Le piège du repli : quand l’isolement nourrit la peur

Le constat est sans détour : une partie des chrétiens est tentée par des votes identitaires et nationalistes. Mais pour Frédéric De Coninck, l’explication est moins théologique que sociale.

« Le vote d’extrême droite est un vote d’isolement. »

Plus les croyants sont engagés dans des relations concrètes – vie d’Église, engagement associatif –, moins ils adhèrent à des logiques de rejet. À l’inverse, l’éloignement nourrit la peur.

« Se confronter à des personnes réelles, ça soigne. Se confronter à des personnes imaginaires, ça rend malade. »

La foi, ici, ne se réduit pas à des convictions : elle devient une expérience relationnelle qui transforme le regard sur l’autre.


L’Église face à ses silences

À la veille des échéances politiques, les Églises sont souvent restées prudentes. Trop prudentes, selon l’auteur.

« Beaucoup de chrétiens étaient extrêmement frileux pour prendre position. »

Cette retenue peut s’expliquer par la diversité des opinions internes. Mais elle pose une question : jusqu’où peut-on se taire lorsque des valeurs fondamentales sont en jeu ?

Le parallèle avec l’histoire européenne est implicite :
l’absence de prise de position peut, à terme, devenir une forme de complicité passive.

À l’inverse, ce sont souvent les acteurs de terrain – associations, œuvres sociales – qui ont pris la parole.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont confrontés directement aux conséquences concrètes des politiques.


Aimer son prochain : une exigence concrète

Au cœur du livre, une conviction traverse toute la réflexion :
l’amour du prochain n’est pas une idée abstraite.

« Si vous commencez à vous intéresser à des gens qui ne sont pas comme vous, ils vous font moins peur. »

La rencontre transforme. Elle ne supprime pas les tensions, ni les déceptions, mais elle brise les fantasmes.

Ce constat rejoint l’Évangile :
la proximité avec l’autre est le seul antidote durable aux logiques de rejet.


Une Église appelée à faire la différence

Pour Frédéric De Coninck, la mission de l’Église passe d’abord par une posture simple mais radicale : assumer une différence.

« Nous sommes tous au bénéfice de la grâce. »

Cela signifie qu’il n’y a pas, d’un côté les bons, de l’autre les mauvais.
Tous ont besoin de pardon.

Cette conviction s’oppose frontalement aux logiques de polarisation :

« Il n’y a pas une guerre du bien contre le mal, mais une humanité où tous ont quelque chose à se faire pardonner. »


Donner voix à ceux qu’on n’entend pas

Autre dimension essentielle : porter la parole de ceux qui en sont privés.

« La voix du sang de ton frère crie du sol. »

Dans la tradition biblique, la justice commence par l’écoute des plus vulnérables.
Or cette exigence devient aujourd’hui contre-culturelle.

Défendre les faibles, refuser la stigmatisation, dénoncer les injustices :
autant de missions qui redéfinissent le rôle public de l’Église.


Espérer… sans naïveté

L’espérance chrétienne n’est pas un optimisme facile.

« L’Évangile ne dit pas que tout va s’arranger. Il dit : tenez bon. »

Dans un monde traversé par la violence, l’appel n’est pas de fuir la réalité, mais de résister.

Résister à la peur, à la résignation, à la logique du pire.

Témoigner qu’un autre chemin est possible, même fragile, même minoritaire.


La paix a un prix

C’est sans doute le point le plus exigeant du livre : la paix n’est pas gratuite.

« La paix est un risque. »

Contrairement à la sécurité, qui pousse à se protéger et à se fermer, la paix suppose une vulnérabilité assumée.

Elle implique d’accepter l’incertitude, le dialogue, parfois même l’échec.

« Aimer son ennemi, ce n’est pas une stratégie efficace. C’est une fidélité. »


Construire la paix, un travail de long terme

Enfin, la paix ne se décrète pas. Elle se construit.

« Faire la guerre, ça va vite. Fabriquer la paix, c’est long. »

Cela suppose :

  • d’identifier les injustices en amont
  • de créer des espaces de dialogue
  • de construire une confiance durable

Un travail discret, patient, souvent invisible.


Conclusion

À rebours des logiques de peur, de repli et de confrontation, l’Évangile propose un autre chemin : celui de la relation, du courage et de la paix.

Un chemin exigeant, parfois coûteux.

Mais un chemin qui, selon la promesse biblique, rend véritablement heureux :

« Heureux ceux qui fabriquent la paix. »

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Frédéric de Coninck
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal Pictures

À découvrir aussi : notre série sur la vocation avec Frédéric de Coninck, à commencer par le premier épisode.

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