Le bruit, c’est un peu comme la douleur. On réalise à quel point il est horripilant quand il s’arrête. Je dois admettre qu’avec l’âge, je supporte de moins en moins les ambiances ultra-bruyantes, au point qu’il m’arrive de ressortir de certains restaurants, si je constate dès mon arrivée que le niveau sonore est trop élevé. Passer une soirée à tendre l’oreille pour comprendre les autres convives ou à « résister » aux bruits de verre, à la musique de fond, ou aux conversations tonitruantes de mes voisins de table m’est devenu pénible.
Il semblerait que je ne sois pas la seule. En région parisienne, plus de 80% de la population se plaint du bruit. La même proportion serait exposée à des niveaux sonores supérieurs à 53 décibels – le seuil moyen recommandé par l’Organisation mondiale de la santé – ce qui fait du bruit la deuxième source de pollution néfaste à la santé, après celle de l’air. Des records largement battus si l’on habite dans le 8e arrondissement (qui cumule des pics à 75 décibels) ou près du périphérique où les plafonds flirtent avec les 80 dB. Même si le seuil de la douleur se situe à 120 dB, ces niveaux sont unanimement qualifiés de « pénibles ».
Le bruit est un tueur sourd
Si une exposition prolongée à 80dB ou plus pendant plus de 8 heures impacte l’audition, ça n’est pas le moindre des problèmes. Près de 4 millions de Français souffrent de troubles du sommeil liés au bruit. En Europe, chaque année, 48 000 cas de cardiopathie ischémique et 12 000 décès prématurés seraient dus au bruit. Et on estime à entre 7 mois et 2 ans la « perte de vie en bonne santé » du fait d’une exposition excessive et prolongée au bruit.
Mais le bruit a aussi un impact économique. Au travail, il diminue la productivité et augmente les arrêts de travail, un coût social qui représenterait jusqu’à 21 milliards d’euros chaque année. Ce chiffre monte à 147 milliards si l’on y ajoute le coût des dépenses de santé liées au bruit et l’impact sur l’espérance de vie.
Apprécier le silence
A part dans les chambres sourdes – des espaces techniques destinés à mesurer le niveau sonore d’appareils électrique – il n’y a aucun endroit où le silence soit absolu. Même la nature la plus calme bruisse toujours un peu. Mais nous pouvons faire en sorte d’être moins exposés, voire de se réserver des moments les plus tranquilles possibles. Face aux bruits ambiants permanents, nous pouvons nous offrir des cures de silence.
Selon une étude menée en 2023 par le Centre de recherche sur les thérapies régénératives de Dresde, deux heures de silence par jour suffisent pour favoriser la création de nouveaux neurones dans l’hippocampe – la zone du cerveau associée à la mémoire.
Le silence a d’autres vertus :
– il allège l’hypervigilance et la tension mentale,
– il aide à fixer les apprentissages, les souvenirs et à consolider la mémoire,
– il améliore la créativité,
– il rend plus attentif : à soi, aux autres, au monde…
Si les bouchons anti-bruit sont devenus indispensables dans mon sac, pour faire face aux excès des transports ou des lieux publics, d’autres habitudes sont accessibles, même si elles demandent un petit effort.
Voici trois scenarios pour réinstaurer des temps de silence.
1 – A la maison, on met la pédale douce
On s’invente des rituels seul ou à plusieurs, comme autant de sas de récupération tout au long de la journée ou de la semaine.
– Démarrer la journée en s’accordant une demi-heure sans rien de stimulant : pas de téléphone, pas de radio, pas de télé ni de musique… Juste préparer son petit déjeuner en conscience en entendant la maisonnée s’éveiller.
– Dîner en silence, une fois par semaine. Parents et enfants sont invités à être « juste là » et à se passer le sel ou le pain sans prononcer une seule parole (fous rires assurés !).
– S’octroyer « une heure silencieuse » dans la soirée. Tous les écrans sont éteints, pas de musique de fond, juste soi et un plaid, une tisane, un livre…ou rien.
– S’aménager chez soi un « coin calme », comme un refuge. Y mettre un carnet, un crayon, une bougie parfumée et s’engager à s’y « poser » au moins 10 mn chaque jour.
2 – On tente une journée en silence
Le défi est plus important. On peut l’expérimenter seul – à condition effectivement d’être seul – ou en participant à un stage de méditation, sur une journée, par exemple.
On peut aussi se faire un programme sur-mesure : balade dans un cimetière, pause dans un jardin, visite d’un aquarium, immersion dans une bibliothèque ou marche en silence en forêt…
3 – On s’inscrit à une retraite
C’est la version XXL ! Dans un centre de méditation, un monastère, une tiny house en pleine forêt ou un lieu de retraite dédié aux citadins débordés, on débranche de tout pendant un week-end ou plusieurs jours. Des lieux laïques, spirituels ou religieux, comme les deux centres des Diaconnesses de Reuilly à Versailles ou au Moutier.
Dans une société qui valorise l’action permanente et la communication en continu, choisir le silence relève presque d’un acte de résistance. Il n’est cependant ni un repli, ni une fuite. C’est une manière de se réapproprier sa vie, de réorienter son attention vers ce qui compte vraiment, de retrouver ses propres pensées au milieu du tohu-bohu et de réapprendre tout simplement à être bien avec soi-même.
Sources :
– Ville de Paris : Amélioration de l’environnement sonore
– Handicap.fr : Le coût du bruit plombe l’économie française
Pour aller plus loin :
– Article : Où trouver le silence à Paris ?
– Article : Où faire une retraite proche de Paris ?
