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00:07 Lecture de Matthieu 2, 1-12
01:53 Commentaires du texte biblique :
02:17 Qui sont les mages ?
06:16 La prosternation et les cadeaux
07:52 Le devoir de désobéissance
09:10 Les mages et les bergers

Antoine Nouis reçoit Amos-Raphaël Ngoua Mouri, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, pour discuter de Matthieu 2, 1-12.

Qui sont les mages dans l’Évangile ? Une visite mystérieuse au cœur du récit de Noël

Après la naissance de Jésus à Bethléem de Judée, sous le règne d’Hérode, des mages venus d’Orient arrivent à Jérusalem avec une question : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Ils disent avoir vu son étoile et être venus se prosterner devant lui. Dans l’Évangile de Matthieu, le récit de Noël accorde finalement peu de place à la naissance elle-même, mais beaucoup à cette visite mystérieuse. Qui sont donc ces mages ? Pourquoi viennent-ils ? Que signifient leurs présents ? Et que nous dit leur rencontre avec Hérode, puis leur départ par un autre chemin ?

Dans l’Évangile de Matthieu, les mages occupent une place centrale

Le récit de Matthieu parle finalement assez peu de la naissance de Jésus elle-même. En revanche, il accorde une place importante à la venue des mages, avec tout ce que cette scène comporte de mystère et tout l’imaginaire qu’elle a suscité dans la tradition chrétienne.

Le texte raconte que ces hommes venus d’Orient arrivent à Jérusalem et demandent où est né le roi des Juifs. Ils disent avoir vu son étoile et être venus se prosterner devant lui. Cette arrivée provoque aussitôt le trouble d’Hérode et de toute la ville.

Qui sont les mages dans la Bible ?

Les mages sont présentés comme des hommes qui observaient les astres. On pourrait dire qu’ils étaient les astrologues de leur époque. Ils étudiaient les constellations et pensaient que la naissance d’un grand personnage ou la survenue d’un événement majeur devait être annoncée par un signe dans le ciel.

Ils ont donc vu une étoile particulière et se sont mis en route. Mais ce qu’il faut souligner, ce n’est pas seulement qu’ils ont vu quelque chose : c’est surtout qu’ils ont eu la capacité de se mettre en chemin, d’accomplir un long voyage, portés par ce qu’ils avaient discerné.

Il faut aussi rappeler que, contrairement à l’image plus neutre que l’on pourrait avoir aujourd’hui, ces mages n’étaient pas seulement des observateurs : ils adoraient aussi les astres. De ce point de vue, ils appartiennent à une pratique religieuse que la tradition biblique d’Israël condamnait. C’est d’ailleurs ce qui rend leur présence encore plus frappante dans l’Évangile.

Les mages sont-ils des rois ?

Le texte biblique ne dit nulle part qu’ils étaient des rois. Il ne dit pas non plus qu’ils étaient trois. L’expression « rois mages » appartient à une tradition postérieure, largement nourrie par l’iconographie chrétienne et les développements de la piété.

Ce que dit simplement l’Évangile, c’est que des mages venus d’Orient se mettent en route, guidés par une étoile, jusqu’à Jérusalem, puis jusqu’à Bethléem. Le chiffre trois a sans doute été déduit des trois présents offerts à l’enfant : l’or, l’encens et la myrrhe.

Pourquoi les mages vont-ils d’abord à Jérusalem ?

Les mages arrivent d’abord à Jérusalem, ce qui paraît logique. Ayant compris qu’un roi des Juifs est né, ils se rendent naturellement dans la capitale du royaume. Pour eux, un roi ne peut naître que dans un palais.

C’est là qu’apparaît un premier décalage important dans le récit. Les mages cherchent un roi dans le lieu du pouvoir. Mais ce n’est pas là qu’ils vont le trouver. Ils doivent encore faire un chemin, non seulement géographique, mais aussi intérieur, pour découvrir que ce roi n’est pas dans un palais, mais dans une maison humble à Bethléem.

La rencontre entre les mages et Hérode

La rencontre avec Hérode est un moment décisif du récit. Hérode apprend qu’il y a à Jérusalem des étrangers venus de loin, porteurs de présents, qui demandent où est né le roi des Juifs. Immédiatement, il s’inquiète.

Le contraste est fort : d’un côté, les mages sont dans la joie et dans la recherche sincère ; de l’autre, Hérode est troublé, inquiet pour son pouvoir. L’Évangile montre ainsi l’opposition entre deux attitudes. Les mages cherchent à adorer ; Hérode cherche à contrôler, puis à faire disparaître celui qu’il perçoit comme une menace.

La réaction d’Hérode n’a rien d’étonnant au regard de son histoire. Le récit rappelle qu’il s’agissait d’un tyran jaloux de son autorité, prêt à tout pour préserver son pouvoir.

L’étoile, de Jérusalem à Bethléem

Le texte permet aussi de préciser un point souvent mal compris : les mages ont bien vu l’étoile en Orient, mais dans le récit de Matthieu, l’étoile les conduit surtout de Jérusalem à Bethléem. C’est après leur entretien avec Hérode et après avoir entendu les Écritures lues par les scribes qu’ils reprennent leur route.

