PMA pour toutes, la question des femmes seules

Élever un enfant seul n'est pas une chose facile. Certain(e)s y arrivent très bien, mais faut-il pour autant encourager cette situation par la procréation assistée ?

Un contenu proposé par Le blog d'Antoine Nouis

Publié le 2 septembre 2019

Auteur : Antoine Nouis

J’ai déjà évoqué les questions que me posait l’élargissement de la PMA aux femmes homosexuelles, non pas à partir de leur capacité à élever un enfant, mais au regard de notre rapport à la médecine et de la tendance à vouloir tout médicaliser[1]. Si on oublie cette question, ma réserve à propos de la loi qui entre en discussion ne porte pas sur les couples d’homosexuelles qui ont un désir d’enfant, mais sur les femmes seules.

La question mérite d’être posée dans un contexte où il y a actuellement une pénurie de gamètes qui fait que le délai d’attente est supérieur à un an. Comme la nouvelle loi envisage la levée de l’anonymat, ce délai risque d’être rallongé. Dans ce contexte, est-il raisonnable de créer des familles monoparentales en permettant à des femmes seules d’être fécondées artificiellement ?

Les familles monoparentales sont nombreuses, mais dans la majorité des cas elles sont le résultat de séparations au sein du couple parental. Il s’agit le plus souvent d’une femme qui élève son ou ses enfants seule, mais quand il est identifié, le père a des devoirs à son égard. Quand il ne les remplit pas, un autre projet de loi cherche à le contraindre à assumer ses responsabilités, au moins au niveau financier.

Le propre de l’humain est qu’il faut du temps pour que l’enfant devienne autonome. Alors que le bébé gorille sait marcher au bout de quelques jours et qu’il peut commencer à chercher sa nourriture après quelques semaines de vie, il faut une bonne année pour que le bébé humain se tienne debout et de nombreuses autres pour qu’il soit autonome : 7 ou 8 ans dans les pays les plus pauvres, seize ans ailleurs et dans notre occident opulent deux bonnes décennies. Dans ce contexte, il n’est pas inutile d’être deux pour élever un enfant pour trois raisons.

Une raison économique. Dans une allocution consécutive à la crise des gilets jaunes, le président Macron a dit qu’elle avait révélé la difficulté financière des familles monoparentales. Dans une société où la norme économique est de deux salaires par foyer, les femmes qui doivent élever un enfant avec un seul salaire, et qui ont en plus des frais de garde, sont en difficulté.

Une raison psychologique. Quand il y a des tensions – et les tensions sont normales dans une éducation – la relation de face à face entre une mère et son enfant est plus conflictuelle que lorsqu’un tiers permet une triangulation. Une relation à trois permet un jeu relationnel qui aide à dénouer plus facilement les conflits.

Une raison de sécurité. Quand un enfant a deux parents, si l’un est défaillant suite à un accident ou une maladie, il en reste un autre. Dans une famille monoparentale, lorsque le parent devient déficient pour une raison ou une autre, l’enfant se retrouve seul.

Je ne dis pas qu’il n’est pas possible d’élever un enfant seul, certains – surtout certaines – le font très bien. Je dis juste que c’est plus difficile, et qu’il n’est pas sûr que ce soit une situation qu’il faille encourager par une procréation assistée.

[1] Article du 3 juillet.

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