Si vous êtes né, comme moi, entre 1965 et 1980, vous faites partie de la génération X. La meilleure, selon certains. Surtout, celle qui a grandi dans les années 80. Si cette période n’est pas toujours la meilleure côté musique, elle véhicule aujourd’hui une nostalgie dans laquelle on nous invite à plonger. Et nos enfants, ceux nés plus ou moins avant l’an 2000 – Gen Z ou Alpha – s’approprient désormais les codes qui ont été ceux de notre jeunesse.

Que ce soit dans « Strangers Things », la série qui a réuni toute la famille ou le très récent « Juste une illusion », le film d’Olivier Nakache et Eric Toledano, les années 1980 font leur come-back. Oui, ça fait bizarre d’entendre nos enfants chanter à tue-tête les tubes qu’on écoutait sur nos walkmans. Ceux dont il fallait rembobiner les cassettes à la main si on tenait à ses piles. Stranger Things a remis à l’honneur Kate Bush et Prince, en faisant de « Running Up That Hill » un personnage à part entière de la série, et de « When Doves Cry » le bouquet final de l’ultime saison. Depuis 40 ans, Indochine tient le devant de la scène et on achète des billets pour emmener nos enfants écouter Depeche Mode. Oui, tous ont pris des rides, mais la voix, elle, ne change pas.

Si vous allez faire du shopping aujourd’hui avec un ado, vous avez toutes les chances de finir dans une ressourcerie, pour acheter en seconde main un sweat-shirt « Fruit oh the Loom » ou « Poivre blanc », une combinaison Naf-Naf ou ce blouson aux bandes jaune fluo que même votre propre mère vous interdisait de porter pour aller au collège.

Le plus drôle, c’est peut-être de constater que nos fils portent aujourd’hui la moustache qui était caractéristique de nos pères, et que nous on trouvait horriblement ringarde, surtout chez les garçons de Première qui portaient des Burlington.

Mais d’où vient cette nostalgie ?

Le monde semble nous échapper et nous comprenons de moins en moins la logique de nos dirigeants. Impuissants face aux soubresauts de l’actualité, nous cherchons du réconfort « ailleurs ». Exhumer le passé, c’est vouloir faire revivre ce que nous considérons comme un âge d’or – un doudou émotionnel.

Pour la génération X, on pourrait naturellement pointer un retour à l’enfance ou à l’adolescence – une période où les responsabilités étaient moindres et l’insouciance réelle. C’est sur cette tendance que surfe le mouvement nold – comprenez « never old » : trop vieux pour être jeune mais trop jeune pour être vieux. S’accrocher à notre jeunesse serait une manière de refuser de vieillir. A ce titre, le dessinateur Pacco Dorwling-Carter illustre régulièrement des instantanés de son enfance, absolument savoureux. Moi aussi je veux retrouver mon Polaroid, mes Stan Smith, manger des Bolino ou des Twix !

Les années 80, dernière décennie de l’insouciance ?

Mais pour les plus jeunes, les années 80 apparaissent comme une époque fantasmée, sans suprématie du tout-numérique, et donc perçue comme plus simple et plus humaine. Plus lente aussi.

Il faut dire que le rapport au temps était totalement différent. On a été habitué à « attendre » : le nouvel épisode d’une série, le tirage de nos photos sur papier, la sortie de notre revue préférée ou d’un disque pour lequel il fallait économiser, et le passage de notre titre préféré à la radio pour pouvoir l’enregistrer. Car les années 80 incarnent un monde encore largement analogique. Les cassettes audio à bande, les VHS, les débuts des jeux vidéo d’un minimalisme déconcertant, les premiers walkmans… Tout cela renvoie à une expérience plus sensorielle et plus concrète des loisirs. Un contraste qui séduit particulièrement les jeunes générations, en quête d’authenticité, et qui se constituent leurs fameux analog bag (le blog en a déjà parlé dans cet article).

Quant aux relations, elles étaient directes, spontanées et non virtuelles. Sans doute le plus gros contraste. Notre réseau social, c’était le banc devant le lycée. La vie, c’était dehors.

La comparaison se limitait aux copains de la classe, et quand on rentrait chez soi, les ragots du collège s’arrêtaient à la porte de chez nous, sans risque d’être harcelé jusque dans sa chambre.

Si on voulait appeler une copine, il fallait que ses parents soient d’accord et acceptent de nous la passer. Si toutefois la ligne n’était pas déjà occupée – et sous réserve que sa mère n’écoute pas la conversation depuis un autre poste. Vous aviez rendez-vous avec un pote et il n’arrivait pas ? Il vous restait à rentrer chez vous sans savoir ce qu’il s’était passé – ce qui n’avait rien de dramatique non plus. S’ennuyer était une activité, et on ignorait à quel point elle était bénéfique.

Mais idéaliser les année 80, c’est oublier que l’on vivait les débuts du SIDA – et la stigmatisation des homosexuels, la fin de la guerre froide – mais avec des missiles russes et américains (déjà eux !) qui se défiaient sur le sol européen, l’apartheid en Afrique du Sud et Tchernobyl…

Aujourd’hui, nos enfants s’inquiètent pour le climat, s’interrogent sur leur identité, défendent leur santé mentale, voient monter avec inquiétude les extrêmes et se demandent si l’IA ne va pas remplacer un métier qu’ils n’ont même pas encore commencé…

Chaque époque a ses charmes, et chaque époque traverse ses tempêtes. La leçon a en tirer c’est que toute période, aussi dure ou difficile soit elle, finit toujours par passer. Le point commun est peut-être la nécessité de (re)trouver le sens du collectif. Chaque génération a le pouvoir de changer le monde.