Religieuses abusées

Religieuses abusées

Le reportage d’Arte sur les religieuses abusées était effrayant. Il est la plus belle illustration de l’adage de l’antiquité : «Corruptio optimi pessima », la corruption du meilleur donne le pire.

Un contenu proposé par Le blog d'Antoine Nouis

Publié le 10 mars 2019

Quand une chose très bonne se corrompt, elle ne devient pas un peu moins bonne, elle relève du pire.

Certaines communautés religieuses sont des perles de l’Église catholique, des trésors de spiritualité et de dévouement, de foi et de consécration. L’engagement d’hommes et de femmes à la pauvreté, à l’obéissance et à la chasteté nous dit quelque chose de la radicalité de l’Évangile que l’on trouve notamment dans le sermon sur la montagne.

Mais comme le disait un collègue pasteur, les communautés ont aussi tous les critères d’une secte avec un devoir d’obéissance, la coupure d’avec la famille, le changement de nom, le don de tous ses biens, le travail gratuit et parfois le manque de sommeil. Si la communauté n’est pas extrêmement vigilante sur le respect de ses membres, elle peut facilement déraper vers une soumission totale de ses membres qui en viennent à perdre toute réflexion autonome et toute distance critique. Une personnalité perverse a tout à sa disposition pour exercer une domination sadique.

Ce n’est pas un hasard si ces abus ont eu lieu dans des communautés relativement récentes qui n’avaient pas encore la sagesse d’une tradition pour installer des contre-pouvoirs afin d’empêcher les déviations des responsables pervers.

Deux points étaient particulièrement effrayants dans ce reportage.

D’abord la façon dont les religieuses se sont laissées abuser et violer, parfois de nombreuses fois, sans réagir. Il est nécessaire de mettre au jour et de décortiquer les mécanismes spirituels et psychologiques qui ont conduit à une telle soumission aveugle. Ces femmes qui ont été abusées et qui n’ont pas su se défendre ont tout donné pour leur communauté, et elles ont été abusées, méprisées, parfois jetées comme de vulgaires serpillières. Comment ne pas penser au cri de colère de Jésus : « Si quelqu’un devait causer la chute de l’un de ces petits qui mettent leur foi en moi, il serait avantageux pour lui qu’on lui suspende une meule de moulin au cou et qu’on le noie au fond de la mer. » (Mt 18.6)

Le second point difficilement compréhensible est l’attitude des responsables de l’Église qui, informés du comportement de certains prédateurs, ont minimisé les faits et n’ont pas réagi avec la plus extrême fermeté pour les empêcher de nuire. Que les pervers manipulateurs existent, nous le savons et pourquoi n’y en aurait-il pas dans l’Église, mais que l’institution n’ait pas tout fait pour les empêcher de nuire, cela dépasse l’imagination.

Je suis en colère en écrivant ces lignes devant la façon dont l’Évangile est défiguré dans ces communautés. J’ai une immense compassion pour ces femmes abusées et j’espère que les autorités de l’Église sauront prendre les dispositions nécessaires pour que plus jamais des manipulateurs spirituels ne soient en position de nuire.

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