Jn 17.1-11 – La prière de Jésus pour ses disciples
Introduction
Nous trouvons dans le quatrième évangile toute une partie qu’on ne trouve pas dans les synoptiques : entre son dernier repas et son arrestation, pendant plus de trois chapitres Jésus résume l’essentiel de son enseignement à ses disciples pour les préparer à poursuivre le combat de l’Évangile sans lui (Jn 13.31-16.33). Puis au chapitre 17, il a une dernière à faire avant d’entrer dans sa passion, il prie pour ses amis.
Deux points d’exégèse
Père
La première parole de la prière de Jésus est Père ! Dans tous les évangiles, Jésus ne s’adresse jamais à Dieu autrement qu’en l’appelant Père. La seule exception est le cri sur la croix, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?, mais c’est une citation du Psaume 22. Ce ne devait pas être si courant, puisque Paul s’émerveille de cette intimité et du privilège que nous avons de pouvoir appeler Dieu Abba, Père ! (Rm 8.15, Ga 4.6). Dans le Premier Testament, des versets évoquent la paternité de Dieu, mais jamais un homme n’ose s’adresser à Dieu avec une telle familiarité. Derrière cette appellation se révèle l’image d’un Dieu proche. Non plus le Dieu immense, créateur du ciel et de la terre, mais le Dieu qui, en Jésus Christ, est venu jusqu’à nous pour s’adresser à notre intimité.
L’heure est venue
L’heure est venue, cette heure ne signifie pas une durée de soixante minutes, mais le temps de la pleine révélation. Dans le quatrième évangile, il y a le temps où l’heure n’est pas encore venue (Jn 2.4 ; 7.30 ; 8.20), puis celui où l’heure vient (Jn 4.21,23 ; 5.25,28 ; 16.2,25), maintenant l’heure est venue.
Cette heure est celle de la glorification du Fils. Dans le Nouveau Testament, la gloire ne se mesure par en honneurs et en renommée, mais dans la pleine réalisation de sa vocation. La gloire d’une personne, c’est ce qu’elle a de plus singulier. Comme le disait le Baal Shem Tov : « Que chacun sache et prenne en considération que par sa nature, il est unique au monde et qu’aucune personne identique à lui n’a jamais vécu, car si une personne identique avait déjà vécu avant lui, il n’aurait pas besoin d’être. » Pour le quatrième évangile, Jésus accomplit pleinement sa vocation en se dirigeant vers sa passion.
Trois pistes d’actualisation
La vie éternelle
À propos du Fils, le texte dit qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu (Dieu) lui as donnés. Dans le verset suivant, il donne une définition de la vie éternelle : la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Dans le quatrième évangile, la vie éternelle, ce n’est pas la vie perpétuelle, mais une vie inscrite dans l’éternité.
L’évangile de la résurrection proclame que la mort a été vaincue, mais c’est maintenant que nous devons vivre la vie éternelle, une vie qui n’est plus vécue sous la seigneurie de notre ego, mais celle de Dieu.
Jésus ne prie pas pour le monde. La prière de Jésus peut orienter la nôtre lorsqu’il dit : C’est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés. Quand nous prions pour les grands problèmes de notre monde : la guerre, les catastrophes, les tyrannies, nous ne prions pas pour que Dieu change les choses d’un coup de baguette magique, nous prions pour qu’il envoie des hommes de paix, de secours et de réconciliation, nous prions pour qu’il inspire et soutienne les acteurs et les intervenants. Nous pouvons prier pour qu’il change le cœur des tyrans, qu’il inspire les diplomates et qu’il donne le courage à ses disciples de vivre l’Évangile dans les situations de conflit.
Qu’ils soient uns
Le texte biblique le plus souvent évoqué pour parler de l’unité de l’Église est celui dans lequel Jésus demande à Dieu à propos de ses disciples, que tous soient uns. La même demande sera reprise au verset 21 avec une précision : que tous soient uns, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi.
