Comment « drivons-nous » nos enfants ?

Comment « drivons-nous » nos enfants ?

La performance paraît faire partie de l’éducation. Mais rime-t-elle forcément avec réussite ?

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Publié le 7 décembre 2016

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

« Peut mieux faire ». Quel élève n’a jamais lu cette appréciation dans son carnet de notes ? Certains enseignants peuvent apparaître comme d’éternels insatisfaits : il faut toujours faire plus ou mieux. Certains parents quant à eux incitent leurs enfants à tout donner dans leur scolarité et leurs études. Mais performance rime-t-elle forcément avec réussite ? Et que transmettons-nous réellement ?

Parents et professeurs mesurent la plupart du temps la réussite scolaire à l’aune exclusive des notes. Il suffit de considérer le tollé que soulève chaque réforme scolaire qui envisage de supprimer la notation des élèves ou leur évaluation pour comprendre qu’elles sont autant de facteurs de réassurance pour leurs parents quant à l’avenir. Des parents qui projettent facilement l’angoisse qu’ils connaissent eux-mêmes face à un marché du travail dont la logique leur échappe, et qui espèrent que les bons résultats de leur progéniture les protégeront des affres qu’ils vivent. Mais à force de placer la barre trop haut, ne risque-t-elle pas de retomber sur la tête de nos enfants ? J’ai le souvenir de cette mère, dont les enfants étaient scolarisés dans un prestigieux établissement parisien, et qui me confiait en soupirant : « Certains parents élèvent leurs enfants comme des chevaux de course… ». Cet esprit de compétition, tient parfois aussi à des croyances et modèles que nous tenons de notre éducation. Nous intégrons très tôt des principes éducatifs que nous reproduisons dans notre vie d’adulte – et nous transmettons plus ou moins consciemment ces « drivers » à nos propres enfants.

Dans les années 1950, le psychiatre américain Eric Berne développe l’analyse transactionnelle, un modèle de communication interpersonnelle qui s’appuie sur une théorie de la personnalité définissant des profils appelés « états du Moi ». Dans les années 1970, le psychologue américain Taibi Kahler fait évoluer cette méthode en mettant en évidence cinq messages contraignants – aussi appelés drivers (pour pilotes) que nous enregistrons plus ou moins consciemment dès notre enfance et qui conditionnent littéralement nos comportements tout au long de notre existence.
Par nos attitudes, réactions et surtout petites phrases, nous distillons ces drivers à nos enfants :

– Dépêche-toi !
Ce pilote est opérant chez des personnes à qui on a répété qu’elles étaient lentes, ou dont les parents eux-mêmes étaient pressés, estimant qu’il n’est pas bon de perdre son temps. Lorsque l’on fonctionne avec ce message contraignant – que l’on a tendance à transmettre –  le temps est une donnée perpétuellement intégrée. On a affaire à des personnes qui se mettent facilement la pression pour faire vite et plus. Elles sont généralement organisées et réactives, mais victimes d’une volonté impérieuse d’en rajouter, et minées par la peur du manque de temps. Insatisfaites autant qu’anxieuses. Ce sont des impatients, qui détestent l’ennui, mais qui peuvent facilement zapper d’une activité à l’autre.

– Sois parfait !
Ce pilote est généralement hérité de parent(s) exigeants qui placent la performance en critère de réussite absolu : bon milieu, bonnes études, bon diplôme et parcours professionnel d’excellence… Pas de place pour l’erreur ou l’échec ! Les enfants ou les adolescents qui fonctionnent avec ce driver (plutôt des filles) sont perfectionnistes et rarement satisfaits d’eux-mêmes car ils pensent qu’ils peuvent toujours mieux faire. A l’inverse, ils peuvent être plus lents que la moyenne, par besoin de vérification ou faute de pouvoir s’arrêter à un résultat abouti. Dans la vie active, ils pourront devenir des managers ayant du mal à  faire confiance ou à déléguer, considérant que les autres font forcément moins bien qu’eux.

– Sois fort !
Ce driver renvoie directement au courage, au rapport à l’effort, voire à la souffrance. Lorsqu’on est soumis à un tel message contraignant, il ne faut pas montrer, il faut tenir. Ce sont des enfants qui prennent sur eux et ne ménagent pas leur peine. Adultes, ce sont des personnes extrêmement résistantes et débrouillardes, mais imperméables aux émotions, qui n’écoutent pas leur fatigue et sont peu enclines à solliciter l’aide des autres. Pour elles, se faire aider ou reconnaître une faiblesse serait démériter.

– Fais (moi) plaisir !
Ce message contraignant place l’enfant sous le regard de l’autre, dont il faut privilégier le plaisir, au détriment de ses propres besoins. L’enfant, devenu adulte, soumis à un « fais plaisir » avance par devoir ou abnégation dans un oubli de soi sacrificiel et une frustration péniblement contenue. C’est l’enfant ou l’adolescent qui ne rapporte des bonnes notes que pour la satisfaction qu’elles apportent à ses parents, au détriment de son évolution personnelle. Il a un rapport au choix, à l’opinion ou à la décision souvent compliqué – ou empreint de frustrations. C’est un excellent camarade, altruiste et empathique mais vite débordé, car contraint de dire oui à tout le monde.

– Fais des efforts !
Ce driver laisse entendre que la réussite se mérite, qu’elle a un coût.  A nouveau, il ne faut ni s’écouter, ni ménager sa peine pour avancer. L’enfant fonctionnant avec un « fais des efforts » est fiable, persévérant, voire besogneux. Il aime la nouveauté, est enthousiasmé par les défis et les challenges mais peut cependant avoir tendance à rejeter l’échec sur les autres.

Nous fonctionnons la plupart du temps avec un driver très actif, et un, voire deux autres, secondaires. Ils créent un profil qui va influencer notre rapport au temps, à l’activité, à la réussite, à la relation aux autres. Nous travaillons et échangeons sous la « coupe » de ces drivers que nous présentons aux autres comme des modèles – souvent impérieux pour nous-mêmes. En effet, le point commun entre ces messages est de mettre tout individu sous contrôle : nous plaçons notre référence dans le regard de l’autre. Dès lors, nous cherchons l’approbation, la reconnaissance, et peinons à apprécier nous-mêmes ce que nous faisons. Pour maintenir le niveau d’exigence externe, nous entretenons une pression interne constante. Il devient alors difficile de baisser la garde ou de changer :

  • un « dépêche-toi » aura du mal à prendre du temps pour lui,
  • un « sois parfait » peinera à faire moins bien et apprécier le temps libre,
  • un « sois fort » rencontrera des difficultés à écouter ses douleurs ou états d’âme,
  • un « fais-moi plaisir » laissera peu de place à ses propres besoins et envies
  • un « fais des efforts » s’abandonnera rarement à la facilité.

Avoir conscience de ces messages aide à comprendre notre fonctionnement et évite de le reproduire de manière automatique, mais aussi à la manière d’un modèle, pour nos enfants qui ont tôt fait de prendre pour eux le contexte dans lequel ils sont élevés. D’autant que, lorsque cette pression individuelle liée aux drivers se combine à l’environnement complexe dans lequel nous évoluons, le cocktail devient potentiellement explosif. Les modèles intégrés dans l’enfance portent les comportements adultes, qu’il est alors bien plus difficile – mais toujours possible – de faire évoluer.

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