Jn 20.19-23 – L’envoi du souffle
Jésus apparaît à ses disciples
Introduction
Dans le verset qui précède notre passage, Marie-Madeleine à qui Jésus est apparu dans le jardin dans lequel se trouvait sa tombe est allée annoncer aux disciples qu’elle a vu le Seigneur et ce qu’il lui a dit. Qu’a été la réaction des disciples ? Ont-ils accordé un crédit au témoignage de Marie-Madeleine ?
Sont-ils retournés au jardin ? L’histoire ne le dit pas. L’évangile précise simplement qu’ils sont enfermés dans une pièce et qu’ils ont peur des autorités religieuses.
Ils craignent de subir le même sort que leur maître. Cette crainte n’est pas illégitime. Lors de l’arrestation, l’évangile précise que Jésus est allé au-devant de ceux qui sont venus l’arrêter pour que s’accomplisse la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés » (Jn 18.9). Si l’évangile précise cette précaution, c’est que la menace était réelle.
Deux points d’exégèse
Le corps de Jésus
L’énigme de ce verset réside dans le fait que le ressuscité traverse les portes fermées. Comme pour les miracles de l’évangile, on s’enferme dans une impasse si on s’arrête à la matérialité des faits. Ce que le texte dit, c’est que le ressuscité a un corps mais c’est un corps différent.
Pour souligner l’aspect matériel de la résurrection, le texte dit que le ressuscité reste le supplicié, il porte encore dans ses mains la marque des clous et dans son côté celle du coup de lance.
Nous pouvons interpréter ces détails en soulignant que, pour se faire reconnaître, Jésus montre ses blessures. Nos cicatrices racontent notre histoire. La résurrection n’annule pas la croix de même que notre foi et notre espérance n’annulent pas nos épreuves et nos blessures.
La paix de Dieu
Jésus salue ses disciples en disant la paix soit avec vous !, ce qui est la salutation classique dans le judaïsme. Mais deux versets plus loin, il réitère la salutation : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. La répétition de la salutation montre qu’il ne s’agit pas d’une simple formule de politesse. Jésus apporte la paix, le shalom, à ses disciples comme il l’avait annoncé dans son discours des adieux : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède pas à la lâcheté ! (Jn 14.27). Dans la Bible, le mot shalom n’évoque pas simplement l’absence de conflit, mais il induit la justice et l’harmonie entre les hommes. Lorsque le Psaume 85 dit : La bienveillance et la vérité se rencontrent, la justice et la paix s’embrassent, les commentaires en concluent qu’il n’y a pas de paix biblique sans vérité ni justice.
Trois pistes d’actualisation
Deux récits de l’envoi du souffle
Nous trouvons dans le livre des Actes des Apôtres, un autre récit de l’envoi du souffle de Dieu aux disciples qui n’a pas lieu le soir de la résurrection, mais cinquante jours après, à l’occasion de la fête de la Pentecôte.
On peut se demander pourquoi le Nouveau Testament contient deux récits de l’envoi du souffle, de même qu’il contient deux récits différents de la naissance de Jésus, deux récits du sermon sur la montagne, deux récits de ce qu’il a fait lors de son dernier repas, et deux récits de l’Ascension. La réponse
est qu’un seul récit ne suffit pas.
Dans l’évangile, l’envoi du souffle est l’aboutissement de la résurrection et dans le livre des Actes, il est le commencement de l’histoire de l’Église. Les deux affirmations sont vraies.
L’Esprit dans le quatrième évangile
Dans le quatrième évangile, l’Esprit apparaît essentiellement à trois endroits.
. Au baptême de Jésus, Jean annonce qu’il a vu l’Esprit descendre sur Jésus qui est désigné comme celui qui baptisera dans l’Esprit (Jn 1.32- 33). Puis, il n’apparaît pratiquement plus jusqu’à son dernier discours.
. Dans le discours des adieux, entre le dernier repas de Jésus et son arrestation, il annonce à ses disciples qu’ils ne seront pas orphelins et qu’il leur enverra son Esprit (Jn 14.16-17).
. Dans ce verset, cette promesse se réalise et les disciples reçoivent l’Esprit.
Pour Jean, l’Esprit est celui qui remplacera Jésus quand il ne sera plus là comme il l’avait promis : Le Défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit (Jn 14.26).
