Il vient en tout cas fragiliser et mettre à distance le «récit que ce drapeau incarne: celui d’une réconciliation durable, celui d’un engagement commun en faveur de la paix».

Il n’est pas question ici d’exprimer notre indignation. Laissons toute polémique vaine de côté. Interrogeons-nous uniquement sur la signification de ce geste et sur ses conséquences. Le retrait du drapeau européen du fronton de plusieurs mairies récemment conquises par des élus du Rassemblement National peut, à première vue, apparaître comme une «décision protocolaire» sans grande conséquence. Rappelons qu’en l’absence d’obligation légale, ce choix relève de la liberté des exécutifs municipaux. La portée de ce geste, assurément opportuniste, dépasse néanmoins le simple cadre administratif, comme certains voudraient le croire ou le faire croire. Car on touche à un symbole. Et cela ne fait que raviver des clivages profonds. Clivages relatifs à la souveraineté, à l’identité politique, mais aussi à l’héritage historique de la construction européenne. Il faut admettre que, face à de telles décisions, largement médiatisées, une question s’impose: le retrait du drapeau européen est-il un simple acte de communication politique ou traduit-il la remise en cause plus fondamentale du projet européen et des valeurs qui le sous-tendent ?

Un geste symbolique, une stratégie politique

Signalons d’abord que le retrait du drapeau européen s’inscrit dans la continuité d’une ligne politique du Rassemblement National, historiquement critique à l’égard de la construction européenne. S’ils ne prônent plus explicitement une sortie de l’Union, les élus concernés en contestent toujours la visibilité et la légitimité symbolique. Ce geste s’inscrit dans une stratégie politique de démarcation vis-à-vis des formations traditionnelles en mettant en avant la primauté de la souveraineté nationale.

Un maire, ceint de son écharpe tricolore, ôtant le drapeau de l’étrier, l’empêchant de se fondre au gré du vent au drapeau national, le repliant définitivement en s’écriant «Dehors les drapeaux européens à la mairie !», sait que son geste calculé et mis en scène possède une efficacité politique immédiate. Il adresse un signal clair à un électorat sensible aux positions souverainistes en générant une résonance médiatique. Le symbole devient, dès lors, un instrument de déclaration politique.

Le drapeau européen : un symbole chargé d’histoire et de valeurs

La controverse semble tenir en grande partie à la signification attribuée au drapeau européen. Loin d’être l’emblème d’une organisation politique, il rappelle à nos mémoires qu’il s’inscrit dans un projet historique né des ruines des conflits du 20e siècle. La construction européenne fut pensée comme le moyen de prévenir le retour de la guerre sur notre continent, tout en instituant des formes d’interdépendance entre les États. Car c’est un récit que ce drapeau incarne: celui d’une réconciliation durable, celui d’un engagement commun en faveur de la paix. Son retrait est aussi une forme de mise à distance de cet héritage, un affaiblissement symbolique des valeurs qui ont fondé l’émergence du projet européen.

Une contestation des finalités historiques ?

Il est cependant difficile de croire que les acteurs à l’origine de ces décisions rejettent les idéaux de paix ou de coopération entre nations. Leurs critiques visent davantage l’évolution contemporaine de l’Union Européenne. Selon eux, elle serait trop […]