En Suisse, une votation cantonale prévue le 14 juin prochain propose une modification de la Constitution de la République et canton de Genève. Celle-ci vise à introduire une disposition obligeant les membres des assemblées genevoises, mais aussi tous les élus de la République, à respecter dans le cadre de leurs représentations officielles une réelle neutralité religieuse.
Cette proposition de loi réitère de fait une exigence précédemment contenue dans la loi genevoise sur la laïcité de 2019. Or celle-là avait été annulée par la chambre constitutionnelle de la Cour de justice au motif que la liberté d’expression, y compris religieuse, faisait partie des libertés fondamentales garanties sans exception dans la Constitution de l’État.
En se réclamant du principe constitutionnel de laïcité, les porteurs de cette proposition souhaitent pourtant assurer aux citoyens que les décisions politiques ne seront prises que dans le seul souci de l’intérêt général, sans être éventuellement teintées de présupposés confessionnels.
Leurs opposants, et le Conseil d’État lui-même, rappellent au contraire que la mesure viserait des élus, et non des fonctionnaires ou des représentants de l’État déjà astreints à un devoir de réserve, et qu’à ce titre, la garantie de leur liberté d’expression est constitutive du bon fonctionnement d’une République démocratique et pluraliste.
Ce débat genevois résonne avec des préoccupations relativement similaires en France voisine, dont l’enjeu est aussi philosophique qu’éthique et politique : la liberté religieuse est-elle toujours une liberté publique à l’égal des autres ? Et la restreindre abusivement n’entraînera-t-il pas nécessairement un appauvrissement du débat dans l’espace démocratique pourtant garanti par nos institutions ?
Valentine Zuber, historienne, professeure d’université, pour « L’œil de Réforme »