L’unité première dont il est question ici n’est pas tant l’unité entre les disciples que l’unité interne à chacun. Jésus prie pour que ses disciples soient unifiés, qu’ils réalisent l’unité entre leur foi, leur pensée, leurs paroles, leurs désirs et leurs actions. Dans cette perspective, le contraire de l’unité n’est pas
la diversité mais l’éclatement. L’unité est d’abord un chemin de réconciliation personnelle. C’est lorsqu’ils seront chacun authentiquement eux-mêmes qu’ils seront unis selon l’image du corps qui est développée dans les épîtres pauliniennes : quand chaque membre occupe authentiquement sa fonction, le corps est harmonieux.
Une illustration : Quelle unité ?
L’unité à laquelle nous sommes appelés n’est pas l’uniformité mais repose sur la complémentarité. Dans le judaïsme, la prière du Qaddish est la prière de la sanctification du Nom de Dieu, récitée par les affligés, et notamment les endeuillés. Une des phrases dit : « Toi qui fais la paix dans les cieux, accorde-nous la paix sur la terre. » Les sages se sont interrogés sur la signification de l’expression « la paix dans les cieux. » Ils ont répondu en observant que le ciel était composé de soleil et de nuages, de feu et d’eau. Ces deux éléments sont antagoniques puisque l’eau éteint le feu et que le feu assèche l’eau. Face à cette opposition, les éléments ont fait preuve de sagesse. Le soleil a dit : « Si je sèche les nuages, le monde ne pourra pas survivre sans pluie. » Et les nuages ont pensé : « Si nous éteignons le soleil, le monde périra dans l’obscurité. » Le soleil et les nuages ont décidé de faire la paix, en comprenant que si l’un remportait une victoire totale sur l’autre, le monde périrait.
L’unité de Dieu, c’est quand chacun, à partir de sa vocation singulière, vit en complémentarité avec ses prochains dans leurs vocations singulières.
Ac 1.12-14 – Le groupe des apôtres
Les apôtres après l’Ascension
Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres
Le livre des Actes raconte la façon dont les disciples se sont organisés après l’Ascension et comment ils ont vécu le grand commandement d’être témoin du Christ à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. L’histoire de l’Église commence avec la Pentecôte.
Avant cet événement, nous sommes dans le temps de la préparation. Le passage de cette semaine se situe entre l’Ascension et la Pentecôte. Les apôtres ont reçu leur vocation, mais ils n’ont pas encore reçu l’Esprit.
Que dit le texte ? – Le groupe des apôtres
Après que Jésus les a quittés, les apôtres retournent à Jérusalem et la seule chose qu’ils font est de prier en attendant l’Esprit. Quand on ne sait pas quoi faire et qu’on est un peu perdu on peut toujours prier.
La singularité de ce texte est la présence des femmes dans le groupe des disciples. Luc avait déjà relevé le groupe des femmes à côté des Douze (Lc 8.2- 3), comme si elles étaient un autre collège d’apôtres. Ces femmes n’ont pas de fonction officielle, mais l’évangile nous apprend qu’elles soutiennent
financièrement le groupe de Jésus. À la fin de l’évangile, ce sont ces femmes qui seront les premiers témoins de la résurrection (Lc 24.9-10). L’histoire écrite par des hommes a longtemps négligé le rôle des femmes dans les évangiles.
Dans les versets qui suivent, Pierre prend l’initiative de reconstituer le groupe des Douze après la mort de Judas. Il indique les critères pour être apôtre : avoir accompagné Jésus depuis son ministère en Galilée jusqu’à la résurrection. Ces femmes remplissent toutes les conditions : elles ont accompagné Jésus depuis aussi longtemps que les apôtres et elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Elles auraient toute la légitimité pour intégrer le collège des Douze, sauf que ce dernier est réservé aux hommes.
