sauvagerie de son inconscient qui souhaite ardemment anéantir ceux qui s’opposent à ses désirs. Face à la menace de l’irruption de la créature, il espère d’abord que son surmoi conscient soient suffisamment puissants pour stopper l’effet de ses pulsions inconscientes qui pilotent le monstre. Finalement, il se sacrifie en affrontant lui-même son désir de destruction, de manière totalement consciente et en se désignant comme seule victime. Retournant sur Terre, Adams réconforte Altaïra, l’assurant que le nom de son père sera glorifié pour avoir rappelé aux hommes qu’aussi savants soient-ils, ils ne sont pas Dieu.

Qualifié par ces créateurs de « tonalités électroniques » – et non pas de musique –, cet accompagnement sonore s’inspire des procédés décrits dans l’ouvrage scientifique Cybernetics (1948) de Norbert Wiener, qui décrit l’étude complexe des mécanismes automatiques et électroniques. C’est ainsi la toute première fois qu’une bande originale n’utilise que des sources électroniques, évoquant sans doute possible le futur et l’hégémonie des machines. On y entend donc, outre les timbres artificiels et effets surréalistes, une structure musicale qui joue des répétitions, des reliefs, des dynamiques et des changements progressifs de registre, sans que jamais aucune mélodie ne puisse se faire entendre. Il est évident que cette bande sonore accompagne et accentue les décors sombres de cette inhospitalière planète rocheuse.

Lorsque le paysage – sonore comme visuel – est troublé, c’est toujours et seulement à cause de l’activité humaine. Le monstre destructeur est lui-même est d’origine humaine : il est le fruit de la nature inconsciente de l’être humain. C’est justement cette pensée primitive, profondément en l’être humain, qui fait le plus de bruits. C’est elle qui trouble le plus cette planète qui, malgré nos préjugés de confort, ne souffre pas de déséquilibre, bien au contraire puisque Altaïra démontre une vie équilibrée en parfaite harmonie avec sa planète et les animaux qui y vivent.

Dans la Bible, l’apôtre Paul nous enseigne dans sa lettre aux Romains que le péché existe depuis Adam, le premier homme, qui a désobéit à Dieu en s’estimant soi-même digne de la Connaissance. Rappelons que l’accès au fruit de la Connaissance n’était pas proscrit, il était même très accessible. Peut-être que Dieu avait pour plan de permettre, un jour, à Adam de goûter au fruit défendu lorsqu’Il le jugera digne. L’homme n’a pas su faire confiance en Dieu ; il l’a trahi et s’est autoproclamé prêt à être plus qu’il n’est.

Le désir de garder la puissante technologie des Krells pour lui-même, de garder auprès de lui seul sa fille, de se penser seul capable de détenir la Connaissance et de dicter lui-même ce qui est bien et mal, voilà les fautes du savant Morbius. Pourtant, jamais il n’a l’intention de nuire et de faire du mal, c’est même au nom du bien qu’il défend sa position : l’humanité n’est pas prête à atteindre une dimension qui la dépasse, elle en est indigne. Lui, en revanche, s’en estime seul digne. Ce n’est pas la Connaissance et son utilisation qui sont mauvaises, encore moins l’accès à ces savoirs ; ce qui est mal, c’est de s’en croire le seul et unique dignitaire. L’orgueil de Morbius le pousse, malgré lui et sa morale pourtant exemplaire et raisonnée, à détruire les autres et leur propre chemin vers la Connaissance, osons même dire la Vérité. Il y a ici injustice et crime contre les être humains et l’humanité. C’est péché. C’est désobéissance à Dieu. C’est se croire Dieu, non pas d’avoir accès à la Vérité, mais de se croire décisionnaire de qui peut y avoir accès ou non.

Seule remède contre sa propre nature orgueilleuse, son monstre intérieur, la destruction, la mort. Personne n’en réchappe. Avant Moïse, Dieu accordait sa grâce à ceux qu’Il avait choisi, car déjà personne ne pouvait prendre conscience de sa désobéissance – dont il n’était pas nécessairement directement coupable. Conscient de cette injustice envers ses enfants, Dieu a confié à Moïse la Loi qui offre aux hommes la Connaissance de ce qu’est le péché, de ce qui est bien et de ce qui est mal [Romains 5.13-14, Romains 3.19-20]. Dieu a estimé l’humanité digne d’être responsable de ses actes, sans pour autant lui donner encore le moyen de les assumer. Il a fallu qu’Il sacrifie son propre Fils pour anéantir le péché de chacun, pour nous libérer de Son Jugement [Romains 5.18-19, Romains 5.6-7]. Aujourd’hui, Dieu se montre dans toute sa confiance en nous estimant dignes de la Connaissance du Bien et du Mal, d’abord en tolérant le péché originel – ce vol de la Connaissance qu’Il aurait pu reprendre en anéantissant l’être humain – et en nous révélant sa Loi, puis dignes de vie en nous offrant le sacrifice de Jésus-Christ en remède. Aujourd’hui, montrons-nous alors dignes de sa grande confiance en restant humbles devant Lui et en ne s’estimant jamais son égal en jugeant notre prochain digne ou indigne du Chemin, de la Vérité et de la Vie. Le risque mortel, c’est de trahir à nouveau la confiance de Dieu, de revenir au péché originel en perpétuant encore la faute d’Adam.

« Frères, ne dites pas de mal les uns des autres. Celui qui dit du mal de son frère ou qui le juge, di du mal de la loi de Dieu et la juge. Dans ce cas, tu te fais juge de la loi au lieu de la pratiquer. Or, c’est Dieu seul qui donne la loi et qui peut juger ; lui seul peut à la fois sauver et faire périr. Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? » Jacques 4.11-12

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Emmanuel Deroeux a enseigné le violon et la musique dans divers établissements. Il partage également ses passions en collaborant régulièrement avec des revues spécialisées (Ôlyrix, BaroquiadeS, BachTrack) pour des compte-rendus de spectacles, concerts et enregistrements.

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