Le travail est une bonne chose. Je ne parle pas ici de l’exploitation, ni de l’usure, ni des organisations absurdes qui vident les gens de leur substance. Je parle du travail comme tel : du fait d’agir, de contribuer, de ne pas seulement subir sa vie, mais d’y prendre part.

Dans la Genèse, l’être humain est placé dans le jardin pour le cultiver et le garder. Il n’est pas posé là comme un touriste dans un décor. Il reçoit un monde à habiter, à travailler, à protéger. Voilà pourquoi le travail compte tant. Et voilà aussi pourquoi son absence blesse si profondément. Le chômage n’est pas seulement une épreuve financière ; c’est souvent une blessure plus secrète : à quoi est-ce que je sers ? Où est ma place ? 

Mais ce que nous appelons « travail » ne tient plus aujourd’hui dans le même monde qu’hier. Nos grands-parents entraient souvent dans un métier, comme on entre dans une maison de famille. Notre génération a plutôt connu la carrière. La jeune génération, elle, entre dans un monde où il faut se préparer à changer, bifurquer, se reformer, recommencer. L’intelligence artificielle ne fait qu’accélérer cette mutation. Même les métiers très qualifiés découvrent qu’ils ne sont plus intouchables. 

La question devient alors redoutable : qu’est-ce qu’une vocation dans un monde où les métiers deviennent fluides ? 

La vocation, ce n’est pas forcément faire la même chose toute sa vie. On peut changer de métier sans changer de cap. On peut perdre un statut sans perdre sa vocation. La vocation n’est pas d’abord un poste ; elle est une manière de se tenir dans le monde devant Dieu. 

Il faut aussi entendre ce que la jeune génération essaie de nous dire. Elle est parfois prête à […]