Patrimoine

Lifting pour le lumineux temple Saint-Martin de Montbéliard

L’histoire du temple Saint-Martin de Montbéliard sort de l’ordinaire. Il présente la particularité d’être le plus ancien édifice protestant encore sur pied en France.

Un contenu proposé par Regards sur les Paroisses

Publié le 27 novembre 2020

Auteur : Marie Piat

Ce monument historique (depuis 1963) constitue une œuvre majeure de la Renaissance. Situé en plein centre-ville, le temple s’est déjà offert une rénovation extérieure il y a environ 25 ans et s’apprête à transformer l’essai pour la rénovation intérieure. Ce lieu chargé d’histoire devrait ainsi retrouver ses peintures d’origine.

Pour la première fois en 2020, la 3ème édition de la Mission Stéphane Bern (soutenue par la Fondation du patrimoine) a choisi, dans le cadre de ses dix-huit sites emblématiques, un temple protestant, en l’occurrence celui de Saint-Martin à Montbéliard en Bourgogne-Franche-Comté. Deux autres temples, à Roubaix et Saumur, figurent également dans la centaine des projets départementaux soutenus par cette Mission (En 2018, le temple de Gallargues-le-Montueux dans le Gard faisait également partie des projets départementaux). Le patrimoine protestant deviendrait-il, au pays de la fille aînée de l’Eglise catholique romaine, partie intégrante de nos richesses nationales ? Vraisemblablement, car l’eau a coulé sous les ponts depuis la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.

Une reconnaissance attribuée « au plus ancien édifice construit pour le culte protestant existant actuellement en France », annonce le communiqué de presse de la Fondation. Edifié entre 1601 et 1607, le temple Saint-Martin a eu la chance d’échapper aux destructions massives des guerres de religion et autres dragonnades survenues dans les siècles suivants. Et pour cause, le Pays de Montbéliard, appartenant au Saint-Empire romain germanique et plus particulièrement à la famille des Comtes de Würtemberg, ne fut rattaché à la France qu’en 1793 ! Même s’il a fallu, en 1677, rajouter en hâte un clocher au temple Saint-martin afin de lui donner une apparence d’église catholique lors des invasions des armées de Louis XIV, le Pays de Montbéliard, où Guillaume Farel a prêché, reste protestant. Cette région conserve « un des plus grands patrimoines religieux protestants de France, raconte Yvan Bourquin, nouveau pasteur de l’Eglise protestante unie de Saint-Martin arrivé en septembre dernier. Dans un rayon de 25 km autour de la ville pas moins de 70 temples ou chapelles ont été édifiés. Lorsque l’on parcourt les villages de la région, ce sont des temples qui nous entourent et non des églises catholiques. Le temple Saint-Martin est donc un témoin privilégié et rare de l’architecture protestante du début du 17ème siècle. »

© Marc Rolinet

Une sobriété toute protestante

C’est à l’architecte Heinrich Schickhardt, luthérien, que l’on doit la conception et l’édification du temple Saint-Martin, « une œuvre majeure de la Renaissance », rappelle le site de l’Eglise protestante Unie de Montbéliard consacré à la rénovation (renovation.temple-saint-martin.org). Il est vrai que Heinrich Schickhardt, surnommé « le Léonard de Vinci souabe », a conçu cet édifice après un séjour en Italie. Un temple aux dimensions imposantes avec un espace intérieur de 37 m de long sur 16 m de large, arborant un plafond plat suspendu à la charpente, divisé en 45 caissons, culminant à 11 m de hauteur.  « Le temple Saint-Martin était révolutionnaire pour son époque. D’une sobriété toute protestante, il affiche une très grande simplicité architecturale, inondé par une lumière intérieure naturelle par le biais d’une vingtaine de vastes baies, rectangulaires pour la plupart. Des baies dépourvues de vitraux teintés pour favoriser la pleine lumière. La structure architecturale rectangulaire rappelle les églises des premiers temps du christianisme. La chaire est surélevée et domine l’espace », apprécie Marc Rolinet, enfant du pays, architecte maître d’œuvre en charge de la rénovation intérieure du temple avec Gabriela Guzman.

Le coût total de la rénovation est chiffré à quelque 3 millions d’euros. Le soutien financier de la Mission Stéphane Bern via la Fondation du Patrimoine s’élève à 500 000 euros. « Outre les dons, le Loto du Patrimoine a ouvert la voie à d’autres canaux institutionnels, poursuit Yvan Bourquin. Mais il manque encore à ce jour environ 800.000 euros. » A noter que la restauration intérieure porte sur l’ensemble du bâtiment. Des sols à la menuiserie en passant par le mobilier, l’éclairage, le chauffage et la sonorisation. Autre priorité, l’accès aux personnes à mobilité réduite. « La restitution des peintures d’origine, présentes sous le crépi, va constituer un atout formidable pour le temple, observe Marc Rolinet. Il s’agit de peintures en trompe-l’œil entourant les baies, typiques de la Renaissance italienne. Un intérêt validé par la Conservation régionale des monuments historiques. »

Un projet fédérateur

Les quelque 400 familles de la paroisse Saint-Martin pourront profiter de cette belle rénovation qui devrait démarrer courant 2021. Le projet est fédérateur. Le soutien financier apporté par la Mission Stéphane Bern ayant donné un nouvel élan aux paroissiens. « Nous voulons développer l’activité touristique avec guides et visites en nous équipant d’outils modernes, précise Christiane Becker, présidente du Conseil Presbytéral. Nous souhaitons également développer la dimension culturelle qui existe déjà, notamment avec l’association Les amis de l’orgue de Saint-Martin. A noter que l’autel est classé aux monuments historiques. » Autre attrait touristique, la copie du fameux retable de Montbéliard (commandé vers 1540 par Georges 1er de Montbéliard. L’original est au musée d’histoire de l’art de Vienne), représentant 157 scènes du Nouveau Testament. « Une copie, arrivée au temple en 2016, réalisée par des artisans francs-comtois », confirme Christiane Becker.

Et, tandis que les projets autour de la rénovation avancent à grands pas, la paroisse doit, comme tant d’autres, faire face à la problématique du confinement. « Covid oblige, toutes nos activités, à peine redémarrées, sont plus ou moins en veilleuse, regrette Yvan Bourquin. Entre autres, catéchisme, cultes, études bibliques, repas paroissiaux et autres brocantes. » Le pasteur a donc décidé d’ouvrir, depuis le 2 novembre, les portes du temple du lundi au vendredi de 16h à 18h. « Étonnamment, je ne reste pas seul, poursuit ce dernier. Il y a du monde tous les jours, des curieux, d’autres soucieux de parler, de prier. » De même, Yvan Bourquin envoie régulièrement aux paroissiens connectés un texte biblique, actuellement tiré de l’Ecclésiaste, accompagné d’un commentaire et d’un temps musical à l’harmonium. Ce qui n’est pas pour déplaire à cet organiste de cœur. Le tout étant diffusé sur YouTube. Des textes et le déroulement du culte sont aussi envoyés par les consistoires de la région. Autrement, si le Marché de Noël de Montbéliard, habituellement installé au pied du temple Saint-Martin, ne pourra avoir lieu cette année, les Lumières de Noël seront toutefois présentes. « Il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel », rappelle l’Ecclésiaste (3,1).

(1)  Temple Saint-Martin – Place Saint-Martin, 25200 Montbéliard – 03 81 91 03 69/ www.temple-saint-martin.org

(2) En 2018, le temple de Gallargues-le-Montueux dans le Gard faisait également partie des projets départementaux.

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