Voici à grands traits deux régimes successifs qui ont marqué les relations entre religion et pouvoir en France, et même un troisième.
Premièrement, le régime « concordataire », n’empêchant pas toute liberté mais cependant peu propice à une adaptation aux mutations confessionnelles, en vigueur sous l’Ancien Régime, existe encore aujourd’hui dans trois départements français.
Le deuxième régime est celui de la « séparation » telle que nous la connaissons aujourd’hui depuis 1905. La loi ne parle pas de laïcité, mais en séparant les partenaires liés jusque-là, elle établit clairement une République laïque.
Dans ces deux situations, le protestantisme a plaidé et plaide encore pour la liberté et pour une relation vigilante d’intelligence critique, refusant toute instrumentalisation.
Un troisième type que l’on voit se dessiner est celui de l’« exclusion » ou de l’« ex-culturation », selon les mots de Danièle Hervieu-Léger. Une relation entre religion et pouvoir qui pourrait ne plus être qu’un vague lien enfoui dans la mémoire oublieuse d’une République entrée de plain-pied dans une ultra-modernité où le référent chrétien s’efface.
Dans ce moment passionnant où le protestantisme historique passe le relais aux évangéliques après cinq siècles de co-construction civilisationnelle, quel type de relations religion-pouvoir va sortir de ce nouveau laboratoire politico-religieux dans les décennies qui viennent ?
L’interculturalité et la richesse spirituelle de ce monde évangélique français, africain, antillais, asiatique, arabe, latino-américain, va se trouver à l’épreuve d’une lourde responsabilité : donner du souffle à une République laïque qui en manque et du sens à une société aux cieux désertés par l’espérance, écrire un nouveau chapitre des relations entre Églises et pouvoir.
François Clavairoly, pasteur, pour « L’œil de Réforme »