L’étoile les précède alors jusqu’au lieu où se trouve l’enfant. À sa vue, ils éprouvent une très grande joie. Cette joie dit quelque chose d’essentiel : ils ne sont pas seulement arrivés au terme d’un voyage, ils ont trouvé celui qu’ils cherchaient.

Les mages devant l’enfant Jésus

Arrivés sur place, ils entrent dans la maison, voient l’enfant avec Marie sa mère, et tombent à ses pieds pour se prosterner devant lui. La scène est simple et forte. Ceux qui venaient chercher un roi découvrent un enfant dans une condition modeste.

C’est précisément là que le récit déplace le regard. Le roi attendu n’est pas là où on l’imaginait. La royauté de Jésus ne se manifeste pas dans l’apparat, mais dans l’humilité. Les mages accomplissent alors ce pour quoi ils étaient venus : ils se prosternent.

Que signifient l’or, l’encens et la myrrhe ?

Les mages offrent à Jésus de l’or, de l’encens et de la myrrhe. C’est peut-être à cause de ces trois présents que la tradition a ensuite parlé de trois mages. Ces dons, précieux à l’époque, ont très tôt reçu une interprétation symbolique.

L’or peut évoquer la royauté de l’enfant. L’encens peut renvoyer à sa dimension sacerdotale, puisque l’encens est lié à la prière et au culte. Quant à la myrrhe, elle peut être comprise comme une référence à sa dimension prophétique, mais aussi, comme le suggère la conversation, comme une possible évocation de la mort, puisque la myrrhe servait aussi à l’embaumement et à la conservation des corps.

Ainsi, cet enfant pourrait être reconnu comme roi, prêtre et prophète. Le récit laisse entrevoir, dès Noël, quelque chose de l’identité profonde de Jésus.

Pourquoi les mages repartent-ils par un autre chemin ?

À la fin du récit, Hérode avait demandé aux mages de revenir lui dire où se trouvait l’enfant, sous prétexte de venir lui aussi l’adorer. Mais les mages ne retournent pas vers lui. Avertis en songe, ils repartent par un autre chemin.

Cette désobéissance est importante. Elle peut être comprise comme le fruit d’un discernement : les mages perçoivent la perfidie d’Hérode et refusent de se mettre au service de son projet. Le texte ouvre ici une réflexion plus large : lorsqu’un ordre va contre la conscience, contre la morale, contre le bien, il peut y avoir un devoir de désobéissance.

L’Évangile ne fait donc pas seulement des mages des chercheurs guidés par une étoile ; il en fait aussi des hommes capables de discerner et de ne pas obéir à un pouvoir injuste.

Mages et bergers : pourquoi cette différence entre Matthieu et Luc ?

Dans les représentations de Noël, on associe souvent les mages et les bergers. Pourtant, les mages appartiennent au récit de Matthieu, tandis que les bergers appartiennent au récit de Luc.

Cette différence est éclairante. Matthieu écrit pour des communautés d’arrière-plan juif ; Luc, davantage pour des communautés grecques ou païennes. Mais dans les deux cas, ce sont des figures socialement ou religieusement disqualifiées qui deviennent les premiers témoins.

Les mages sont religieusement suspects, puisqu’ils viennent d’un univers étranger à la foi d’Israël et pratiquent l’astrologie. Les bergers, eux, étaient souvent méprisés socialement et considérés comme peu fiables. Dans les deux cas, l’Évangile montre que Dieu choisit des personnes que l’on n’attend pas pour être les premiers témoins de la bonne nouvelle.

Un renversement au cœur de l’Évangile

C’est sans doute l’un des messages les plus forts de ce passage. Dieu fait de ceux qui sont loin des témoins. Il choisit ceux que l’on n’aurait pas spontanément choisis. Les mages venus d’Orient, comme les bergers chez Luc, annoncent déjà ce grand renversement de l’Évangile : les humbles sont élevés, les puissants déstabilisés, les lointains deviennent proches.

Le récit des mages ne parle donc pas seulement d’une visite à l’enfant Jésus. Il annonce déjà une logique profondément évangélique : celle d’un Dieu qui renverse les évidences humaines, fait tomber les murs de séparation et appelle à lui ceux qu’on pensait exclus.

Que retenir de l’épisode des mages ?

Le récit des mages nous montre des hommes qui ont vu un signe, se sont mis en route, ont cherché, se sont trompés de lieu avant de trouver, puis ont discerné le vrai visage du pouvoir et choisi un autre chemin. Cette visite dit quelque chose de Noël, mais aussi de l’Évangile tout entier.

Elle dit qu’il faut se mettre en marche, accepter d’être déplacé, comprendre que Dieu n’est pas forcément là où le pouvoir humain l’attend, et reconnaître que les premiers témoins de la bonne nouvelle ne sont pas toujours les plus installés, mais souvent les plus inattendus.

Production : Fondation Bersier