En plus des apôtres et des femmes, le texte nomme deux personnes : Marie, mère de Jésus, et les frères de celui-ci. C’est la première fois que Marie apparaît dans l’Église, et parmi les frères de Jésus, l’un d’eux, Jacques, va devenir le responsable de l’Église de Jérusalem.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Jésus prie pour ses disciples
Le texte dit que les disciples prient comme Jésus avait prié pour ses disciples avant son arrestation. L’épître aux Hébreux dit à propos de Jésus qu’il ne cesse d’intercéder en notre faveur (Hé 7.25). Quand on prie Jésus, on peut entendre que Jésus prie pour nous. Ainsi la prière devient une interrelation entre le priant, Dieu et le Christ.
La tradition théologique a utilisé le mot péricorèse pour évoquer l’interpénétration entre les trois personnes de la Trinité, par extension on peut l’appliquer à la relation entre le priant et la Trinité.
1 P 4.13-16 – Se réjouir dans les épreuves
La communion aux souffrances du Christ
Le contexte – La première épître de Pierre
La première épître de Pierre est adressée à ceux qui ont été choisis et qui vivent en étrangers dans la dispersion. Parce qu’ils sont étrangers et qu’ils se comportent différemment, les chrétiens sont menacés par la persécution à cause de leur foi.
Pierre ne triche pas avec ses interlocuteurs : ils connaîtront des épreuves. Au lieu de baisser les bras, ils les invitent à ne pas abandonner les exigences de l’évangile dans tous les domaines de la vie, et il passe en revue les différentes situations de vie : la relation avec les voisins, les autorités, les maîtres, dans la famille. Dans tous ces domaines, il les invite à vivre la non-violence évangélique qui n’est pas de la servilité, mais un chemin de fidélité au Christ des évangiles. Comme nous l’avons vu la semaine dernière, en toute situation, le chrétien doit être témoin : Soyez toujours prêts à présenter votre défensedevant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous (1 P 3.15).
Que dit le texte ? – Face à nos épreuves
Dans le verset qui précède notre passage, Pierre dit à ses interlocuteurs qu’ils ne doivent pas être surpris des épreuves qu’ils subissent comme si c’était la condition habituelle du fidèle, puis il ajoute un propos qui nous provoque : Réjouissez-vous d’avoir part aux souffrances du Christ.
Se réjouir de souffrir ? On pourrait penser que cette parole est exceptionnelle, sauf qu’on la retrouve dans l’introduction de l’épître de Jacques : Mes frères, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer (Jc 1.2), chez Paul : Nous mettons notre fierté dans les détresses (Rm 5.3) et dans les béatitudes de l’évangile de Matthieu : Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, qu’on vous persécute et qu’on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de
moi. Réjouissez-vous et soyez transportés d’allégresse (Mt 5.11-12).
Le thème est suffisamment récurrent pour ne pas y voir un enseignement fondamental du Nouveau Testament. Comment le comprendre ? La Bible n’enseigne pas le masochisme qui consiste à trouver du plaisir dans la douleur et l’humiliation, la Bible met en premier la fidélité à l’évangile et au Christ : la non-violence radicale, le non-jugement radical, la bienveillance radicale, l’honnêteté radicale… et elle ne dit pas que cette fidélité conduit à une vie paisible, elle peut conduire à des épreuves et des oppositions. Dans ces cas-là, il ne faut pas se laisser abattre par les épreuves mais les vivre dans une plus
grande communion au Christ qui, lui aussi, a connu l’épreuve et la souffrance.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Jésus prie pour ses disciples
Lorsque Jésus se prépare à mourir, il sait qu’il laisse ses disciples dans un monde hostile et qu’à son image, ils connaîtront les épreuves et la persécution, alors avant d’entrer dans sa passion, il lui reste une chose à faire : prier pour ses disciples.
Il dit de ses disciples qu’eux sont dans le monde. Le monde dans l’évangile de Jean, c’est le monde hostile, celui qui n’a pas reçu la lumière (Jn 1.10-11). Il ajoute qu’il est glorifié en eux. Dans la Bible, la gloire d’une personne, c’est son être profond. Aujourd’hui, dans le monde, Jésus est présent par ses disciples, particulièrement lorsque ces derniers sont dans l’épreuve et la persécution.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis
