« La vieille année s’en est allée »

« La vieille année s’en est allée »

Jean-Sébastien Bach a eu pour mission d’accompagner les temps forts de la vie chrétienne. Le passage à la nouvelle année est évidemment un temps fort pour lui et ses proches.

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Publié le 3 janvier 2020

Auteur : Emmanuel Deroeux

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Quitter une année en musique pour mieux en accueillir la nouvelle.

La Saint-Sylvestre est un temps tout particulier ; si la plupart se réjouit de fêter entre amis ou en famille le passage à la nouvelle année, c’est également souvent un moment où l’on se retourne et fait un bilan de l’année passée. Elle a certainement eu ses joies, ses souffrances, parfois plus ou moins que d’autres années. Elle fut assurément riche en rencontres et en surprises, parfois belles, d’autres fois douloureuses.

Parmi les musiciens que l’on reconnaît aujourd’hui comme des plus talentueux et dont l’œuvre semble nous toucher, voire nous émouvoir, encore aujourd’hui, on pense rapidement à Jean-Sébastien Bach (1685-1750). Son travail extrêmement régulier et important, ainsi que sa foi et sa compréhension des textes bibliques et religieux, nous donnent accès à des œuvres musicales particulièrement précieuses. Certes, beaucoup d’autres avant lui et peut-être plus encore après lui travaillèrent à la mise en musique de textes pour les divers offices protestants. Néanmoins, nous profiterons ici de son génie et de l’accès facilité par les innombrables interprétations à son œuvre.

Jean-Sébastien Bach a eu pour mission d’accompagner les temps forts de la vie chrétienne – presque indissociable à la vie quotidienne. Le passage à la nouvelle année est évidemment un temps fort pour lui et ses proches. Il nous a laissé quelques harmonisations et ornementations de chorals qui invitent à la réflexion quant à l’année passée et à l’année à venir.

J.S. Bach: Das alte Jahr vergangen ist, BWV 289 · Augsburger Domsingknaben · Reinhard Kammler · Claudia Waßner

La mélodie du choral « Das Alte Jahr vergangen ist » (« La vieille année s’en est allée ») est attribuée au pasteur luthérien Johannes Steurlein (1546-1613), en poste en la ville de Schmalkalden (en actuel Thuringe, Allemagne). J.S. Bach en écrit un choral orné, avec 45 autres chorals réunis dans son Orgelbüchlein (Petit livre d’orgue), entre 1708 et 1717. Cette période lui est particulièrement difficile : en poste à la chapelle du duc de Saxe-Weimar, Guillaume-Ernest de Saxe-Weimar, le jeune Bach s’ennuie grandement et souffre de la jalousie et de l’autorité du duc. Ce dernier le fera d’ailleurs emprisonner en novembre 1716. C’est aussi lors de cette période qu’il subit pour la première fois la perte d’enfants, ses jumeaux Maria Sophia et Johann Cristoph ne survivant pas à leur tout premier jour en 1713.

On peut alors ressentir, dans l’harmonisation de ce choral, la tristesse qui hante l’organiste et premier violoniste de Weimar, avec notamment des passages chromatiques descendants à la basse, figuralisme de plaintes. Néanmoins, la tierce picarde de la cadence finale sur la dominante de la dominante – l’accord mi majeur clôt la pièce qui est en tonalité  mineur – propose une espérance inattendue et une impression de non-conclusion : la vie ne se termine pas avec l’année ; au contraire, l’année qui vient réserve ses surprises et, sans nul doute, ses bénédictions. Pour les amateurs de numérologie, étude des chiffres avec laquelle Bach semble souvent jouer, nous conseillons la courte mais intéressante étude de Reinier Maliepaard, A secret Bach Code?.

« Das alte Jahr vergangen ist » BWV 614, in Orgelbüchlein (BWV 599-644), par Helmuth Rilling, la Gächinger Kantorei et le Bach-Collegium Stuttgart.

J.S. Bach profite cependant de l’influences des compositeurs italiens, et notamment d’un séjour en Italie entre 1710 et 1713. Le style exubérant, voire démonstratif, de la péninsule n’a pas manqué de le séduire, comme d’autres d’ailleurs avant lui. En 1591, le vénitien Giovanni Giacomo Gastoldi (c. 1554-1609) compose pour 5 voix un Balletto, « L’innamorata » (« L’amante ») qui sera d’abord transformé, vers 1594, en chant chrétien par le compositeur allemand Cyriakus Schneegaβ (1546-1597). Ce sera ainsi « In dir ist Freude » (« Il y a de la joie en vous »). Bach s’inspirera de son sujet affirmé pour l’accompagner puis l’orner avec entrain.

« In dir ist Freude » BWV 615, in Orgelbüchlein (BWV 599-644), par Theo Jellema.

Malgré les souffrances que l’on a pu endurer lors de cette année, nous nous réjouissons dans l’amour du Christ et de Dieu : « Quelle que soit notre situation, nous t’honorons […], nous sommes tous heureux. Alléluia ! » Profitons de cette joyeuse version proposée par Jörg Breiding et ses musiciens pour souhaiter à tous une belle et réjouissante année 2020 !

Capella de la Torre · Knabenchor Hannover · Jörg Breiding, dir.

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Emmanuel Deroeux a enseigné le violon et la musique dans divers établissements. Il partage également ses passions en collaborant régulièrement avec des revues spécialisées (Ôlyrix, BaroquiadeS, BachTrack) pour des compte-rendus de spectacles, concerts et enregistrements.

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