Le pardon des péchés
L’envoi de l’Esprit est accompagné de la première vocation adressée à la première Église : À qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. Le pardon comme marque de l’Évangile, le pardon comme fondement d’une vie commune harmonieuse.
Dans son livre, il n’y a pas d’avenir sans pardon, Desmond Tutu décrit une illustration reproduite dans un journal de psychologie. On voit trois militaires américains devant le monument aux morts de la guerre du Vietnam. Dans la légende, l’un demande : « Avez-vous pardonné à ceux dont vous avez été les prisonniers ? – Jamais je ne leur pardonnerai », répond un autre, et son compagnon lui dit : « Alors, tu es toujours leur prisonnier. » Le pardon est nécessaire si l’on souhaite continuer à vivre ensemble mais il est aussi nécessaire pour continuer à vivre tout simplement. Devant une offense douloureuse, si nous ne pardonnons pas, nous nous condamnons à vivre dans la rancune, dans l’amertume qui ronge et qui détruit. Ce n’est pas pour le prochain que nous devons pardonner, mais pour nous-mêmes, afin de nous
libérer de l’offense qui nous a été faite.
Une illustration : L’Esprit du pardon
Jonathan Sacks est le grand rabbin de Londres. Dans un de ses livres, il évoque l’articulation nécessaire entre mémoire et pardon : « Je suis juif. En tant que juif, je porte en moi les larmes et les souffrances de mes grands-parents et de leurs parents au fil des générations. L’histoire de mon peuple est le récit de
siècles d’exils et d’expulsions, de persécutions et de pogromes… Ces larmes sont incrustées dans l’étoffe même de la mémoire juive, c’est-à-dire de l’identité juive. Pourquoi devrais-je renoncer à cette douleur gravée au plus profond de mon âme ?
Je le dois pourtant. Pour l’amour de mes enfants et des enfants de mes enfants qui ne sont pas encore nés. Je ne saurais bâtir leur avenir sur les haines du passé ni leur enseigner qu’ils aimeront Dieu davantage en aimant moins les gens. Quand j’implore le pardon de Dieu, j’entends dans ma requête elle-même, qu’Il exige de moi que je pardonne aux autres. Et je pardonne parce que j’ai un devoir à l’égard de mes enfants aussi bien qu’envers mes ancêtres… »
Ac 2.1-11 – Récit de Pentecôte
Le don du souffle
Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres
Le livre des Actes des Apôtres est parfois appelé l’évangile de l’Esprit. Il faut dire que le souffle de Dieu se situe à tous les étages dans la vie de la toute première Église. Il est promis par Jésus au moment où il quitte ses disciples à l’Ascension, il donne autorité à la parole des Apôtres, il pousse Philippe vers l’Eunuque éthiopien et conduit Pierre chez Corneille, il ouvre l’intelligence de l’Église de Jérusalem pour la conduire à accueillir des non-juifs, il envoie Paul et ses compagnons en mission.
Dans le quatrième évangile, avant de quitter les siens, Jésus leur a promis qu’il leur enverra l’Esprit de vérité qui sera avec eux pour toujours (Jn 14.15).
Dans les Actes des Apôtres, avant de rejoindre le Père, il leur a fait la même promesse : Vous recevrez de la puissance quand l’Esprit saint viendra sur vous, et vous serez mes témoins. Cet engagement s’est réalisé dix jours plus tard, à l’occasion de la fête juive de la Pentecôte qui célèbre l’alliance et le don de la
Torah.
Que dit le texte ? – Miracle de la communication
Le texte dit que lorsqu’ils ont reçu le souffle de Dieu, les apôtres se sont mis à parler et que chacun entendait leurs paroles dans sa langue maternelle. Il y a eu un miracle de la communication ce jour-là, mais où se situe-t-il ? Soit chez les apôtres qui parlaient plusieurs langues en même temps, ce qui est difficile à imaginer, soit du côté des auditeurs qui entendant ce que disaient les
apôtres dans leur propre langue.
Qu’est-ce qu’une langue maternelle ? Étymologiquement, c’est la langue que parlait leur maman, la langue dans laquelle ils ont reçu un nom, dans laquelle ils ont appris à identifier leur entourage. Nous pouvons entendre que chaque auditeur recevait la parole comme si c’était leur maman qui parlait, comme si la parole entendue était la parole la plus importante, la plus intime, de leur vie.
