Jean 10.1-10 – La porte de l’enclos
Jésus est la porte
Introduction
Dans les chapitres qui précèdent, Jésus s’est opposé aux religieux dans le récit de la femme adultère et dans la guérison de l’aveugle de naissance. Jésus récapitule cette opposition en faisant l’opposition entre les bandits et les voleurs d’un côté, et le bon berger et la porte de l’autre.
Points d’exégèse
Attention sur deux points.
Les voleurs et les bandits
Dans le contexte de cette partie de l’évangile de Jean, les voleurs et les bandits sont les religieux qui sont enfermés dans leurs œillères spirituelles. Ils ne cherchent pas l’épanouissement spirituel du troupeau, mais à maintenir les moutons sous leur autorité, ce sont des voleurs de spiritualité et de liberté, des bandits qui exploitent les moutons au lieu de les faire grandir.
Ce verset est à mettre en rapport avec ce que Jésus dit dans l’évangile de Matthieu : Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l’apparence de longues prières (Mt 23.14).
Le berger des moutons
Depuis le Psaume 23, le Seigneur est mon berger, la figure du berger est une métaphore pour parler de Dieu. Il est marqué dans ce texte par la proximité avec ses moutons qui reconnaissent sa voix.
À la différence des voleurs et des bandits, le berger n’a pas besoin d’escalader la clôture, il peut entrer par la porte, car tout le monde le connaît. L’opposition entre le voleur et le berger – celui qui entre en cachette et celui qui passe par la porte – recoupe l’opposition entre l’obscurité et la lumière qui traverse le quatrième évangile. Le vrai berger agit en transparence, il n’a rien à cacher.
Pistes d’actualisation
1er thème : Le berger appelle les moutons par leur nom
Le berger appelle ses propres moutons par leur nom. Le prophète Ésaïe disait déjà, au nom de Dieu : Sois sans crainte, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi ! (Es 43.1).
Dans la Bible, le nom est plus qu’une façon de nommer une personne. Être appelé par son nom évoque le fait d’être reconnu, accepté et accueilli dans son être le plus intime. On sait alors qui on est. On fils et fille de la résurrection.
À la fin de cet évangile, lorsque Marie rencontre le ressuscité, elle pense que c’est le jardinier. C’est lorsque ce dernier l’appelle par son nom : Marie ! qu’elle reconnaît que c’est Jésus (Jn 20.16).
Quand on se sait appelé de la sorte, on peut sortir et affronter les risques du dehors.
2e thème : C’est moi qui suis la porte
Après la métaphore du berger qui sera reprise dans le texte qui suit, la métaphore de la porte. Par une porte on peut entrer, mais aussi sortir, circuler entre l’enclos et le pâturage. On n’a pas besoin de sonner pour entrer ni de demander l’autorisation pour sortir, on est chez soi.
Lorsque Jésus déclare : Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il parle d’un salut qui ne consiste pas à entrer dans une maison pour y rester enfermé, mais à être suffisamment construit intérieurement pour pouvoir entrer et sortir. La marque du salut est la liberté.
L’Église du Christ n’est pas un enclos dans lequel on est enfermé, c’est un espace protégé dans lequel on peut entrer et sortir pour découvrir de nouveaux pâturages.
3e thème : La vie en abondance
Dans ce temps de Pâques, l’Église propose à notre méditation ce récit dans lequel Jésus déclare qu’il est venu pour que nous ayons la vie en abondance.
Le berger qui est la porte ne veut pas nous diriger pour nous restreindre, mais nous appeler pour que nous ayons une vie qui déborde. Le terme abondance, évoque le superflu, le gratuit, le généreux, c’est une image de la grâce : nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce (Jn 1.16).
La promesse d’une vie en abondance devient un critère pour évaluer une parole spirituelle ou une Église : Est-ce qu’elle apporte de la vie ou de l’enfermement ?
Une illustration : Pourquoi suivre Jésus ?
Lorsque Jésus déclare que les moutons entendent la voix du berger, il nous invite à faire confiance à mon intuition. Le théologien Joseph Doré a posé la foi comme une parole qu’au fond de nous on sait vraie : « Mettre au centre le petit, le faible, le rejeté… Inverser l’ordre, tous les ordres : “les premiers seront les derniers et les derniers premiers“, les voleurs et les prostituées passeront devant les gens de bien et les honnêtes femmes. Mourir d’une mort abjecte, exposé aux rires et aux crachats, comme un criminel, alors qu’on n’a fait que “passer en faisant le bien“, et offrir cette mort comme signe de la victoire sur le mal, sur tout le mal… tout en moi veut que cela soit vrai. »
Ac 2.36-41 – Fin du discours de Pierre à la Pentecôte
Les premiers convertis
Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres
À l’origine l’évangile de Luc et les Actes des Apôtres constituaient un livre unique en deux parties : la vie et Jésus et la vie de l’Église. Les premiers chapitres des Actes font la transition entre les deux en évoquant le retour de Jésus auprès du Père, l’envoi de l’Esprit, et, passage que nous lisons cette
semaine, la naissance de la première Église.
