La visite au grand écrivain compte parmi les rituels de notre littérature. Plus qu’un geste symbolique, elle exprime la gratitude à l’endroit d’une figure que la France honore depuis toujours. Il arrive que se tissent, au fil des conversations, des relations plus fortes et qu’alors il soit judicieux d’en faire connaître les richesses, la personne ayant rencontré la femme ou l’homme de lettres publiant ses propres souvenirs, pour le plaisir des amateurs. Ainsi France Huser, avec Les Rendez-vous de l’Isle-sur-la-Sorgue, évoque-t-elle les relations d’amitié, profondes, qui l’attachèrent à René Char.
Critique d’art ayant publié des romans, des récits qui mériteraient d’être de nouveau lus – ce qui justifie cette incise : quand une génération nouvelle cherche des curiosités de qualité parues naguère, pourquoi tomberait-elle, à moins d’un coup du sort, sur tel ouvrage ancien, si personne ne lui suggère un nom? – France Huser a connu de près le poète. Elle en parle à merveille.
Des mondes condensés
12« Longtemps, je n’ai pas pardonné à René Char d’être mort », écrit-elle en incipit. Aussitôt, la figure de l’homme de l’action surgit, comme si les mots de Char ne pouvaient se dissocier d’une projection de l’être dans […]
