Fondatrice de Marilyn Hickey Ministries, elle portait une vision reçue à 42 ans : « couvrir la terre de la Parole » (Ésaïe 11:9). Cette conviction simple a propulsé une femme issue d’un milieu méthodiste populaire vers une influence planétaire, à travers la télévision, les livres, les campagnes d’évangélisation de masse, la formation de leaders, et, dernièrement, les podcasts. Dans l’espace francophone, son héritage se vit de manière discrète mais profonde, notamment au travers d’églises comme la megachurch de Paris Centre Chrétien (PCC) à La Courneuve (France).
Tout commença modestement. Convertie adolescente, Marilyn épouse Wallace « Wally » Hickey en 1954. Ensemble, ils assurent l’accompagnement pastoral de l’Orchard Road Christian Center à Denver (Colorado). Elle rejoint la vague pentecôtiste et charismatique, dans sa version Parole de foi, fondée sur la force performative des énoncés du croyant, et reçoit la conviction qu’une femme peut prêcher, « gagner des âmes », telle une prophétesse des temps modernes. Des études bibliques à domicile dans les années 1960 se transforment en radio, puis en émission télévisée Today with Marilyn, diffusée pendant plus de cinquante ans, puis co-animée avec sa fille Sarah Bowling sous le nom Marilyn & Sarah. C’est la grande époque du télévangélisme, dont la saga a été racontée, en langue française, par le sociologue Jacques Gutwirth (1).
Prédication dans 140 pays
Son style était unique : une enseignante accessible, joyeuse, pratique, qui rend la Bible accessible sans jamais diluer ce qu’elle estime devoir être inculqué. Guérisons, autorité du croyant, puissance de la confession de la Parole, prière et jeûne : ses thèmes récurrents s’inscrivent dans le mouvement Parole de foi, tout en restant centrés sur Jésus-Christ et l’enseignement biblique. De plus en plus demandée, elle étendit largement son ministère à l’international à partir des années 1970, sous l’influence de T.L. Osborn (1923-2013). Elle se serait rendue dans plus de 140 pays, dont la France et nombre de pays francophones.
Elle prêche dans des stades, rencontre des chefs d’État, ouvre des portes même dans le monde musulman, en particulier au Pakistan, en Égypte, etc..
Elle affirme : « J’aime les musulmans, et les musulmans m’aiment ». Partout, elle insiste : le « travail invisible » de la prédication puis de l’institution de salut pentecôtiste (2), accompagnée d’une foi fervente, est conçu pour produire des résultats visibles : conversion, guérison, délivrance, provision… mais aussi action humanitaire, comme à Gaza, où son intervention, en 2007, contribue à la construction d’abris anti-bombardements.
A l’inverse d’autres télévangélistes, son sillage n’est pas terni par les scandales. Sa réputation grandit. Ses livres, traduits en de nombreuses langues, deviennent des outils de formation. En français, des titres comme La puissance de la prière et du jeûne (ed. Parole de foi) ou La puissance du pardon circulent dans les librairies chrétiennes et les bibliothèques pastorales depuis des années. Ils forment toute une génération d’enseignants et de croyants qui cherchent une vie chrétienne sous le signe de la ferveur charismatique.
C’est précisément dans cet écosystème charismatique de la « foi qui agit » que son influence touche l’espace francophone.
En France, en Belgique, en Suisse et surtout en Afrique francophone, le christianisme évangélique charismatique a absorbé ces enseignements pratiques de Marilyn Hickey.
C’est dans l’église Paris Centre Chrétien (PCC) que l’on trouve l’un des relais les plus concrets de son influence. Elle s’y rend à plusieurs reprises, tisse des liens forts et durables. Fondée à la fin des années 1980 par le pasteur Selvaraj Rajiah (d’origine indienne), l’église de La Courneuve est rapidement devenue un centre de réveil et de formation pour toute la francophonie. Après le départ de son époux en 2011, la pasteure Dorothée Rajiah a repris le flambeau avec une même détermination pour diffuser un modèle chrétien où la foi s’accompagne par les « signes et miracles » du Saint-Esprit. L’église, membre de la Fédération protestante de France, rassemble une congrégation multiculturelle et rayonne bien au-delà de l’Île-de-France. Son École biblique Parole de Foi (École de la Parole) propose un cursus qui insiste sur les mêmes thématiques que celles que a enseignées Marilyn Hickey toute sa vie.
Pionnière des vocations charismatiques féminines
La pasteure Dorothée Rajiah a publiquement rendu hommage à Marilyn Hickey, considérée comme « une mère spirituellen». Monique Sébilleau est également liée à ces cercles. Responsable des Éditions Béthesda, elle publie ou diffuse les ouvrages de Hickey, aux côtés de Kenneth Hagin, Myles Munroe et d’autres.
Par les livres, la formation continue, les relations personnelles, mais aussi par les pasteurs et laïcs formés à PCC et répartis ensuite dans toute la francophonie – France, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Québec – Marilyn Hickey a nourri un « territoire circulatoire » charismatique marqué par une foi pratique et la croyance dans l’œuvre miraculeuse du Saint-Esprit. Par l’exemple, elle a également contribué à battre en brèche l’idée que seules les grandes figures masculines, les fameux « généraux de Dieu » (sic) peuvent porter un ministère international.
Femme de taille menue, mère, grand-mère, prédicatrice intrépide prête à retourner, année après année, prêcher devant des publics masculins et musulmans au Pakistan, elle a ouvert la voie à de nombreuses vocations féminines, y compris celle de Dorothée Rajiah. Aujourd’hui, alors que bien des Églises sont en deuil, son ministère continue à travers sa fille Sarah Bowling et des milliers de partenaires. Mais son legs le plus prégnant se trouve peut-être dans ces églises francophones où, dimanche après dimanche, « fils et filles prophétisent » (Joël, 2, 28), attirant de nouveaux convertis. Un modèle charismatique porté par une anthropologie de la confiance et par cette conviction que « la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ » (Romains 10:17).
- Jacques Gutwirth, L’Église électronique, la saga des télévangélistes, Paris, Bayard, 1998
- Yannick Fer, « Le travail “ invisible ” de l’institution pentecôtiste ». Genèses. Sciences sociales et histoire, 2021, 124, pp.31-53

