« La République est un grand acte de confiance »

C’est par cette phrase, empruntée à Jean Jaurès, que l’avocat général Maître Rodolphe Juy-Birmann a voulu rappeler l’importance républicaine que revêtait ce procès à l’encontre de Nicolas Sarkozy.
Car, avant de détailler ce qu’il reprochait aux différents prévenus, l’avocat général a d’abord rappelé que le populisme grandissant de notre époque puisait ses racines dans le scepticisme à l’égard des responsables politiques, évidemment nourri par les actes présumés de Nicolas Sarkozy et de ses collaborateurs.
C’est d’ailleurs par les proches de l’ancien Président que Maître Rodolphe Juy- Birmann a commencé ses réquisitions. Devant une audience suspendue à ses paroles, l’avocat général a procédé méthodiquement.
Deux groupes distincts auraient permis de faire transiter l’argent libyen destiné au
financement de la campagne présidentielle, avec des degrés d’implication divers.

Les peines requises tombent

Des peines allant de 10 mois à 6 ans d’emprisonnement pour les proches de Nicolas Sarkozy
L’avocat traite d’abord du canal libyen mafieux, dirigé par le sulfureux — mais absent du procès — homme d’affaires Alexandre Djouhri.
Si « personne ne sait vraiment ce qu’il fait », l’avocat a regretté que cet homme soit devenu « le visiteur du soir de l’Élysée », malgré ses réseaux douteux.
C’est lui qui aurait réuni une partie des sommes suspectes provenant d’un riche milliardaire saoudien, Khaled Bugshan, avec la complicité active de son banquier suisse, présenté comme l’exécutant, Wahib Nacer.
Si le propriétaire des fonds était au courant des actes de blanchiment, il en ignorait toutefois la destination, contrairement à son banquier. Quatre ans de prison avec sursis ont donc été requis contre le premier, contre quatre ans de prison ferme pour le second. Alexandre Djouhri s’est, lui, vu requérir six ans de prison.
De la même manière, différents cercles concentriques ont été distingués autour de la garde rapprochée du président afin de justifier le montant des peines requises. Éric Woerth, directeur de campagne, s’est vu requérir une peine de dix mois de prison pour avoir autorisé la circulation de liquidités sans en déclaré l’origine.
Davantage impliqué, Brice Hortefeux a fait l’objet de réquisitions de quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Mais c’est Claude Guéant, notamment accusé de s’être personnellement enrichi, qui a écopé de la peine la plus lourde après Nicolas Sarkozy : six ans de prison, assortis de la restitution d’un immeuble obtenu grâce à l’argent détourné.
C’est après un silence marquée que l’avocat général a finalement procédé aux réquisitions que tout le monde attendait : celle de Nicolas Sarkozy.

7 ans de prison requis contre Nicolas Sarkozy

Pour avoir été le « principal et unique bénéficiaire » d’un système visant à toucher de l’argent libyen en vue d’une élection présidentielle et s’être immiscé dans le système judiciaire afin de blanchir le beau-frère de l’ancien dictateur libyen, Nicolas Sarkozy doit être « sanctionné à la hauteur de la gravité des faits », assène Maître Rodolphe Juy-Birmann.
« Instigateur ? Oui, évidemment », conclut l’avocat général avant d’annoncer la peine requise : sept ans de prison, assortis de 300 000 euros d’amende et de cinq ans d’inéligibilité.
La défense, par l’intermédiaire de Maître Ingrain, a réagi en se projetant déjà vers sa plaidoirie, qui aura lieu dans deux semaines :
« M. Sarkozy est innocent et nous le démontrerons. »

Paul Drion

Photo : Me Ingrain (à gauche) et Me Schapira (à droite) réagissant à la peine requise contre leur client N. Sarkozy ce mercredi 13 Mai [Paul Drion].