Le slogan résonne comme un cri : « Vivre à la rue, on en crève. 30 ans de vie en moins. » Les chiffres énoncés font l’effet de coups au cœur. En 2024, dans notre pays, 912 personnes (recensées) sont mortes dans une cave, un entrepôt, un terrain vague ou sous un pont. Et le chiffre sera sans doute équivalent, voire pire, en 2025…

Mettre au jour une réalité dramatique

La réalité des personnes mortes dans la rue passe sous les radars des médias généralistes et reste trop peu connue de l’ensemble des citoyens. Un scandale dénoncé depuis plus de vingt ans par le Collectif Les Morts de la Rue (CMDR).

À l’origine de cette initiative, une double volonté : mettre au jour un fait social terrible et honorer ces personnes de la façon la plus digne possible. Parce qu’elles ont vécu dans des conditions inhumaines et sont décédées prématurément dans un sordide anonymat, le Collectif entend rendre hommage à ces hommes et ces femmes, en organisant des événements tels une cérémonie publique, une marche, un cimetière éphémère, une exposition…

« L’initiative, née en Bretagne, s’est développée dans d’autres régions et villes de France, comme Paris, Marseille ou Bordeaux. Aujourd’hui, ces différents collectifs, qui ont pour points communs d’organiser des funérailles, de soutenir les proches que sont les copains de rue ou les bénévoles et de dénoncer les conséquences d’une vie sans chez-soi sont en lien à travers un forum », précise Bérangère Grisoni, présidente du collectif.

Vivre « sans chez-soi » et mourir trop tôt

Né en 2003, le Collectif Les Morts de la Rue, association loi 1901, est une structure indépendante et non confessionnelle, ouverte aux particuliers et aux associations, animée par une équipe de bénévoles aux missions diverses. L’association recense les morts « sans chez-soi » et rend publics ces chiffres, via une enquête épidémiologique annuelle, « Dénombrer et décrire », qui permet de mieux comprendre les points de rupture qui ont entraîné l’errance. Elle rend également hommage à ces morts de la rue en égrenant leurs prénoms – voire leurs noms – lors d’une cérémonie publique.

Parallèlement, elle enquête sur les personnes décédées seules, sans proches, chez elles, à l’hôpital ou en Ehpad. Les informations recueillies sont utilisées lors des obsèques, préparées et animées par un binôme de bénévoles. « Parfois, les deux bénévoles du collectif sont les seuls présents lors des funérailles, aux côtés des salariés des pompes funèbres », commente Bérangère Grisoni. Elle explique que toutes les communes ont une obligation légale d’enterrer ces « corps non réclamés ». La Ville de Paris a passé une convention avec le Collectif pour qu’un dernier hommage existe.

Ces bénévoles d’horizons divers se rejoignent pour dénoncer le scandale de ces morts prématurées (quarante-huit ans en moyenne en 2024), qui ne sont en rien une fatalité mais bien liées aux conditions de vie à la rue, ou à une solitude extrême. Le collectif recherche de nouvelles personnes prêtes à s’engager pour quelques heures par semaine ou par mois. « Œuvrer à nos côtés, c’est rendre leur dignité humaine à des centaines d’hommes et de femmes », conclut Bérangère Grisoni.

Pour devenir bénévole, écrire à mortsdelarue@wanadoo.fr et consulter mortsdelarue.org


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