Le vrai miracle de la Pentecôte, ce n’est pas tant le mélange des langues, c’est dans la suite du chapitre. Pierre prend la parole pour dire que Jésus de Nazareth qui a été crucifié était le Christ de Dieu que le peuple attendait et qu’il s’est relevé des morts. Sur cette simple parole, trois mille personnes ont eu le cœur transpercé et se sont fait baptiser. Trois mille personnes ont entendu la prédication de Pierre dans leur langue maternelle, comme la parole la plus importante qui a jamais été dite à leur histoire.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Jésus apparaît à ses disciples
Nous trouvons dans le quatrième évangile un autre récit de l’envoi du souffle de Dieu, alors que les disciples sont enfermés dans une pièce par crainte des religieux. Cet autre récit insiste sur l’envoi des disciples : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Jésus n’a pas envoyé son souffle pour que
les disciples restent tranquillement dans la méditation de sa parole, mais pour qu’ils deviennent apôtres, c’est-à-dire envoyés.
À partir de la Pentecôte, les disciples vont commencer à dire et à partager la parole et rien ne pourra les arrêter. Dans l’histoire, en moins de trois siècles, ils vont conquérir l’Empire romain sans verser une autre goutte de sang que celle de leurs martyrs.
1 Co 12.3-13 – L’unité dans la diversité
Diversité et unité
Le contexte – La première épître aux Corinthiens
Après avoir passé dix-huit mois à Corinthe, Paul a poursuivi son ministère en laissant derrière lui une communauté bien organisée. Ensuite il a reçu des nouvelles inquiétantes sur la communauté qui était traversée par des divisions et des problèmes de mœurs, de discipline et de doctrine.
La première épître aux Corinthiens essaye de remettre de l’ordre dans l’Église et pour cela elle aborde de front la question qui est peut-être la question la plus importante qui se pose à toute église : la gestion de la diversité en son sein.
Que dit le texte ? – Plusieurs dons, un seul Esprit
Dans l’évangile de Jean, dans le chapitre qui évoque le don de l’Esprit, Jésus comment par affirmer qu’il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père (Jn 14.2). Avant d’ajouter qu’il va préparer une place à ses apôtres.
Autrement dit, dans l’univers de Jésus, il y a une place pour chaque maison et chacun est appelé à habiter sa maison singulière.
Pour évoquer la diversité des maisons, la première épître aux Corinthiens évoque les dons de sagesse, connaissance, foi, guérison, miracles… Dans le Nouveau Testament, on trouve une autre série de dons dans l’Église de Rome qui relèvent plus de l’organisation : le service, l’enseignement, l’encouragement, la direction (Rm 12.3-8). Et dans l’Église d’Éphèse, les dons sont plus institutionnels (apôtre, prophète, évangéliste, pasteur (Ep 4.11).
Certains ont souligné l’évolution entre ces trois séries qui correspondent à différentes époques de la vie d’une Église. Cette remarque n’est pas fausse mais on peut aussi tout simplement relever que les dons et les charismes ne sont pas les mêmes dans les trois Églises parce qu’elles ne sont pas dans la même situation et qu’elles ne s’adressent pas aux mêmes personnes.
Trop souvent dans nos Églises, nous avons des schémas d’organisation et nous appelons les personnes pour assumer les différentes responsabilités. Une gestion spirituelle prend les choses dans l’autre sens et commence par s’interroger sur les dons qui sont donnés à notre Église, puis de voir comment ils peuvent être mis en valeur.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Jésus apparaît à ses disciples
Dans l’Église corps du Christ, il y a deux écueils à éviter. Le premier est celui de l’uniformité qui est un péché contre le Saint-Esprit qui permet à chacun de briller de sa couleur unique. Le second écueil est celui de l’éclatement, d’avoir des membres tellement différents qu’ils ne sont plus reliés les uns aux autres.
Ces deux dérives ont le même antidote : considérer que tous les dons, tous les talents, toutes les couleurs sont les fruits du même Esprit qui a été soufflé par Jésus sur ses apôtres.
Lorsque Paul dit que personne ne peut dire : « Jésus est le Seigneur ! », sinon par l’Esprit saint, il invite à regarder les différentes églises, les différentes spiritualités et les différents ministères comme des fruits du même Esprit.
C’est ce message que Jésus a transmis à ses apôtres quand il a soufflé sur son esprit.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis
