Si l’on en croit l’INSEE, près de 80% des Français vivent en ville ou dans une zone urbaine. Un milieu pas si naturel pour les Sapiens que nous sommes, mais que nous avons créé, souvent en disciplinant la nature, ou en la faisant disparaître. Cet environnement, nous le traversons tout au long de la semaine, au milieu du bruit, de la circulation, de la pollution et le regard sans cesse happé par du béton, de la lumière et des écrans partout, qui aseptisent notre quotidien et gomment les saisons…
Vous vous sentez fatigué ou débordé ? Il serait temps de faire une petite cure de nature. Mais, même s’il est difficile de s’échapper tous les week-ends vers des lieux bucoliques, on peut aussi reconvoquer la nature, même en ville, pour notre plus grand plaisir.
Même si cela paraît étonnant, il faut bien admettre que notre cerveau n’a pas tellement changé depuis la préhistoire. Et pendant 99 % de l’histoire humaine, nous avons vécu dans la nature, avec elle et à son rythme. D’ailleurs, l’être humain porte en lui un besoin inné : la biophilie, l’attirance pour la nature et le vivant. D’aucuns diraient, pour la Création. Nous sommes partie intégrante de cette nature qui nous manque, alors qu’elle produit sur nous de nombreux bienfaits.
Vingt minutes passées dans un espace naturel, même un jardin public, suffisent à faire chuter le cortisol, l’hormone du stress chronique.
Des chercheurs de l’Université de Stanford ont même montré qu’une marche de 90 minutes en milieu naturel réduit la rumination mentale. Et les Japonais ont déjà élevé au rang d’institution le shinrin-yoku, le « bain de forêt », pour profiter des effets des phytoncides émis par les arbres sur nos défenses immunitaires (le blog lui avait déjà consacré un article).
Si vous n’avez pas forcément envie de déménager à la campagne, et que votre appartement est petit et ne possède aucun extérieur, il est tout de même envisageable de remettre de la nature dans sa vie !
S’ouvrir au vivant chez soi
Pas de jardin ? Pas de balcon ? Pas de problème ! La reconnexion commence parfois avec un seul pot accroché au rebord d’une fenêtre ou une plante grasse disposée dans le salon. Prendre soin d’une plante, c’est bien plus qu’un geste décoratif, ça peut devenir un rituel méditatif : taille, engrais, arrosage… et discussion si l’humeur vous en dit ! S’occuper d’une plante suppose déjà une observation, et c’est elle qui impose son rythme : elle ne grandira pas plus vite parce qu’on la regarde.
Pour les débutants ou les distraits, mieux vaut privilégier des espèces robustes : pothos, sansevière, cactus… Pour les plus aventureux, on se lance dans la culture simple d’herbes aromatiques dans une jardinière : basilic, menthe, ciboulette… Elles offrent en plus le plaisir de pouvoir les déguster.
Votre plante n’évolue pas aussi bien que vous l’aviez espéré ? C’est aussi une leçon : le vivant a ses propres lois, indifférentes à nos objectifs. Profitez-en pour devenir ami avec le vendeur d’une jardinerie près de chez vous, il aura certainement de très bons conseils à vous donner. Pour ma part, j’ai adopté un terrarium qui fait mon bonheur car ce mini-monde fonctionne en autonomie, demande très peu d’arrosage mais offre un spectacle miniature absolument ravissant.
Autre geste simple à adopter chez soi : ouvrir la fenêtre chaque matin et s’exposer à la lumière du jour (excellente pour l’humeur) tout en écoutant attentivement les sons de l’extérieur – le souffle du vent dans les feuilles des arbres, le crépitement de la pluie, le pépiement des oiseaux… Une bonne raison de se lever tôt, avant que la circulation ne soit trop dense. En télétravail, on peut aussi se poser devant sa fenêtre quelques instants pour prendre son café en observant la lumière qui change au fil de la journée.
Retrouver la nature en sortant de chez soi
Sans forcément changer d’horizon, on peut constater que la ville regorge de vivant. Il faut juste savoir où regarder. Un arbre du quartier devant lequel on passe chaque jour sans le voir, une touffe d’herbe entre deux pavés, un vol d’étourneaux qui dessine des formes dans le ciel… Dans l’esprit de la méditation de pleine conscience, on peut choisir un sit spot : un endroit précis où l’on s’assied régulièrement, une dizaine de minutes, dans l’idée d’être juste là et de vivre l’instant présent.
On peut aussi « adopter » un arbre dans son quartier : le photographier chaque semaine, noter les changements de saison, observer ses habitants… Le mien s’appelle Max, c’est un érable et il est situé face à la fenêtre de mon séjour et je le vois évoluer au fil des saisons.
On élit domicile le plus souvent possible dans un parc, un jardin, un square, pour déjeuner, lire… ou ne rien faire (double effet sur la déconnexion).
Marcher pieds nus dans l’herbe d’un parc, s’allonger sur le sol quelques minutes permet au corps de retrouver des sensations oubliées.
Et on peut apprendre de la nature. Des applications comme PlantNet aident à identifier arbres et plantes, Merlin fait la même chose pour les oiseaux, et iNaturalist pour tout le vivant. Vous ne faites plus une promenade mais une véritable expédition naturaliste près de chez vous !
Réveiller ses sens avec les éléments naturels
En ville, nous avons tendance à subir les éléments, à fuir la pluie, à nous plaindre du vent ou de la chaleur ou à combattre le froid. Et si on apprenait plutôt à les accueillir ?
Se mettre sous la pluie intentionnellement, juste une fois, comme le font les enfants. Lever les yeux vers les nuages et les regarder vraiment, en interprétant leurs formes. Sentir l’odeur de la terre mouillée après l’orage – un parfum nommé pétrichor et produit par des bactéries du sol libérées par les premières gouttes de pluie. Observer les étoiles depuis une fenêtre ouverte. Ce sont, à nouveau, des actes de pleine présence.
Le psychologue américain Dacher Keltner a montré que ces petits moments d’émerveillement, awe en anglais, le titre de son ouvrage sur le sujet, ont des effets mesurables sur la santé mentale : ils apaisent l’ego, réduisent l’inflammation et donnent le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi. Une expérience quasi mystique.
S’ouvrir à l’émerveillement n’a pas besoin d’être spectaculaire. Il peut tenir dans l’observation silencieuse d’une araignée qui tisse sa toile entre deux barreaux de balcon.
S’engager pour plus de vie
Se reconnecter au vivant peut amener, progressivement, à en devenir acteur. On peut participer non seulement à la protection de la nature mais aussi plus simplement au maintien de son contact avec nous. Comme, par exemple, en rejoignant une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), pour consommer mieux mais aussi renouer avec les cycles des saisons et mettre un visage sur ceux qui produisent ce qu’on mange.
On peut aussi participer à un jardin partagé, pour mettre les mains dans la terre, apprendre la patience des semis, tisser des liens avec des voisins en papotant autour d’un carré de légumes. D’autres formes d’engagement, plus militants, existent : rejoindre la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) et participer aux comptages citoyens d’oiseaux, contribuer à iNaturalist ou à Vigie-Nature pour recenser la biodiversité urbaine, planter des fleurs sauvages sur un balcon pour les insectes pollinisateurs…
La reconnexion au vivant est une expérience accessible, faite de petits gestes quotidiens comme de regards renouvelés. A consommer sans modération.