Dans l’Indiana se trouve une ville nommée Berne. Ses habitants parlent un dialecte suisse allemand et adorent les drapeaux et les traditions suisses un peu kitsch. Ces mennonites sont les descendants des communautés chrétiennes qui, il y a quatre cent ans, ont fui la Suisse et les persécutions dont elles faisaient l’objet en raison de leurs croyances. Dans le Midwest américain, de nombreuses localités portent aujourd’hui encore des noms helvétiques. Peu avant la pandémie, cette particularité a mis la puce à l’oreille de Tristan Miquel. «Je viens d’une famille protestante très ouverte – mon père était pasteur – et j’ai développé une certaine appétence pour les sujets religieux, la spiritualité et la quête de sens.» 

Ses recherches lui font alors découvrir l’histoire des anabaptistes, ces protestants radicaux massacrés dès l’époque de Zwingli parce qu’ils prônent une séparation stricte entre l’Église et l’État, refusent le baptême des nouveau-nés et également de porter des armes. «Une approche qui est finalement très proche de celle du Christ», note le trentenaire.

Tristan Miquel décide donc de tourner un documentaire sur ces Suisses exilés en Amérique afin de faire connaître cette page sombre et méconnue de l’histoire helvétique. «C’est un des grands massacres qu’a connus la Suisse et la plupart des gens ne sont pas au courant.»De l’Indiana à la Pennsylvanie en passant par l’Ohio, le réalisateur opère une immersion progressive dans la culture de ces descendants d’anabaptistes. Chez les amish, les drapeaux et le yodel laissent place à une culture plus conservatrice et épurée: les membres de la communauté roulent en carrioles, les hommes portent la barbe et les femmes de longues robes. 

Ici, la place de la Bible est centrale et un mode de vie communautaire prévaut.

«Les amish rejettent certaines libertés individuelles (interdiction de l’homosexualité, mariage et enfants obligatoires, rôle limité des femmes dans l’éducation) au profit du groupe», explique Tristan Miquel. Pour autant, ils ne vivent pas dans le passé et ne sont pas bornés. Ils ne cessent d’interroger la pertinence des technologies et de la modernité. «Ils n’adoptent que ce qui est essentiel et ne menace pas la cohésion communautaire ou l’indépendance financière. Aujourd’hui, pourtant, les amish changent: on observe un glissement vers l’évangélisme américain, avec l’intégration dans leurs cultes d’instruments de musique et de chants évangéliques, et une tendance au prosélytisme contraire à leurs traditions.»

Un guide plein d’humour

Ces groupes très conservateurs sont difficiles d’approche. Heureusement, Jacques Légeret, journaliste indépendant et fin connaisseur de ces communautés religieuses pour les avoir fréquentées avec […]