Dans son Essai sur le principe de population, Thomas Malthus, à ses débuts vicaire de l’Église anglicane, fondait sa foi sur la raison : « Il semble absolument nécessaire pour nous de raisonner à partir de la nature jusqu’au Dieu (…), et non de prétendre raisonner sur la nature en partant de Dieu ».

Si on peut reprocher à cette théologie naturelle d’ignorer l’altérité de Dieu, elle peut néanmoins nous faire connaître les seuils que la civilisation technicienne franchit actuellement au point de détruire la création, ignorant la mise en garde de Genèse 3. Une limite qui s’impose aussi à la charité chrétienne, soumise aux contraintes physiques et sociétales, qu’ignore pourtant une conviction chrétienne d’un amour supposé sans limites.

Celle-ci est à l’origine du silence de la théologie verte sur le constat scientifique que la population mondiale dépasse la biocapacité de la terre car elle y décèle une mise en accusation implicite des populations pauvres, qu’une vision binaire de la réalité considère toujours comme des victimes non responsables.

C’est le résultat d’une éthique chrétienne qui sacrifie la raison à sa conviction, comme le constatait Malthus déjà en 1798 : « On peut établir que notre devoir est de céder à l’instinct de la bienveillance. Mais la raison nous impose de peser avec soins les suites de notre action ». Un constat réitéré en 1978 par l’historien Lynn White qui demandait dans un article intitulé « The Future of Compassion » à revoir l’idée même d’amour chrétien à cause de ses effets collatéraux dont il donne un exemple : « Par compassion, les chrétiens ont maintenu des millions de personnes en vie, ce qui leur a permis de mourir de faim ».

Dans un monde de déraison politique et écologique la compassion chrétienne doit rester raisonnable et responsable.

Martin Rott, juriste, pour « L’œil de Réforme »

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