Après l’envoi de l’Esprit, Pierre a pris la parole pour annoncer l’Évangile en évoquant la vie du Christ, sa mort et sa résurrection. La marque de l’Esprit n’est pas tant le miracle des langues que sur le fait d’une simple prédication qui rappelle les événements passés et qui en donne le sens, trois mille
personnes eurent le cœur transpercé, ont reçu le baptême et ont rejoint le groupe des apôtres.
Que dit le texte ? – Les effets du discours de Pierre
Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié ! Dans l’évangile de Luc, chaque fois que Jésus a annoncé sa passion, les disciples n’ont pas compris ce qu’il disait (Lc 9.45, 18.34). Dans leur représentation religieuse, le Christ ne pouvait être crucifié. Quand Jésus est mort sur la croix, les disciples en ont déduit qu’il n’était pas Christ comme le disait les pèlerins d’Emmaüs (Lc 24.21). Puis la résurrection les a convaincus qu’il était quand même Christ.
La foi chrétienne est l’affirmation que le crucifié est Christ.
Que devons-nous faire ?… Changez radicalement. La prédication du changement radical était déjà celle de Jean et de Jésus, ici elle est articulée avec la croix et la résurrection. Le changement radical est le changement de pensée, de logiciel avec lequel on voit le monde que nous devons appréhender à travers le prisme du crucifié ressuscité.
Que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés. Le baptême est le signe du changement radical et le pardon est la conséquence de la mort et de la résurrection. Par sa mort, Jésus proclame le pardon et par sa résurrection il prouve le pardon.
Et vous recevrez le don de l’Esprit saint. Les baptisés à leur tour sont appelés à devenir témoin de l’amour de Dieu.
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le bon berger
Dans l’évangile de cette semaine, Jésus est le bon berger qui appelle les moutons, qui les fait sortir de l’enclos et qui marche devant eux. Les moutons le suivent car ils reconnaissent sa voix.
Tout ce qui est dit de Jésus dans ce récit, nous pouvons le dire de l’Esprit dans les Actes : il appelle, il envoie, il montre le chemin. Les disciples entrent sur ce chemin d’un Évangile vécu parce qu’ils ont entendu une parole qui disait qu’ils étaient importants aux yeux de Dieu, que pour eux Christ était ressuscité et que leur vie avec du sens et de l’importance.
1 P 2.20-25 – Ce que le Christ a fait pour nous
Les effets de la grâce
Le contexte – La première épître de Pierre
La première épître de Pierre s’adresse à ceux qui vivent en étrangers dans la dispersion, elle est marquée par le thème de l’exil.
La première Église pouvait se reconnaître dans ce thème de l’exil, elle était un tout petit groupe de fidèles qui était dans un monde hostile à l’Évangile et qui subissait la persécution. L’épître est un appel à la fidélité et au changement afin changer de regard sur les épreuves subies : Vous êtes transportés
d’allégresse, quoique vous soyez maintenant… attristés par diverses épreuves (1 P 1.6).
Cette attitude est possible parce que le Christ a montré le chemin en étant lui- même rejeté. Ceux qui sont dans l’épreuve ont de ce fait une communion particulière avec leur maître.
Que dit le texte ? – Vivre en disciple du crucifié
Si vous endurez la souffrance tout en faisant le bien, c’est une grâce devant Dieu. Il y a ceux qui souffrent parce qu’ils ont fait le mal : c’est normal. Et pour ceux qui souffrent pour avoir fait le bien, c’est une grâce. Ce verset nous choque, on dirait plutôt que souffrir pour avoir fait le bien est d’abord une injustice.
Pour expliquer son propos, Pierre prend l’exemple du Christ et il relit son ministère à travers le prisme du serviteur de la deuxième partie du livre d’Ésaïe qui correspond à la période de l’exil. L’exil a été un temps de reconfiguration spirituelle vers une nouvelle compréhension de Dieu. Il n’est plus le Dieu qui règne du haut de son ciel et à qui il faut offrir des sacrifices, il est le Dieu qui partage la vie de son peuple à travers la vie de son serviteur qui a lui-même porté nos péchés, et c’est par ses meurtrissures que vous avez
été guéris (Voir Es 53.4-5).
La fin est dans la même veine du chant du serviteur : Vous étiez comme des moutons qui s’égaraient, mais maintenant vous êtes retournés vers celui qui est votre berger et votre gardien (Es 53.6). Dans ses épreuves, le fidèle est à l’image de son maître. Cela n’enlève rien à la dureté de l’épreuve, mais lui donne du sens… jusqu’à en faire une grâce ?
Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le bon berger
Lorsque le bon berger de l’évangile appelle ses moutons, ce n’est pas pour qu’il reste en sécurité dans l’enclos, mais c’est pour les faire sortir de l’enclos et marcher devant eux.
Cette image correspond à la réalité de l’Église qui reçoit la première épître de Pierre, elle est dans la dispersion, petite barque fragile au cœur des tempêtes de notre monde. Mais l’Église sait qu’elle n’est pas seule dans la tempête, elle suit le berger qui, quand il était insulté, ne rendait pas l’insulte ; quand il souffrait, ne proférait pas de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement.
Un chemin de vie pour les disciples de tous les temps.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis
