L'héritage musical francophone oublié de John Littleton

L’héritage musical francophone oublié de John Littleton

Si les publics francophones connaissent le Gospel depuis longtemps, c'est grâce à des 'passeurs', souvent protestants, qui ont su acclimater ce genre musical venu des Etats-Unis.

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Publié le 4 octobre 2016

Auteur : Sébastien Fath

Le plus grand d’entre eux reste aujourd’hui largement oublié : il s’agit de John Littleton, natif de Louisiane. Quelle est son histoire ?

Il commence à se faire connaître au début des années 1960, d’abord en France puis à l’international, de Montréal (Canada) à Port-au-Prince (Haïti). Il va devenir un vecteur décisif du rapprochement entre les univers de la francophonie et du Gospel. On s’inscrit alors dans le contexte qui suit immédiatement Vatican II, qui permet d’introduire « du gospel dans la liturgie catholique (mais aussi dans les carnets de chant des scouts de France »[1]. Yves Raibaud fait remarquer que « cette introduction des musiques noires dans la liturgie avait été anticipée par l’Église protestante. Un certain nombre de figures artistiques l’ont incarnée, en particulier celle du chanteur noir américain John Littleton, qui avait enregistré plusieurs versions de Let my people go, un « bis » qui lui était réclamé à la fin de chaque concert ».

Qui est ce John Littleton (1930-1998) ?

Tombé dans un oubli relatif aujourd’hui, il va pourtant comme nul autre populariser et expliquer, en France métropolitaine et dans la francophonie, l’essence du Gospel et des Negro Spirituals. Ce fils de pasteur baptiste américain, tombé amoureux d’une Française et installé en France après sa démobilisation de l’armée, avait une voix exceptionnelle. Habitué des chœurs Gospel et des exercices en soliste, il a été formé au Conservatoire National de Paris, d’où il sort lauréat du premier prix de chant et du premier prix d’opéra. Dans les années 1960 et 1970, il n’a pas son pareil pour magnifier les grands répertoires Gospel, n’hésitant pas aussi à réinterpréter en langue française, dans un style différent. Auteur d’une oeuvre phénoménale qui s’élève à plus de soixante-quinze disques, couvert de récompenses (le Grand Prix du disque Charles Cros, la Légion d’Honneur), il a contribué à stimuler toute une génération de chanteurs et chanteuses chrétiens comme le Père Bernard, un Franciscain québécois, ou la religieuse belge Sœur Sourire (1933-85), interprétée au cinéma en 2009 par Cécile de France.

Quid de son oeuvre aujourd’hui ?

En dépit des millions d’exemplaires de disques vendus, John Littleton était très rétif à la publicité, et aux médias. Aux projecteurs, ce descendant d’esclaves, très pieux, préférait la lumière des églises, quelle que soit leur étiquette confessionnelle. Son image sage et religieuse ne convenait pas du tout à la critique culturelle de l’époque, dont les yeux et les oreilles se tournaient vers d’autres horizons. Si bien que l’oeuvre et l’héritage de Littleton sont presque tombés dans l’oubli aujourd’hui. Aucune biographie ne permet, pour le moment, de retracer le détail de son itinéraire d’artiste au talent fulgurant. Et pourtant ! Accueilli à bras ouverts dans les églises catholiques, extrêmement connu à l’international, du Japon au Cameroun en passant par les Etats-Unis, la Pologne et le Liban, ce chantre protestant au timbre d’exception a largement favorisé le rapprochement du Gospel, des Spirituals et du monde francophone, même s’il a toujours pris grand soin de ne jamais plagier, en français, ce qu’il savait si bien chanter en anglais : les nombreux standards qu’il a légués en langue française ne sauraient ainsi, pour la grande majorité d’entre eux, être qualifiés de Gospel francophone. Last but not least, John Littleton a aussi beaucoup contribué au renouvellement du répertoire des célébrations de la messe, avec en particulier l’exceptionnel succès des chansons (en langue française) du disque « Amen », composées par Odette Vercruysse. En francophonie comme en christianisme, Littleton était un bâtisseur de ponts, œcuménique et pacificateur.

[1] Yves Raibaud, « Armstrong, je ne suis pas noir… », revue Volumes !, 8/1, 2001, p.228.

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