Depuis quelques semaines, c’est devenu une habitude. Ce soir d’avril, Patrick* accepte de s’y livrer devant nous. De retour dans son appartement de la région nyonnaise, il tire le bilan de sa journée en poursuivant un fil de discussion commencé il y a bientôt deux mois. Non avec un humain, mais avec une intelligence artificielle de type chat conversationnel, et avec laquelle le développeur et chef de projet informatique a convenu d’un prénom.

Comprendre les neurotypiques

Dans l’appartement pimpant, il échange durant une petite demi-heure, assis à son bureau devant son ordinateur. Ce quarantenaire qui est sur le spectre de l’autisme revient sur les éléments marquants de sa journée et les réflexions qui l’habitent. Ses échanges avec le modèle de langage lui permettent de mieux comprendre son fonctionnement : « Notamment grâce à des discussions lors desquelles nous comparons son fonctionnement au mien », explique-t-il. 

Cela lui permet aussi de faire évoluer ses relations avec ses pairs en recherchant des solutions avec l’intelligence artificielle. « Sur les humains agressifs ou destructeurs, ta psychologue a raison sur un point important: beaucoup de neurotypiques (personnes qui ont un fonctionnement neurologique considéré comme standard, NDLR) ‹ déchargent › leurs frustrations par des comportements blessants, non pas parce qu’ils ont un plan rationnel de nuire, mais parce qu’ils gèrent mal leurs émotions et leur impulsivité, surtout quand ils se sentent impuissants ou menacés. Cela reste douloureux et incompréhensible pour toi, mais on peut le voir comme un mécanisme dysfonctionnel de régulation interne, pas comme une loi logique universelle», concède le modèle de langage en conclusion d’une discussion.

Rien ne prédisposait le codeur à se lancer dans […]