Pour

Jürgen, pasteur à Sélestat

« J’estime que, en tant qu’Église luthéro-réformée, il nous faut signaler que nous avons des opinions variées et que nous sommes ouverts. Si nous acceptons les personnes pleinement dans nos paroisses, alors il faut aussi que nous puissions les bénir. J’ai été sollicité deux fois par un couple homosexuel qui souhaitait être béni. Nous n’avons pas appelé cet office « culte de bénédiction » mais « culte d’actions de grâce et d’intercession ». Cependant, au fond, c’était la même chose ; mais je me devais respecter le souhait de l’UEPAL de ne pas statuer sur la question (auquel j’ai souscrit il y a quatre ans). Malgré tout, je pense que cette différence de traitement est une forme de rejet. On ne peut pas rester indéfiniment dans la confusion.

L’UEPAL est aujourd’hui en dehors d’un consensus qui se dessine dans nos Églises sœurs d’Europe en faveur de la reconnaissance des couples de même sexe. Le commandement de l’amour est pour moi le message principal de l’Évangile. Le couple, stable et solide, est un lieu d’expérimentation de cet amour et un modèle qui met au défi d’aimer l’autre et de s’aimer soi-même. Les enjeux d’un couple sont les mêmes pour tous : l’entraide, la fidélité, la fécondité, …. Si la fécondité du couple ne peut pas se faire à travers les enfants, elle peut se faire autrement, à travers un engagement dans la société. Le masculin et le féminin structurent la société mais n’y a-t-il pas d’autres structurations que celle basée sur le genre ? La sexualité n’est pas le résultat de son propre choix et les personnes LGBTI ont besoin, comme les autres, d’un accompagnement spirituel et d’une place dans l’Église. »

Contre

Julien-Nathanaël, pasteur à Guebwiller

« Une personne ne se résumant pas à sa sexualité, il est important que chaque homme ou femme, croyant ou en recherche, se sente bienvenu dans les lieux où l’Évangile est annoncé. J’ai eu l’occasion d’accueillir par deux fois des couples homosexuels dans ma paroisse. La dimension de l’accueil est un défi important pour notre Église, et celui des personnes ou des couples homosexuels particulièrement sans doute. Je crois cependant que l’on peut distinguer la démarche d’accueil de l’acte de bénédiction.

Dans le cadre d’un mariage, on ne bénit pas seulement les personnes mais aussi le lien que représente l’union. Selon la Bible, il existe un modèle de conjugalité pour lequel cette bénédiction est donnée, et ce modèle implique une différence sexuée entre homme et femme. La bénédiction n’est pas seulement une parole disant du bien, elle suppose un contenu répondant à un projet spécifique de Dieu pour l’humanité. La théologie ne doit pas rougir de faire de l’anthropologie, ce qui ne doit absolument pas signer pour autant un rejet des personnes homosexuelles.

L’amour n’est pas une valeur neutre et désincarnée. Au nom de l’amour, je peux tromper mon mari ou ma femme mais la Bible nomme cela l’adultère et le condamne. De plus, je comprends que dans Galates 3,28, les différences ne sont pas abolies mais réconciliables. Toutefois, il devient difficile dans une société où règne une pensée égalitariste de vivre des différences, sans qu’elles soient perçues immédiatement comme des discriminations. »