« Le pays est aujourd’hui dans le noir total ». Lundi 27 avril, l’universitaire et opposant malien Etienne Fakaba Sissoko a livré un constat sans appel de la situation du Mali au micro de RFI. Samedi 25 et dimanche 26 avril, les rebelles djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, et les indépendantistes touareg du Front de Libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une série d’attaques contre la junte militaire au pouvoir. Chef de la junte, le général d’armée Assimi Goïta est sorti de son silence trois jours après la série d’attaques et a assuré : « la situation est maîtrisée », a-t-il indiqué dans une allocution télévisée mardi 28 avril. Il a cependant reconnu l’extrême gravité de la situation du pays, indique France Info.
Les combats se sont déroulés dans plusieurs villes maliennes. À Kati, près de Bamako, commune qui abritait le général en chef, à Gao, plus grande ville au nord du pays, et à Sévaré, dans le centre. Les deux groupes armés ont déclaré le siège de la capitale malienne. « À partir d’aujourd’hui, nous bloquons Bamako […]. Personne n’y entrera plus », a indiqué l’un des porte-parole des djihadistes, Bina Diarra dans un message diffusé en bambara, rapporte Le Monde. Il reprend plus loin : « La seule mesure de tolérance est accordée à ceux qui se trouvent déjà à Bamako pour leur permettre de repartir. […] En revanche, il est désormais interdit de s’y rendre jusqu’à nouvel ordre. » Le ministre de la Défense Sadio Camara, l’un des principaux responsables du régime, a été tué dans les affrontements entre rebelles et forces armées maliennes.
La junte militaire et son allié russe en difficulté
Au cours de son allocution, le général d’armée Assimi Goïta a indiqué : « A l’heure où je vous parle, le dispositif est renforcé […]. Les opérations de ratissage, de recherches, d’exploitation du renseignement et de sécurisation se poursuivent ». Il a également appelé la population à un « sursaut national », contre « la division et la fracture ». Proche de Moscou, ce dernier avait reçu l’ambassadeur de Russie avant son allocution.
À la tête du pays, après un double coup d’État en été 2020 et au printemps 2021, la junte a opéré une rupture vis-à-vis de ses anciens alliés en rejetant les forces françaises, appelées à l’aide en 2013. L’armée tricolore était intervenue dans la région pour contrer les forces djihadistes au cours de l’opération Serval et Barkhane. Le nouveau pouvoir malien s’était alors allié aux mercenaires russes de Wagner et à l’Africa Corps, une organisation paramilitaire russe qui lui a succédé. À l’international, le président de la commission de l’Union Africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a fermement condamné ces attaques « qui risquent d’exposer les populations civiles à des dangers importants » indique France Info.

