Le protestantisme réformé n’en finit pas de reculer à petits pas dans la France profonde. Si dans les métropoles des temples font salle pleine avec organiste, chorale, pasteur et prédications dominicales, la désertification est cruelle, y compris dans des terres comme le Gard qui furent des refuges du protestantisme historique.
Un seul exemple : dans mon consistoire, il n’y a plus qu’un « demi-pasteur ». Le défi est d’assurer les obsèques, et d’assemblée générale en assemblée générale, on regrette le beau temps passé en espérant qu’il reviendra. Une nostalgie démentie par un fait matériel : chaque année nous avons tous une année de plus. Inexorable et déprimant.
On espère la nomination d’un pasteur, on décompte les suffragants, on subodore les vocations tout en sachant que ce monde est révolu.
Or plutôt que d’avancer en marche arrière vers le désert, nous ferions peut-être mieux de nous inspirer de l’Église primitive, puisque cette situation d’Église minorisée n’est pas nouvelle dans l’histoire du christianisme.
La construction des églises en dur nous vient de Constantin (272-337). Longtemps les chrétiens se sont reçus les uns chez les autres. Ceux qui avaient une salle haute, qui pouvaient recevoir, accueillaient chez eux la communauté pour entendre un prédicateur itinérant, partager la parole, le pain et le vin.
Si nous revenions à cette simplicité toute biblique, si nous ouvrions les portes cadenassées, nous arrêterions de transformer de bons théologiens en gestionnaires de biens immobiliers. Nous ne poserions plus la question des murs mais celle des paroles que nous échangeons, et comme le grain de sénevé nous pourrions mourir pour grandir.
Christian Apothéloz, journaliste, pour « L’œil de Réforme »
