Qu’est-ce qu’une coopérative funéraire ?

C’est un regroupement créé par des citoyens pour satisfaire leurs besoins en matière de services funéraires. Tout l’argent récolté est investi dans la coopérative ou pour les familles. C’est une entreprise, mais à but d’intérêt collectif. Il y a aujourd’hui une dizaine de coopératives funéraires en France.

Avez-vous inventé le modèle ?

Non, mon époux et moi l’avons découvert au Québec. Après la Deuxième Guerre mondiale, les citoyens ne pouvaient plus payer les funérailles et ils ont créé des coopératives. Aujourd’hui, les coopératives funéraires au Québec sont les plus gros acteurs du marché. Elles ont empêché les entreprises privées nord-américaines de s’imposer et lutté contre la marchandisation du secteur. Ce n’est pas le cas en France où deux grands groupes dominent le marché.

La mort est-elle une marchandise en France ?

Oui, elle est un objet de vente. Quand une personne décède, les entreprises funéraires sont là pour vendre des produits : cercueils, capitons… Les coopératives funéraires ont une logique différente, elles accompagnent les familles, offrent un service à la personne. La mort n’est pas une marchandise. Nous proposons de la beauté, un accompagnement laïc pour les non-croyants, des cérémonies écologiques qui ont du sens. Nous avons très peu de modèles de cercueils et d’urnes, tous à prix coûtant, fabriqués par des artisans locaux. Nous ne proposons pas de capitons, les familles apportent un drap.

L’accompagnement est-il essentiel ?

Je suis psychanalyste et je travaille sur le sujet de la mort depuis vingt ans. Je vois des personnes traumatisées par les accompagnements funéraires. Elles perdent un être cher et se retrouvent dans un lieu froid, aseptisé, avec des fleurs en plastique et des vendeurs distants qui n’ont aucune connaissance en psychologie. Même si les pompes funèbres commencent à travailler les outils de vente, forment des maîtres de cérémonie à des gestes stéréotypés, leur management reste un management de vente et la mort une logistique. Dans d’autres pays d’Europe, l’accompagnement est différent.

Les choses n’ont-elles pas changé après la pandémie ?

Si, les gens ont pris conscience qu’ils étaient mortels. Privés des funérailles de leurs proches, ils ont compris aussi ce que représentent les soins et les rituels de la mort, nécessaires. Il y a aujourd’hui plus de morts que de naissances ; les choses vont changer, les coopératives funéraires se développer.

Parlez-nous des Cafés mortels

Ils sont nés à l’initiative d’un anthropologue suisse, Bernard Crettaz. Je me suis formée à ses côtés et j’ai démarré les Cafés mortels en France en 2013. Ils se déroulent dans divers lieux. On donne la parole aux personnes, une parole collective qui circule entre des gens qui ne se connaissent pas, on parle de la mort pendant deux heures. C’est important de parler de la mort dans l’espace public, ça s’apprend. Il y a des jeunes, des personnes âgées, certains en deuil, d’autres qui vont mourir, d’autres encore qui ont peur… Le concept a de plus en plus de succès. Nous sommes désormais trois psychologues et formons des animateurs. On nous demande d’animer ces cafés un peu partout. Ils n’ont pas de but thérapeutique, mais les gens en sortent souvent soulagés d’avoir pu poser une parole.

Syprès assure aujourd’hui une centaine de cérémonies par an et compte quatre cents sociétaires : https://sypres.coop/