Sortie de crise ?

Sortie de crise ?

Pour le théologien Antoine Nouis, l'issue du conflit social actuel sur les retraites n'est possible que s'il y a compromis.

Un contenu proposé par Le blog d'Antoine Nouis

Publié le 14 janvier 2020

Auteur : Antoine Nouis

Dans la crise des retraites, je ne suis à l’aise ni avec la position du gouvernement ni avec celle des syndicats.

Je ne me retrouve pas dans l’idée selon laquelle un euro cotisé devrait donner les mêmes droits à tous, car cela ne fait que reproduire au niveau des retraites les différences de revenus des actifs. Si cette différence peut se justifier pour son efficacité économique – ce qu’il faudrait vérifier – il n’en est pas de même au niveau des retraites. Au nom du principe qui donne la priorité à la dignité du plus grand nombre (voir mon article du 20 septembre 2019), je serais pour une sorte de péréquation afin qu’un euro cotisé par un bas salaire donne plus de droits qu’un euro cotisé par un haut salaire. D’autant que les hauts salaires ont souvent des revenus annexes du fait de leur épargne.

Je ne me retrouve pas plus dans la position des grévistes dont la priorité est le maintien des privilèges des régimes spéciaux. Ceux qui font la grève disent qu’ils la font pour tous, mais comme par hasard, ce sont ceux qui ont les régimes les plus favorisés. En plus, les personnes qui souffrent le plus de cette grève sont celles qui habitent en banlieue et qui sont tributaires des transports en commun, souvent les plus petits.

Au point où nous en sommes, la sortie de crise passera par un compromis. L’écrivain israélien Amos Oz écrivait qu’un compromis heureux est un oxymore, c’est-à-dire une contradiction dans les termes. S’il n’y a pas de compromis heureux, il y a des compromis nécessaires, car le contraire du compromis, ce n’est pas l’intégrité, mais l’intégrisme.

Nous pouvons avancer trois arguments en faveur d’une politique du compromis : théologique, éthique et économique.

Théologiquement, la politique ne relève pas des réalités dernières, mais avant-dernières, elle ne parle pas de salut, mais des règles du bien vivre ensemble. À partir du moment où on est dans le registre du relatif, on a le droit d’être nuancé et, pourquoi pas, de trouver quelques vertus à ses adversaires.

La porte de l’éthique se situe dans la relation au prochain et dans la place que nous laissons à celui qui est différent, qui ne pense pas pareil. Dans ce registre, on ne peut pas dire que les politiques donnent l’exemple. Le compromis commence par respecter les différences afin de chercher à les dépasser.

Enfin, dans le domaine de l’économie, une des conditions du dynamisme est la confiance que les différents acteurs se portent les uns aux autres. Ce qu’on appelle l’affectio societatis, qui est la volonté des personnes de s’associer pour une cause commune, est un critère de performance d’une société. Il est difficile de cultiver cette affectio lorsque les partenaires sociaux se complaisent dans l’opposition systématique, les invectives et les insultes.

Vous pourriez aimer aussi

Réforme des retraites : quelle justice ?

Réforme des retraites : le point de vue d’un pasteur

Christian Bouzy, pasteur du Foyer de la Duchère (Lyon) se demande de quelle justice parle le gouvernement.

Un contenu proposé par Blog pop
Réforme des retraites. Quelle justice ?

Réforme des retraites. Quelle justice ?

Il faut que je me lance sur cette question qui fait la une de l’actualité. Cela fait plusieurs semaines que je recule. Mais, au fil des discussions, des revendications, des éléments qui ressortent des débats, les choses deviennent...

Un contenu proposé par Tendances, Espérance
Les grèves et la résilience

Les grèves et la résilience

Pendant les fêtes, j’étais en vacances, ce qui m’a donné l’occasion de rencontres qui m’ont permis de prendre un peu de recul avec la situation sociale.

Un contenu proposé par Le blog d’Antoine Nouis
La réforme des retraites et le respect des autorités

La réforme des retraites et le respect des autorités

Peut-on remettre en cause les actions d'un pouvoir légitimement élu ? S'inspirant du Livre des Psaumes, le théologien Antoine Nouis analyse le mouvement social qui secoue actuellement le pays.

Un contenu proposé par Le blog d’Antoine Nouis

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Le blog d’Antoine Nouis

Un regard sur l’actualité religieuse et sociétale : vie des églises, politique, éthique… A travers ce blog, le pasteur et théologien Antoine Nouis s’intéresse au fait religieux sous toutes ses formes.

Derniers contenus du partenaire