Luther et Zwingli

Martin Luther en Allemagne et Ulrich Zwingli en Suisse sont nés à un an de différence et ils ont en commun de plaider pour un retour à l’évangile en s’élevant contre le commerce des indulgences et en s’opposant au célibat des prêtres.

L’histoire a surtout retenu la personne de Luther parce que Zwingli n’a pas eu le temps de conduire sa réforme jusqu’au bout ayant été tué à la bataille de Kappel en 1531.

Les intuitions théologiques et spirituelles de Zwingli ont été reprises et développées par Calvin qui est devenu le père tutélaire de la tendance réformée, appelée presbytérienne dans les milieux anglo-saxons.


Luther et Calvin

Il ne faut pas surévaluer la différence entre les deux réformateurs qui sont d’accord sur les deux principes qui fondent la Réforme que sont le salut par la grâce et l’autorité souveraine des Écritures. Une fois la convergence essentielle marquée, on relève des divergences d’accentuation qui s’expliquent par le trajet différent des deux réformateurs.

Luther était un moine qui était en proie à une question spirituelle fondamentale : « Qu’est-ce qui me rendra Dieu favorable ? » Sa découverte réformatrice est le fruit d’une quête douloureuse dont il sera libéré par l’éblouissement de la grâce.

On connaît mal les circonstances de la conversion de Calvin qui ne s’est jamais étalé sur le cheminement de sa foi. Quand il pose au commencement de son catéchisme la question de savoir quelle est la fin de notre humanité, il répond « connaître Dieu et le servir. »

La réforme luthérienne est née dans un couvent alors que le calvinisme est né à la Sorbonne. Calvin n’a jamais été prêtre, il n’a pas rompu tragiquement avec le catholicisme, c’est un intellectuel rigoureux qui a compris que l’enseignement de l’Église de son époque n’était pas conforme aux Écritures. Il a travaillé à une présentation globale de la foi dans son « Institution de la religion chrétienne » qu’il n’a cessé de reprendre et de compléter tout au long de sa vie pour former un ouvrage en quatre livres et 80 chapitres. Le livre est écrit en latin selon les critères académiques de l’époque. Dans un second temps, Calvin l’a traduit en français par souci pastoral.

En caricaturant, on peut dire que Luther était un représentant du génie germanique qui s’exprime fougueusement dans la quête de l’éblouissement divin, alors que Calvin est une intelligence rompue à toutes les disciplines universitaires de son temps.

Le grand théologien luthérien de l’époque contemporaine est Søren Kierkegaard dont un livre majeur s’appelle Crainte et tremblement, alors que le grand théologien réformé est Karl Barth qui a écrit une Dogmatique en vingt-six volumes. La libération apportée par cet auteur est l’idée que la Parole de Dieu est extérieure à nos sentiments et à nos émotions spirituelles. Pour lui, l’expérience religieuse n’a que peu de valeur théologique puisqu’elle relève des catégories de notre monde alors que Dieu se trouve dans un registre radicalement différent. La foi ne repose pas sur un sentiment, mais sur une acceptation, l’accueil de la révélation d’un Dieu qui nous rejoint par sa Parole. Elle ne se fonde pas sur l’opinion que nous pouvons avoir sur cette parole, mais sur l’accueil inconditionnel que nous lui réservons.


Les grands principes du calvinisme

La foi réformée s’inscrit dans les grands principes de la réforme avec des accentuations particulières.

À Dieu seul la gloire (Soli Deo Gloria). Contrairement à Luther qui va directement au Christ, Calvin commence son Institution chrétienne par la doctrine de Dieu. Quand il dit A seul Dieu la gloire, Calvin insiste sur le fait que rien sur la terre ne doit être glorifié. Tout ce que l’humain considère comme important : l’honneur, la richesse, le pouvoir et la culture sont secondaires par rapport à la grandeur de Dieu qui seule doit être célébrée.

La prédestination. La grandeur et la gloire de Dieu se révèlent dans la doctrine de la prédestination selon laquelle le Seigneur aurait de toute éternité voué les uns au salut et les autres à la damnation. Si de nos jours cette doctrine apparaît difficile à recevoir, il faut entendre qu’elle a été une libération au seizième siècle, car elle libérait le sujet du devoir de faire son salut. Nous pouvons l’accueillir de nos jours comme une dépréoccupation de la question de notre éternité. Notre vie appartient au Christ, et nous n’avons rien d’autre à faire qu’à nous en réjouir.

L’organisation de l’Église. Calvin a poussé la notion de sacerdoce universel jusque dans son approche de l’Église qui doit être organisée autour de quatre ministères : docteur (théologiens), pasteur, ancien et diacre. Dans les pays anglo-saxons, les Églises réformées ont pris le nom de presbytériennes pour souligner que l’Église n’est pas dirigée par des évêques, mais par des conseils désignés par les membres de l’assemblée. De nos jours les Églises réformées sont organisées selon le système presbytérien synodal qui associe des pasteurs et des laïcs à tous les échelons de l’Église.


Les réformés en France et dans le monde

En Europe, les pays de tradition réformée sont l’Écosse, les Pays-Bas et la Suisse. En France la plupart des protestants historiques appartiennent à cette branche. Réformés et luthériens se sont unis pour former l’Église protestante unie de France en 2013 qui compte 270 000 personnes.

Les Églises presbytériennes sont assez importantes aux États-Unis, mais les deux tiers des réformés sont aujourd’hui dans les pays du Sud : Amérique latine, Afrique et Asie, avec une mention particulière pour la Corée du Sud.

L’immense majorité des Églises réformées ont adhéré à la Communion mondiale d’Églises réformées qui compte 80 millions de fidèles répartis dans 108 pays. Selon la tradition calviniste, chaque Église conserve toute son indépendance et le lien fédéral est moins fort que dans la Fédération luthérienne mondiale.


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