Cultiver la responsabilité dans la société du numérique : cette tâche a de quoi donner le vertige. Cela fait maintenant trois ans que l’intelligence artificielle (IA) occupe le débat public, que l’on voit s’aligner les affirmations sur les opportunités et les risques, que l’on avertit face aux coûts tout en indiquant les possibilités ouvertes par ces techniques. L’IA a ses promoteurs enthousiastes, ses pourfendeurs prophétiques, mais surtout une foule de modérateurs pragmatiques.
Une idée s’impose du cœur de ces débats : l’échec d’une responsabilité raisonnée. Les techniques de l’IA sont le révélateur des entrelacs matériels, psychosociaux, techniques, juridiques, politiques et économiques qui constituent aujourd’hui notre environnement – quiconque souhaite savoir pour agir est mis en échec et renvoyé à la machine, qui fait (déjà) les calculs à sa place.
Cette situation ne signifie pas la fin d’un agir responsable, mais plutôt son redéploiement. Plusieurs pistes devraient être explorées. Il faudrait tout d’abord rechercher les occasions d’écoute et de dialogue autour du numérique (surtout entre les générations) pour décloisonner la perception des usages et, surtout, des affects qui nous lient à ce milieu.
Ensuite, méditer de manière critique les impératifs de puissance qui nous sont adressés en permanence, depuis le flux du développement technique : c’est avant tout contre cet esprit que nous avons à nous positionner (Éphésiens 6,12).
Il faut aussi découvrir la liberté que recèle le numérique : il existe en effet une grande quantité de possibilités, à côté de celles imposées par les GAFAM. Enfin, il est indispensable de former, connaître et honorer les dispositifs réglementaires, sans surestimer leur contribution effective à une vie commune.
Elio Jaillet, chargé des questions théologiques en Église, pour « L’œil de Réforme »