Il est des vocations qui ne se déclarent pas dans le fracas d’une révélation spectaculaire, mais dans la constance silencieuse d’une intuition précoce. Chez la pasteure Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, tout commence ainsi: par une enfance marquée à la fois par la fragilité et l’attention au monde, par une curiosité insistante pour ce qui se joue «de l’autre côté», de la porte, du quartier, du temple.
Enfant timide, souvent malade, elle grandit au Bénin dans une maison toujours ouverte, traversée par le va-et-vient des proches, cousins, cousines, visiteurs. Fille d’un polygame, élevée dans une famille nombreuse, elle apprend très tôt que l’existence est relationnelle, communautaire. Après la mort de son père, elle rejoint un oncle enseignant: là encore, la communauté se recompose.
Entourée majoritairement de garçons, elle apprend à s’affirmer. Sa timidité se fissure. À 12 ans, lorsqu’on lui demande la carrière envisagée, elle écrit sans hésiter «pasteure». Ni modèle féminin ni encouragement explicite. Au contraire, l’incrédulité domine. Peu importe.
L’église est pour elle un lieu de vie, de service, un espace où l’on apprend à donner autant qu’à recevoir. Cette évidence intime ne la quittera pas.
Engagement sur le terrain
Aujourd’hui pasteure de l’Église méthodiste du Bénin, docteure en théologie, coauteure d’Une bible des femmes (lire l’encadré), Fifamè Fidèle Houssou Gandonou incarne un leadership spirituel féminin profondément enraciné dans son contexte africain. Elle insiste sur une conviction simple: «L’appel de Dieu trace un chemin, mais il se parcourt avec les autres.» Sa famille – son époux, ses enfants – demeure un socle indispensable à son engagement, un lieu d’équilibre sans lequel rien ne serait possible. Son ministère lui offre un espace privilégié pour rejoindre les femmes, premières présentes dans les églises.
Fondatrice de l’ONG Déborah, réseau de promotion sociale et spirituelle pour un monde sans viol ni violence, elle y déploie une parole de libération:«Jésus donne la vie, et la vie en abondance.
Dès lors, aucune aliénation ne peut être justifiée, qu’elle soit religieuse, culturelle ou sociale.» Le patriarcat est nommé pour ce qu’il est: «un système qui enferme les femmes, mais aussi les hommes, souvent sans qu’ils en aient conscience».
La foi comme force de libération
Son féminisme, elle l’assume comme profondément évangélique. «Ceux qui opposent féminisme et foi chrétienne n’ont pas lu Jésus», affirme-t-elle. Non comme provocation, mais comme lecture théologique: reconnaître la femme comme image de Dieu, appelée à la plénitude. La parole qu’elle transmet n’impose pas, elle accompagne. Le changement est un chemin intérieur, parfois long. Certaines femmes comprennent immédiatement; d’autres résistent, doutent, puis reviennent des années plus tard. La graine semée finit par germer.
Sa pensée se nourrit aussi de la culture béninoise. Les Mino, ancien régiment entièrement féminin, sur nommé les Amazones du royaume du Dahomey, femmes guerrières et vaillantes, occupent une place importante dans son imaginaire. Elles incarnent une force féminine capable de surgir lorsque tout semble perdu.
Longtemps surnommée «l’Amazone» dans son ministère, la pasteure a appris à conjuguer cette image avec une autre forme de courage: celui de la persévérance quotidienne, discrète mais déterminée. Son engagement s’étend enfin aux questions de souveraineté alimentaire. Manger dignement, maîtriser ce que l’on consomme, lutter contre le gaspillage: des enjeux autant spirituels que politiques. A travers l’ONG Déborah, elle sensibilise aux […]
