« Il a bien existé un accord entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi ». Au deuxième jour des réquisitions contre l’ancien président de la République, mardi 12 mai, l’un des procureurs généraux a rendu son argumentaire au cours du procès en appel de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen, rapporte BFMTV. La veille, le parquet général a requis la condamnation de ce dernier pour association de malfaiteurs, corruption, financement illégal de campagne et recel de détournement des fonds publics libyens. « En agissant de la sorte, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant qui occupaient les deux plus hautes fonctions de l’État les ont dévoyées. Ils ne se sont comportés ni en ministre d’État, ni en chef de l’État, ni en haut fonctionnaire. Ils ont usurpé les qualités attachées à ces fonctions », a indiqué le procureur général.

Lundi, au premier jour des réquisitions, l’avocat général Damien Brunet a également réclamé la condamnation de l’ancien chef de l’État. « Vous retiendrez donc que, projetant des atteintes à la confiance publique des plus graves avec un niveau opérationnel inégalé, cette association de malfaiteurs se place dans les plus hauts niveaux de gravité que la République ait pu connaître », a-t-il déclaré. Cité par Mediapart, le magistrat a précisé que Nicolas Sarkozy a été d’après lui « l’instigateur » des rencontres entre deux de ses proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant, avec plusieurs responsables libyens parmi lesquels Abdallah Senoussi. Beau-frère de l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi, il est soupçonné d’avoir mené l’attentat du vol UTA 772 qui a coûté la vie à 54 Français en 1989.

« Ses actions corruptrices avec le régime libyen »

Un autre avocat général, Rodolphe Juy-Birmann, a par ailleurs salué la parole des familles des victimes de l’attentat, constituées en partie civile. « Nous avons été touchés, impressionnés de vous voir là tous les jours, […] Vous avez fait entrer un regard différent dans un dossier de probité », a souligné le magistrat. D’après le parquet, « Nicolas Sarkozy a fait de ses comptes de campagne [de l’élection présidentielle de 2007] le réceptacle occultant de ses actions corruptrices avec le régime libyen ». Pour Damien Brunet : « Nicolas Sarkozy est celui sans qui toutes ces rencontres et tous ces transferts de fonds n’auraient eu aucun intérêt. »

Au cours du jugement en première instance, le tribunal avait déclaré l’ancien président de la République coupable d’association de malfaiteurs, mais ce dernier avait obtenu la relaxe de trois des quatre points d’accusation, notamment celui de chef de corruption. Le tribunal avait estimé qu’il ne correspondait pas au critère juridique de dépositaire de l’autorité publique de par sa situation de candidat à l’élection. Le parquet général estimait de son côté le critère rempli, dû au fait que Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur au moment des faits.