« Pendant trois tours de circuit, j’ai oublié mon handicap. »
Il y a des phrases qui suffisent à résumer une journée. Celle-ci, entendue à la descente d’une voiture sur le circuit de Montlhéry, dit à elle seule ce que les bénévoles, les pilotes et les organisateurs étaient venus rendre possible : non pas seulement un tour de piste, mais une parenthèse. Un moment de joie pure. Une échappée.
Cette journée pas comme les autres réunit chaque année des personnes en situation de handicap, des bénévoles, des pilotes passionnés, des chevaliers et des dames de l’Ordre de Malte et de l’Ordre de Saint-Jean. Tous se retrouvent sur l’autodrome de Linas-Montlhéry avec un objectif simple : offrir à des jeunes et à des adultes fragilisés la possibilité de découvrir les sensations de la vitesse, la beauté des voitures, mais surtout le plaisir de sortir du quotidien.
Montlhéry : une journée de solidarité pour des personnes handicapées
Sur le circuit, tout est organisé pour accueillir des personnes ayant un handicap moteur, mental, ou les deux. Certaines viennent de centres liés à l’Ordre de Malte, d’autres de structures en partenariat avec l’Ordre de Saint-Jean. Tous se rejoignent ici, sur ce lieu chargé d’histoire automobile, pour vivre une expérience rare.
Les chiffres donnent la mesure de l’événement : plus d’une centaine de voitures, une forte mobilisation de bénévoles, des pilotes fidèles depuis des années, et des dizaines de participants accompagnés tout au long de la journée.
Mais l’essentiel n’est pas dans les nombres. Il est dans l’attention donnée à chacun. Car rien n’est simple, en réalité. Certaines personnes arrivent en fauteuil roulant, d’autres ont besoin d’un accompagnement plus lourd. Il faut porter, aider, ajuster les gestes, contourner les contraintes techniques. Les voitures ne sont pas adaptées au handicap. Pourtant, les bénévoles trouvent des solutions.
« Même si les voitures ne sont pas adaptées, ça marche quand même bien. On y arrive. »
Cette phrase en dit long sur l’esprit de la journée : faire en sorte que ce qui paraît compliqué devienne possible.
Des tours de circuit qui font oublier le handicap
Le cœur du reportage est là : dans ce moment où la personne monte dans la voiture, échange quelques mots avec le pilote, s’installe, puis part pour plusieurs tours de circuit. Quelques minutes à peine, parfois, mais qui peuvent déplacer beaucoup.
Pour certains participants, cette sortie est une première depuis longtemps. L’un raconte qu’il est hospitalisé depuis plus d’un an et que cela lui fait du bien de revoir « le monde extérieur ». Un autre explique qu’il n’était plus remonté dans un véhicule depuis son accident.
La journée de Montlhéry ne supprime pas la fragilité, bien sûr. Mais elle offre autre chose : un déplacement du regard. Pendant quelques instants, le handicap cesse d’occuper tout l’espace. Il y a la vitesse, le bruit du moteur, la concentration, le rire, la sensation physique, l’émotion.
« Ça fait longtemps que je ne suis pas remonté dans un véhicule depuis mon accident, donc ça fait plaisir. »
À travers cette expérience, ce n’est pas seulement une activité qui est proposée. C’est une manière de redonner de l’élan.
Ordre de Malte et Ordre de Saint-Jean : une action commune entre catholiques et protestants
L’un des aspects les plus forts de cette journée est aussi sa dimension œcuménique. L’Ordre de Malte, d’un côté, et l’Ordre de Saint-Jean, de l’autre, unissent ici leurs forces pour un même but : servir des personnes fragilisées.
L’un des organisateurs le dit simplement dans notre reportage : l’Ordre de Malte relève d’une tradition catholique tournée vers les œuvres caritatives, tandis que l’Ordre de Saint-Jean peut être vu comme son équivalent du côté protestant. Ce qui compte, au fond, c’est que les deux se retrouvent ensemble pour agir.
« Ce qui est sympa aujourd’hui, c’est d’avoir les deux ordres ensemble pour un but en commun. »
Cette dimension n’est pas secondaire. Elle montre qu’au-delà des traditions confessionnelles, il existe des lieux où le service, la fraternité et l’attention aux plus fragiles deviennent un langage commun.
Quand la passion automobile devient un geste de fraternité
Il serait facile de penser que les conducteurs viennent avant tout pour leurs voitures, pour le plaisir du circuit, ou pour partager entre passionnés un moment de mécanique et de vitesse. Or le reportage montre autre chose.
Avant chaque départ, un dialogue s’installe entre le pilote et son passager. On se présente, on échange, on rassure, on demande : est-ce que tu veux aller vite ? est-ce que ça va ? L’automobile n’est plus alors un objet de prestige ou de performance. Elle devient un moyen de rencontre.
C’est ce qui touche tant les organisateurs : voir que les conducteurs eux-mêmes reçoivent quelque chose de cette expérience. Ce n’est pas un geste à sens unique. Il y a un échange, une réciprocité, une émotion partagée.
« On sent que pour eux, ça leur apporte beaucoup aussi de cette expérience-là. »
Et peut-être surtout :
« C’est juste de l’amour assez incroyable. »
Cette phrase, presque désarmante par sa simplicité, est sans doute l’une des plus justes de tout le reportage.
Une journée à Montlhéry où les visages s’illuminent
Ce qui reste, à la fin, ce ne sont pas seulement les voitures, les pneus, les moteurs ou les démonstrations. Ce sont les visages. Ceux des participants, « illuminés », « rayonnants », dit une bénévole. Ceux des proches. Ceux des pilotes eux-mêmes.
L’émotion vient précisément de là : dans la possibilité de voir quelqu’un retrouver, ne serait-ce qu’un instant, le goût du dehors, du mouvement, du plaisir simple d’être emporté.
Dans un quotidien parfois marqué par l’hospitalisation, l’accompagnement lourd ou la dépendance, cette journée offre davantage qu’une animation. Elle rend possible un souvenir heureux, fort, durable.
Pourquoi ce reportage vidéo touche autant
Le reportage ne se contente pas de montrer une belle initiative. Il filme quelque chose de plus profond : la manière dont une passion peut devenir service, et dont une journée de sport automobile peut prendre un sens profondément humain.
À Montlhéry, les belles voitures ne sont pas une fin en soi. Elles deviennent les instruments d’une hospitalité. La vitesse, elle, ne sert pas à impressionner. Elle sert à ouvrir une brèche dans l’épreuve, à redonner un peu d’air, à faire naître cette phrase si forte : « pendant trois tours, j’ai oublié mon handicap ».
« À faire une fois dans sa vie, c’est magnifique. »
Il y a dans cette journée une vérité simple, mais précieuse : la joie n’est pas un supplément. Elle fait partie de la dignité humaine.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Jean-Marc Avezou, Thibault Jabouley, Eric de Seynes et les Chevaliers et Dames de l’Ordre de Saint-Jean et de l’Ordre de Malte
Reportage – Rédaction : Paul Drion, David Gonzalez
