Organisation politique et vie de la cité chez quelques philosophes arabes (1)

Organisation politique et vie de la cité (1)

Ce texte est issu d’une présentation faite dans le cadre du séminaire Philosophie politique médiévale et émergence de la Modernité : Orient/Occident à l’ENS de Lyon en 2018.

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Publié le 21 décembre 2019

Auteur : Karine Michel

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Cette thématique sera l’occasion d’un cycle d’une douzaine de billets.

Ce texte est issu d’une présentation faite dans le cadre du séminaire Philosophie politique médiévale et émergence de la Modernité : Orient/Occident à l’ENS de Lyon en 2018.

Notre actuel président de la République, alors qu’il était encore candidat lors des dernières présidentielles, déclarait dans son ouvrage « de campagne » : « Je ne crois pas que la politique doive promettre le bonheur ». Par-là, il semblait entendre que la vocation de l’art politique n’est aucunement le bonheur des citoyens de la cité et/ou de l’état, mais plutôt l’organisation technique de la cité en elle-même, comme un objet propre, une fin en soi.

A l’inverse Al-Fārābī (870 – 950) définit l’art politique comme l’art s’appuyant sur « de nombreux principes tirés des propos des Anciens sur la manière dont les cités devraient être gouvernées et rendues prospères, les modes de vie de leurs habitants rendus meilleurs, et ceux-ci conduits vers le bonheur »[1].

Ainsi, dans la pensée arabo-musulmane classique, le bonheur est le but principal de la vie humaine et la politique en serait le principal instigateur. C’est en effet par le biais d’un gouvernement vertueux, de lui-même et de sa cité, que l’homme pourra atteindre le bonheur.

Afin d’atteindre ce bonheur, l’homme doit chercher perpétuellement à atteindre sa perfection, l’achèvement de sa nature propre, en prenant en compte son corps et son âme mais aussi l’association civile dans laquelle il est naturellement poussé, puisque comme l’a dit Aristote « l’homme est un animal politique ».

Cette pensée, commune à des auteurs tels que al-Fārābī, Miskawayh (932 – 1030) ou al-‘Āmirī (m. 992), trouve sa source dans les pensées antiques – grecque avec Platon et Aristote, mais également perse ou indienne. La pensée politique arabe classique est, de fait, toute entière imprégnée d’éthique. S’ils possédaient des traductions ou compendiums de la majeure partie des dialogues de Platon, leur connaissance des œuvres d’Aristote était plus limitée. Ils n’avaient aucune traduction de La politique et l’influence aristotélicienne s’est exercée principalement à travers l’Éthique à Nicomaque, qu’ils ont largement interprété comme un texte politique. Leur pensée politique s’est ainsi construite sur des bases éthiques, et a donné naissance à ce que Mohamed Arkoun appelle « l’humanisme arabe »[2].

Voici quelques questions qui jalonneront la réflexion développée dans ce cycle : quelle organisation politique de la cité nous propose la pensée arabe à l’âge classique ? Qui doit gouverner et sous quelles modalités ? Quid de la nécessité d’une association entre les hommes telle que la cité ? Quelle en est la fin ultime et comment la cité doit-elle être organisée afin de l’atteindre ?

Dans un premier temps, nous aborderons l’analogie corps – âme – Cité politique, chacun de ces organes étant appréhendé comme un tout organique tripartite au sein duquel l’individu va devoir instaurer un ordre en vue d’atteindre la fin ultime de l’existence humaine.

Puis, nous nous intéresserons aux deux modes de gouvernements que sont la sphère domestique et la sphère politique, et nous en verrons les développements parallèles.

Enfin, nous nous pencherons sur la question de l’organisation de la cité et sur chacun des trois ordres d’individus qui la compose ; nous terminerons notre réflexion par un passage sur la question de l’éducation des enfants – en tant que futurs citoyens.

[1]Al-Fārābī,Aphorismes choisis(Fuṣūl muntaza‘a), tr. fr. S. Mestiri et G. Dye, Paris, Fayard, 2003, p. 39.

[2]Voir les différents – et nombreux – travaux de M. Arkoun sur le sujet, notamment L’humanisme arabe au IVe/Xesiècle. Miskawayh, philosophe et historien, Paris, Vrin, 1982 (1970).

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