Les anabaptismes

Les dissidents qui trouvaient Luther et Zwingli trop prudents ont été à l’origine de ce qu’on a appelé la réforme radicale, par opposition à la réforme magistérielle.

En Allemagne, cette réforme a pris des allures politiques en prétendant qu’il fallait abolir les privilèges des seigneurs et répartir les richesses entre tous. Elle a donné naissance à des mouvements millénaristes qui ont été à l’origine de la guerre des paysans qui a dégénéré dans la violence. Le mouvement a été sauvagement réprimé par les princes, avec la bénédiction de Luther, ce qui lui a été reproché.

En Suisse, la réforme radicale est restée le plus souvent pacifiste au nom de l’éthique du sermon sur la montagne. Cette radicalité éthique l’a conduite à plaider pour une indépendance de l’Église vis-à-vis de l’État. Les radicaux ont tenu un synode à Schleitheim (1527) qui a posé les fondements de la première confession de foi anabaptiste. Elle interdisait notamment d’utiliser l’épée (tu ne tueras pas), de participer à une institution judiciaire (tu ne jugeras pas), et de prêter serment.

La réforme radicale se démarque de la réforme magistérielle en ce qu’elle appelle à l’autonomie de l’Église par rapport au magistrat. Elle a suscité des communautés indépendantes qui se distinguent par leur refus du service des armes et des charges officielles, la solidarité entre les croyants et l’assistance mutuelle.

Les premières communautés anabaptistes ont été structurées théologiquement par un ancien prêtre hollandais, Menno Simons. Elles ont alors pris le nom de mennonites. Du faire de leur radicalité, elles ont été régulièrement persécutées aussi bien par les catholiques que par les luthériens et les réformés, ce qui les a conduits à vivre en petites communautés rurales, loin des centres urbains. Comme les mennonites sont attachés à la notion de travail associé à une éthique de la sobriété, ils ont été à l’origine d’entreprises agricoles prospères qui ont souvent été innovantes.


Les grands principes anabaptistes

La réforme radicale s’inscrit dans la Réforme en général de par son attachement aux Écritures et sa méfiance vis-à-vis des médiations religieuses, mais avec des accentuations particulières.

Le baptême des adultes. Un des actes de naissance de la réforme radicale a été posé autour du baptême. En janvier 1525 à Zürich, des étudiants ont demandé à Zwingli d’aller jusqu’au bout de sa logique en prenant ses distances par rapport au baptême des enfants. Le réformateur a répondu en faisant adopter par le conseil de la ville une résolution confirmant l’obligation pour tous les enfants d’être baptisés avant l’âge de huit jours. Les étudiants ont répondu en se faisant rebaptiser dans la rivière qui arrose la ville le 21 janvier 1525. Ils ont pris le nom d’anabaptistes (ana, de nouveau), car ils ont été accusés de rebaptiser alors que la Bible dit qu’il n’y a qu’un seul baptême. Ils ont répondu que ce qui qualifie le baptême est l’engagement du baptisé à suivre le Christ, et que de ce fait le geste posé sur les enfants peut être qualifié de bénédiction, mais pas de baptême. Derrière le baptême de confessants, c’est une compréhension de l’Église qui se profile. Elle n’est pas un fait national comme dans la réforme magistérielle, mais le rassemblement des disciples qui se sont engagés à suivre le Christ.

L’attachement au sermon sur la montagne. Les anabaptistes considèrent l’éthique du sermon sur la montagne comme une des portes d’entrée du message chrétien. Elle se distingue par la non-violence (« Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre » Mt 5.38-39), et le refus de prêter serment (« Vous avez encore entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments. Mais moi, je vous dis de ne pas jurer du tout… Que votre parole soit « oui, oui », « non, non »; ce qu’on y ajoute vient du Mauvais » Mt 5,33-34,37)

L’éthique du Royaume de Dieu. Dans une perspective anabaptiste, le but de l’Église n’est pas d’instaurer le Royaume de Dieu sur terre, mais d’être témoin de la vie du Royaume proposée par le Christ. Les anabaptistes ne rejettent pas l’autorité civile, mais ils estiment que le but de l’Église est de former des disciples qui s’engagent à la suite du Christ à être témoin de la radicalité de son amour et de son don pour tous les humains. Ils ont développé un style de vie qui repose sur la justice, la non-violence et la sobriété.


Les anabaptistes en France et dans le monde

Par leur pratique baptismale, les anabaptistes peuvent être considérés comme les ancêtres des baptistes et des différentes églises évangéliques, mais elles se distinguent de ces dernières par leur théologie radicalement non-violente. Ils sont composés de plusieurs familles dont les plus connues sont les mennonites et les amish qui cultivent un refus de la modernité pour des raisons écologiques et pacifistes. Ils refusent par exemple de conduire des voitures, car elles peuvent provoquer la mort dans un accident.

Dans leur histoire, les mennonites ont régulièrement été persécutés, c’est pourquoi ils se sont développés là où ils ont été acceptés. En Europe, ils sont surtout présents aux Pays-Bas, en Allemagne, en Ukraine, en Suisse et dans l’est de la France. Ils sont aujourd’hui environ deux millions dans le monde et sont traditionnellement implantés en Amérique du Nord avec quelques communautés en Amérique latine (Paraguay, Bolivie, Brésil). Comme toutes les Églises, les anabaptistes sont en forte croissance dans les pays du Sud, notamment en Asie et en Afrique.


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