L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) impose de dépasser les jugements parfois aussi péremptoires que superficiels pour engager une réflexion lucide sur ses bénéfices comme sur ses risques réels.

La conjonction de puissances de calcul inédites et de protocoles novateurs a engendré des systèmes d’une complexité vertigineuse – ce sont des centaines de milliards de données ingérées et autant de paramètres d’ajustement. Mais cette sophistication se paye par un fonctionnement en grande partie inintelligible.

Ces systèmes sont extraordinairement performants et utiles : vont-ils générer du chômage ou de nouveaux emplois ? Sans doute l’un puis l’autre, comme souvent avec les innovations technologiques.

Leur fiabilité reste imparfaite. Les biais issus de données majoritairement étasuniennes et une tendance à la complaisance, parfois jusqu’à la fabulation, fragilisent leurs réponses, même si des méthodes dites d’« alignement » tentent de limiter ces dérives. Ils sont, du moins à ce jour, très énergivores.

Les géants américains et chinois se livrent une « course aux étoiles » aux enjeux financiers colossaux, convaincus que les gagnants seront en position hégémonique. Serons-nous à leur merci ?

Le philosophe Thibaut Giraud souligne qu’ils « soulèvent aussi des questions sur le raisonnement, la compréhension, l’intelligence, la créativité, la pensée, et même la conscience, autant de notions éminemment philosophiques. Ce serait une faute de ne pas s’y confronter ».

Nous ne savons pas si les IA sont ou seront conscientes : et comment en juger, quand nous ne savons même pas définir la conscience humaine ? Mais leur puissance et leur autonomie croissantes posent la question centrale de leur contrôle et surtout de leur bon usage : « C’est perturbant, mais c’est ainsi ».

Patrick Pluen, ingénieur, pour « L’œil de Réforme »

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