Luc 24, 13-35

Jésus chemine avec ses disciples

Introduction

Le récit des pèlerins d’Emmaüs est propre à Luc. Chaque évangile a un récit de l’apparition du ressuscité. Chez Matthieu, Jésus retrouve ses disciples en Galilée pour les envoyer en mission dans le monde entier, Marc se termine sur la peur des femmes devant l’annonce du tombeau vide, Jean évoque une première Pentecôte puis il raconte comme le ressuscité a retrouvé ses disciples sur la rive d’une pêche infructueuse, et Luc nous rapporte la rencontre avec deux disciples dans leur marche vers Emmaüs.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Les disciples en deuil

Les pèlerins s’entretenaient de tout ce qui s’était passé. En suivant Jésus, ils avaient espéré que Jésus était celui qui devait apporter la rédemption à Israël comme ils le diront, mais ils se sont trompés, celui qu’ils avaient suivi a été broyé par les forces d’oppression.

On imagine leur déception, ils sont en deuil de leur maître, en deuil de leur foi et de leur espérance. Ils en parlent entre eux pour mettre des mots sur leurs maux, ils ont besoin de parler pour dire leur déception.

Jésus fit route avec eux.

Pendant qu’ils s’entretenaient et débattaient, Jésus lui-même s’approcha et fit route avec eux. Le verbe s’approcher évoque une certaine délicatesse. Jésus ne s’impose pas, il s’approche avec précaution de ceux qui sont en chemin pour faire route avec eux.

Plus tard, ils diront : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Écritures ? La foi est la démarche qui consiste à entendre que le Christ marche à nos côtés et qu’il nous aide à donner du sens aux événements de notre vie.

Pistes d’actualisation

1er thème : Ils étaient empêchés de le reconnaître

Il est étonnant que les disciples n’aient pas reconnu celui dont ils étaient en train de parler. D’autant que la rencontre n’est pas fugitive, elle a duré deux heures. En outre, Jésus adopte la position d’un maître qui enseigne.

Ce verset évoque une expérience de tous les temps. Pour certaines personnes, l’évangile est une évidence, alors que pour d’autres, on a le sentiment qu’ils ont un voile qui cache ce qu’ils ont devant eux. La foi ne consiste-t-elle pas tout simplement à voir ce que nous avons devant les yeux ? Dans la deuxième épître aux Corinthiens, Paul dit que nous avons un voile devant les yeux qui ne disparaît que dans le Christ (2 Co 3.14). C’est l’expérience que font les pèlerins dans ce récit quand ils reconnaîtront que celui qui marche à leurs côtés est celui qu’ils pensaient mort.

2e thème : La pédagogie de Jésus

Lorsque Jésus rejoint les pèlerins, il ne s’impose pas, en bon pédagogue, il commence par faire parler ses interlocuteurs pour les conduire à découvrir eux-mêmes qui il est. Il leur donne l’occasion de formuler leur déception, puis il leur répond en utilisant les Écritures comme un tiers entre eux et lui : Commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Écritures, le concernait. Après avoir parlé, quand ils sont arrivés au terme de leur voyage, Jésus les laisse en faisant semblant de poursuivre son chemin.

Jésus ne s’impose, il les accompagne dans leur cheminement qui les conduira à le reconnaître dans le signe de la fraction du pain. Dès qu’ils l’ont reconnu, il disparaît. Ils auraient sûrement désiré que Jésus reste avec eux, mais maintenant qu’il leur a apporté ce qu’ils cherchaient – un sens à leur histoire –ils les laissent pour qu’ils prennent leur responsabilité de témoin.

Si je peux ajouter une parenthèse, je suis frustré que Luc ne nous en dise pas plus sur les textes cités par Jésus pour dire ce qui le concernait. Ça nous aurait aidé à découvrir l’herméneutique de Jésus.

