Le travail d’exploitation, le dumping commercial de Shein, Temu et autres enseignes chinoises sont révoltants et condamnables. Mais il est bien tard pour s’apercevoir que nous avons délégué à la Chine la fabrication des biens de notre quotidien, et surtout le textile.

Le 1er janvier 2005, jour de la fin des quotas du textile, a ouvert les portes du monde aux produits asiatiques. Fin 2004, tout ce que la France compte d’acheteurs internationaux, les grandes surfaces et les belles enseignes du prêt-à-porter (qui tombent en faillite les unes après les autres), étaient en embuscade à Shanghai, prêts à remplir les conteneurs, pour inonder le marché européen.

Déshabillez-vous ! Regardez une à une les étiquettes de vos vêtements. Toute la mode enfantine, tout le prêt-à-porter est aujourd’hui fabriqué en Asie. La seule différence, à ce jour, est que les Chinois ont décidé de court-circuiter des intermédiaires qui se gavaient entre Shanghai et Paris. Ils accèdent directement au consommateur français : ils peuvent ainsi lui vendre un costume de mariage à 22,50 euros (même pas le prix des boutonnières).

Ce sourçage chinois contribue largement à notre niveau de vie : si nous voulions revenir à une tenue totalement « made in France », il faudrait multiplier au moins par cinq le budget de notre garde-robe. C’est vrai pour la mode, les matériaux de bricolage, l’électroménager ou le numérique. Le logement, l’énergie, la nourriture ont connu des envolées inflationnistes dans nos budgets parce qu’ils ne sont pas délocalisables.

Si nous voulions être sincères dans notre dénonciation de Shein, il faudrait expliquer objectivement que s’en passer impliquerait une baisse drastique de notre niveau de vie et du confort de nos maisons. Y serions-nous prêts ? 

Christian Apothéloz, journaliste, pour « L’œil de Réforme »

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