Du psautier protestant à la poésie scientifique et apocalyptique

Du psautier protestant à la poésie scientifique et apocalyptique

Brève histoire des liens entre protestantisme et poésie de langue française, de François Ier à Henri IV (épisode 1).

Un contenu proposé par Journal d'un pasteur concordataire

Publié le 31 octobre 2019

Auteur : Philippe François

Le Psautier de Jean Calvin et Clément Marot (Strasbourg, 1539)

Si les premiers ouvrages de poésies protestantes en langue française apparaissent vers 1533 à Neuchâtel sous la plume du prédicant Mathieu Malingre (15..-1572), le premier recueil d’envergure est édité en 1539 à Strasbourg, à destination de la paroisse des réfugiés français de cette ville allemande passée à la Réforme à la fin des années quinze cent vingt. A cette date, le pasteur de la communauté, en poste depuis un an à l’appel du réformateur Martin Bucer (1491-1551), s’appelle Jean Calvin (1509-1564), juriste et théologien picard de trente ans, à la notoriété montante suite à la publication en latin, trois ans auparavant, d’un maître-ouvrage sous influence luthérienne, qui deviendra, après traduction en français par l’auteur lui-même, l’Institution de la religion chrétienne, ouvrage « phare » du protestantisme français au XVIe siècle. Dès son arrivée à Strasbourg, le « pasteur » Calvin est confronté au problème de l’établissement d’une liturgie pour des cultes en langue française. D’où la mise en œuvre, reprenant le modèle proposé par Bucer aux paroissiens strasbourgeois de langue allemande, de l’édition d’un recueil de cantiques intitulé Aulcuns pseaulmes et cantiques mys en chant, comprenant pour l’essentiel dix-neuf paraphrases versifiées de psaumes dits « de David », traductions versifiés en langue française des originaux hébreux de l’Ancien Testament, accompagnés de mélodies empruntées à la liturgie strasbourgeoise allemande. Six de ces psaumes sont attribués à Jean Calvin, les autres sont de Clément Marot (1495-1544). Les deux hommes s’étaient rencontrés à Ferrare en avril-juillet 1536 alors qu’ils avaient dû fuir le Royaume de France après le déclenchement par François Ier (1494-1547) des persécutions contre les « luthériens » suite à l’affaire des Placards (18 octobre 1534).

 

Le Psautier de Clément Marot et Théodore de Bèze (Genève, 1562)

Auteur d’une œuvre poétique considérable, Marot, proche de la sœur de François Ier, Marguerite de Navarre (1492-1549), est suspect d’hérésie après avoir longtemps bénéficié de la protection du roi, consacre les dernières années d’une vie devenue errante à la traduction versifiée des Psaumes de l’Ancien Testament, quarante-neuf au total, jusqu’à sa mort prématurée en 1544. La traduction de Marot, appréciée par François Ier, approuvée puis rapidement censurée par la Sorbonne catholique, est un immense succès ; elle fait autorité à Genève, ville réformée où Calvin s’est installé de manière définitive en 1541. Les psaumes de Marot sont mis en musique et chantés dans les assemblées réformées ; ceux de Calvin disparaissent des recueils, de la volonté même du Réformateur, préférant la virtuosité ludique du poète à la beauté sèche de ses propres traductions. Après la disparition de Marot en 1544, Calvin charge son second, Théodore de Bèze (1519-1605), de poursuivre l’œuvre du poète pour les cent un psaumes restants. Il est vraisemblable que d’autres auteurs furent sollicités, en particulier un ami de Ronsard (1524-1585), Louis Des Masures (1515-1574), poète à la cour de Lorraine, secrètement converti à la Réforme lors d’un séjour à Genève ; ses Vingt Pseaumes de David, traduits selon la vérité hebraïque, et mis en rime françoise, de 1557, forment un ensemble de grande valeur littéraire mais cette traduction ne sera pas retenue par les théologiens de Genève. Après une série d’éditions intermédiaires partielles, le travail littéraire de paraphrase rimée des cent-cinquante psaumes de l’Ancien Testament s’achève en 1562, à l’aube des Guerres de Religion, dix-huit ans après la mort de Marot, deux ans avant celle de Calvin, avec la parution du psautier complet (Marot-Bèze) dans plusieurs villes, dont Genève, Lyon et Paris : le nombre d’exemplaires publiés est considérable pour l’époque, estimé à plus de cinquante mille, pour la seule année […]

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