Du régime de tolérance aux persécutions

Du régime de tolérance aux persécutions

Brève histoire des liens entre protestantisme et poésie de langue française, d’Henri IV aux Articles organiques (épisode 2).

Un contenu proposé par Journal d'un pasteur concordataire

Publié le 9 novembre 2019

Auteur : Philippe François

Abjurations sous l’édit de Nantes (1598-1685)

L’Edit de Nantes (1598) marque une rupture importante à tous les niveaux de la vie sociale et culturelle. Dans le cas particulier de la poésie, on constate, surtout après la mort d’Henry IV, un phénomène de « professionnalisation », impliquant pour l’auteur soucieux de se consacrer à son art, la recherche d’un protecteur, d’un mécène, en l’occurrence, eu égard au climat de l’époque, une personnalité catholique. Au XVIIe siècle, les abjurations furent nombreuses chez les poètes de famille protestante. A la suite des « pionniers » Jacques Davy Du Perron et Jean de Sponde (déjà cités), abjurèrent – le plus souvent pour des raisons liées à la « carrière » : Antoine Girard, sieur de Saint-Amant (1594-1661), François de Malherbe (1555-1628), Isaac de Benserade (1613-1691), François Le Metel Boisrobert (1589-1662), Théophile de Viau (1590-1626), Paul Pellisson-Fontanier (1624-1693), Charles de Sainte-Maure, marquis de Montausier (1610-1690), etc. Du point de vue protestant, le plus intéressant de ces poètes est sans conteste le délicat Théophile de Viau, persécuté, malgré sa conversion, par les jésuites pour sa conduite résolument « libertine », auteur d’un magnifique poème adressé de sa prison à son frère Paul, rugueux capitaine huguenot.

Exceptions

Cette épidémie d’abjurations connaît quelques exceptions notables. Tout d’abord, l’homme de lettres Jean Ogier de Gombaud (1570-1666), dont les sonnets religieux, témoignage d’une foi (plutôt que d’une théologie) publiquement assumée, constituent le meilleur d’une oeuvre très abondante. Parmi ceux qui refusèrent de se convertir, il convient de citer également Valentin Conrart (1603-1675), homme de lettres influent mais auteur médiocre, proche du pouvoir (Richelieu, Louis XIII), fondateur (avec Boisrobert) de l’Académie française et qui s’attacha à réviser le psautier de Marot et Bèze. Enfin, il y eut un auteur qui suivit une trajectoire singulière pour son siècle : Jean de Labadie (1610-1674), jésuite devenu pasteur, controversé au sein même de sa nouvelle confession, livra une œuvre poétique de haut niveau, tentative d’adapter les exercices de piétés catholiques au […]

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