3e thème : Ils le reconnurent à la fraction du pain

C’est le signe du pain et la parole de bénédiction qui leur ont ouvert les yeux afin qu’ils accèdent à l’évidence de ce qui est devant eux.

Il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna, ces quatre verbes se retrouvent dans le récit de la multiplication des pains (Lc 9.16) et, à une nuance près, dans l’institution de la cène (Lc 22.19). C’est dans le pain béni, rompu et donné que les pèlerins vont enfin voir ce qu’ils ont devant les yeux. Ils n’ont probablement pas participé au dernier repas de Jésus, mais ils ont vu Jésus présider des repas. Ce dernier devait avoir une façon particulière de prononcer la bénédiction et de rompre le pain pour qu’il se fasse reconnaître dans ce geste. Ces deux moments qualifient la foi : Dire la bénédiction, rendre grâce pour le moindre morceau de pain ; et partager le pain, devenir compagnon selon l’étymologie du mot (celui avec qui on partage le pain).

Une illustration : Le besoin du frère

Ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Écritures ? Dans l’anthropologie biblique, le cœur est le lieu du raisonnement et de l’intelligence. Lorsque les disciples disent que leur cœur brûle, ils évoquent une nouvelle intelligence des Écritures, donc de leur compréhension du divin.

Au début du récit, ils se disent l’un à l’autre leur déception, à la fin ils se disent ce qu’ils ont vécu. C’est en se parlant que les disciples comprennent le sens de ce qu’ils ont vécu.

Un apophtegme des pères du désert raconte qu’un frère butait sur un passage des Écritures qu’il ne comprenait pas. Il a pris la décision de jeûner pendant six mois, en ne prenant que trois repas par semaine pour que Dieu lui révèle l’interprétation du passage, mais ce dernier restait silencieux. Alors, il s’est dit : « je vais aller trouver un frère pour qu’il m’éclaire. » Pendant qu’il était en route, Dieu lui adressa la parole et lui dit : « Maintenant que tu as été assez humble pour te mettre en route à la rencontre de ton frère, je vais te donner l’explication que tu cherchais. »

Ac 2.14-33 – Discours de Pierre à la Pentecôte : Jésus, accomplissement des promesses

Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres


Le livre des Actes des Apôtres est parfois appelé l’évangile de l’Esprit. Lorsque Jésus est remonté auprès du Père, c’est l’Esprit qui a accompagné l’Église dans son témoignage.
Après l’envoi de l’Esprit sur les disciples et sur la foule des pèlerins qui sont venus à Jérusalem pour la fête de shavouot, Pierre prend la parole pour relire l’événement de la Pentecôte à la lumière des Écritures. Ce passage est important car il prend soin d’enraciner l’évangile de Jésus-Christ dans l’attente du Premier Testament et il nous aide à comprendre la lecture que faisait la première Église des promesse du Premier Testament.

Que dit le texte ? – Le discours de Pierre


Nous pouvons résumer le discours de Pierre en trois affirmations. Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur tous. L’envoi de l’Esprit comme signe des derniers temps, étape ultime de la révélation de Dieu dans le monde. Dans la Bible, le mode de relation entre Dieu et la création est l’alliance. Plusieurs alliances sont évoquées, avec Noé, avec Abraham et avec Moïse. Une alliance évoque une collaboration entre Dieu et son peuple. À travers ces trois alliances, la responsabilité de l’humain est de plus en plus importante pour culminer avec le don de la Torah qui est le mode d’emploi du peuple de Dieu dans la création. Les prophètes Ésaïe, Jérémie et Ézéchiel parlent d’une alliance nouvelle marquée par une nouvelle relation de Dieu avec son peuple. Jérémie l’associe avec le don de l’Esprit. Pierre évoque
ce temps nouveau en s’appuyant sur le prophète Joël.
Cet homme… vous l’avez supprimé en le faisant crucifier par des sans-loi, Dieu l’a relevé en le délivrant des douleurs de la mort. Le point de rupture entre la première et la nouvelle alliance est la résurrection de Jésus qui introduit un temps nouveau et qui est la preuve que le crucifié est bien le Christ de Dieu.
L’humain n’est plus un être destiné à la mort, mais à la vie. La victoire sur la mort est l’affirmation que notre vie ne se réduit pas à ce que nos sens perçoivent, mais qu’elle est appelée à l’éternité auprès de Dieu.

Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit saint qui avait été promis et il a répandu ce que vous voyez et entendez. La marque du fils est qu’il a reçu l’Esprit et cet Esprit est maintenant répandu sur les fidèles. La Pentecôte est la date de naissance de l’Église chargée de vivre et proclamer l’amour de Dieu pour sa création.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Les pèlerins d’Emmaüs


Lorsque Jésus a rejoint sur leur route les pèlerins qui se rendaient à Emmaüs, le texte dit que commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fitl’interprétation de ce qui, dans toutes les Écritures, le concernait. Quels sont les textes que Jésus a cités ? Notre passage en propose quelques-uns à travers
les prophètes et les Psaumes.
Le discours de Pierre à la Pentecôte évoque l’interprétation que la première Église a faite des textes de la Bible hébraïque.

1 P 1.17-21 – Sauvé par le sang du Christ

Conduisez-vous avec crainte

Le contexte – La première épître de Pierre


Le premier verset de l’épître de Pierre dit qu’elle s’adresse à ceux qui vivent en étranger dans la dispersion et dans le passage de cette semaine l’auteur précise à ses interlocuteurs qu’ils sont dans leur exil. Un peu plus loin, il fait de l’exil une catégorie spirituelle : Je vous encourage, comme des exilés et des étrangers, à vous abstenir des convoitises de la chair qui font la guerre à l’âme (1 P 2.11).
De par leur foi, les destinataires de l’épître sont invités à ne pas se conformer au monde présent comme le dit Paul dans l’épître aux Romains (Rm 12.2) pour vivre différemment, selon l’économie de leur salut dans tous les domaines de
leur vie.

Que dit le texte ? – Vivre son salut


Conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre exil. Ce verset s’oppose à ce que Bonhoeffer a appelé la grâce à bon marché. Il s’oppose aux personnes qui invoquent Dieu pour apaiser leur âme, mais qui vivent comme ils l’entendent. Contre cette dérive, Pierre rappelle que Dieu est aussi celui qui, impartialement, juge chacun selon ses œuvres.
Vous savez en effet que ce n’est pas par des choses périssables – argent ou or – que vous avez été rédimés. Le verbe rédimer évoque la libération de l’esclavage. Le fait d’avoir besoin d’être racheté signifie qu’on est esclave.
Dans ce verset, on est esclave de la futilité, c’est à dire du non-sens, de l’errance. Vous avez été rédimés… par le sang précieux du Christ. Le mort du Christ ajoute une dimension tragique à notre monde. Si le monde a mis à mort celui qui n’avait aucune défense et qui a vécu l’amour de Dieu, alors je ne peux plus
vivre dans la futilité.
Mettez votre foi en Dieu, celui qui l’a réveillé d’entre les morts… de sorte que votre foi et votre espérance sont en Dieu. La résurrection apporte l’assurance de la victoire finale de Dieu, alors, je peux mettre ma foi et mon espérance en Dieu. Ce qui qualifie le chrétien est la foi et l’espérance. Il existe une vie possible en Dieu au-delà des drames, des menaces et des échecs de ce monde.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Les pèlerins d’Emmaüs


Avant la rencontre avec le ressuscité, les pèlerins d’Emmaüs marchent tristement, ils rentrent chez eux. Après la rencontre, ils courent à Jérusalem annoncer la résurrection. L’opposition entre les attitudes est la marque de la foi. Si comme le dit l’épître de Pierre, on met sa foi dans le Dieu qui a relevé le Christ d’entre les morts, alors c’est tout qui change et nous pouvons vivre la foi et l’espérance.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis