À l’automne 1973, le prix du pétrole passe de 2,7 dollars à 11,5 dollars le baril : c’est le premier choc pétrolier. Les Pays-Bas sont parmi les plus touchés car, à la hausse du prix, certains exportateurs ajoutent un embargo les concernant, à l’instar des États-Unis, de l’Afrique du Sud et du Portugal, pour sanctionner leur soutien à Israël.

Le gouvernement néerlandais envisage alors de baisser les taxes sur l’essence pour contenir l’évolution des prix à la pompe. Une voix s’élève pour s’y opposer. Elle a du poids car c’est celle de Jan Tinbergen, qui a reçu en 1969 le premier prix Nobel d’économie de l’histoire. Né à La Haye en 1903 dans une famille protestante – son père est pasteur –, Tinbergen s’oriente vers l’économie après un doctorat en physique. Il y voit le moyen de valoriser sa formation scientifique tout en promouvant les valeurs de son milieu familial.

Il soutient donc que nul n’est économiste s’il n’est mathématicien mais que l’économiste ne peut se contenter d’échafauder des théories abstraites. Il lui faut en faire partager les résultats à la population afin notamment de la mettre en garde contre une classe politique qu’il accuse, selon une formule célèbre, de « penser plus à l’élection future qu’à la génération future ».

En 1973, rappelant que le choc pétrolier opère une ponction inévitable sur le revenu du pays, il dénonce le mensonge démagogique de ceux qui prétendent l’effacer en supprimant des recettes fiscales et en endettant l’État.

Aujourd’hui, il est indispensable de renouveler son message de vérité.  

Jean-Marc Daniel, professeur d’économie, pour « L’œil de Réforme »

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