Réflexion

Inégalités scandaleuses

Christian Bouzy, pasteur du Foyer de la Duchère, s’interroge sur les inégalités de richesse à la lumière de la parabole des « vignerons assassins ».

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Publié le 13 octobre 2020

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En Matthieu 21 versets 33 à 46, est mise en scène la parabole des vignerons assassins. Par le détour de cette histoire, Jésus tend un miroir aux chefs religieux de son temps ; il les interroge sur leur comportement à l’égard des autres, et sur la violence de leur pouvoir.

Le comportement meurtrier des vignerons trouve une explication dans l’histoire elle-même : ceux-ci ne peuvent se satisfaire d’être de simples intendants au service d’un patrimoine qui appartient à un autre. Alors, ils décident d’exproprier cet autre en éliminant ceux qui viennent successivement de sa part chercher la récolte qui lui revient.

Cette histoire trouve un écho retentissant dans notre actualité : nous sommes témoins de la violence de dictateurs qui cherchent à éliminer toute opposition, en Chine, en Russie ou en Biélorussie notamment. Nous avons été récemment touchés par un nouvel assassinat terroriste survenu à Paris au moment du procès des attentats de janvier 2015. Mais aussi, nous sommes témoins – nous fraternités de la Mission Populaire en particulier – d’une violence moins spectaculaire et plus sourde mais plus meurtrière ; celle des inégalités qui s’accroissent scandaleusement entre riches et pauvres partout dans le monde.

Inégalités extrêmes

Thomas Piketty a eu le mérite de les mettre en lumière, chiffres et graphiques à l’appui, dans deux de ses ouvrages (le capital au XXIe siècle, et Capital et idéologie), et même si on peut regretter que l’analyse des causes de ces inégalités ne soit pas suffisamment poussée, on dispose maintenant, grâce à lui, de données factuelles scientifiquement établies qui suffisent à nourrir notre protestation. Savoir par exemple, qu’en France en 2015, les 10% les plus riches détiennent à eux seuls 50 à 60% du patrimoine privé du pays, alors que les 50% les plus pauvres n’en possèdent que 5%, et que la tendance va en s’accentuant vers une toujours plus grande concentration entre les mains des mêmes.

Autre donnée révoltante : un rapport récent de l’ONG OXFAM (dans Le Monde du 22 septembre 2020) révèle des inégalités extrêmes entre riches et pauvres dans la production de CO2. Alors que les effets dévastateurs du dérèglement climatique se font sentir plus que jamais ; incendies en Californie, fonte de la banquise arctique, vagues de chaleurs en Europe : le rapport montre que les 1% les plus riches de la planète sont responsables de deux fois plus d’émissions carbone que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

L’origine du mal

La parabole de Matthieu nous amène à identifier l’origine de ce mal dans cette cupidité qui est inscrite dans la nature humaine, cette soif infinie de gains et de profits, qui s’exprime au détriment des plus fragiles ; ce besoin de posséder toujours plus et de façon exclusive. Cette sacralisation de la propriété privée au détriment des valeurs de partage et de solidarité.

Et nous devons nous élever contre ces multinationales sans scrupule qui prospèrent au détriment des paysans ou des petits producteurs. Nous devons dénoncer la cupidité sans limite des grands groupes financiers. Mais ce serait trop facile de monter les autres du doigt sans d’abord balayer devant sa porte. En effet, si Jésus raconte cette parabole, c’est pour que ceux qui l’entendent se remettent en cause personnellement.

Ainsi je comprends que nous sommes tous des vignerons meurtriers en puissance. Nous sommes des usurpateurs, dès le moment où nous sommes des propriétaires exclusifs… dès le moment où nous possédons un bien que nous ne voulons pas partager. Nous serons d’autant plus crédibles si, avant de devenir un engagement politique, la critique commence au niveau de notre propre mode de vie, et si nous chrétiens en particulier, nous continuons de confesser que tout appartient à Dieu seul, et que nous sommes de simples intendants et que nous avons la responsabilité de partager avec le plus grand nombre ce qui nous a été confié.

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