Sa portée dépasse largement la seule dimension alimentaire pour embrasser la santé mentale, l’isolement social et les perspectives d’avenir des jeunes. Face à cette situation, l’Etat et les associations s’organisent pour apporter une aide concrète et rompre le cercle vicieux de la précarité.

Un phénomène de masse

La période post-confinement a agi comme un révélateur, mettant en lumière l’ampleur d’une précarité étudiante jusqu’alors souvent tue. Florian Rippert, cofondateur et président de StudHelp, témoigne de cette évolution : « On a créé StudHelp en pleine sortie de confinement avec l’idée que ce serait éphémère. Mais finalement, le confinement a permis à ces étudiants, qui avaient peut-être honte ou qui n’osaient pas forcément en parler, d’exprimer leurs besoins. »

Au-delà des assiettes vides : la précarité comme cercle vicieux

Le manque de moyens les pousse à des choix difficiles, sacrifiant parfois les repas au profit d’autres dépenses prioritaires. « Le fait de ne pas manger ou de moins bien manger a forcément un impact sur la santé mentale et sur les études. Il est compliqué pour les étudiants de se concentrer sur leurs études et d’imaginer aller en cours à 9h du matin sachant que la veille au soir ils n’avaient pas pu dîner, et le matin ils n’ont pas pris de petit déjeuner », souligne le président de StudHelp.

Loin d’être limitée à l’alimentation, la détresse exprimée par les étudiants englobe un large éventail de difficultés. « Aujourd’hui, on a des demandes de plus en plus urgentes et qui ne concernent pas que l’aide alimentaire. On a beaucoup d’étudiants qui souffrent d’isolement, de problèmes liés à la santé mentale », explique Florian Rippert. 60% d’entre eux présenteraient des signes de détresse psychologique. Des situations extrêmes voient même des jeunes contraints de dormir dehors.

Une réponse solidaire et humaine

Face à l’urgence, StudHelp a développé un modèle basé sur le parrainage. L’association met en relation des parrains/marraines, qui s’engagent à soutenir financièrement et humainement un étudiant en situation de précarité. « L’objectif est un, l’aide alimentaire, mais surtout aussi de pouvoir créer du lien social avec ces mêmes étudiants », détaille Florian Rippert. Au-delà de l’aide matérielle, ce lien se transforme souvent en mentorat, offrant aux étudiants un soutien précieux pour leurs parcours professionnels.

Soutenir les étudiants pour investir dans l’avenir du pays

Pour mieux accompagner la jeunesse étudiante, plusieurs aides ont été développées ces dernières années, notamment le repas Crous à 1 euro et le dispositif Santé Psy Étudiant. Florian Rippert appelle également à une réflexion sur les coûts importants de certaines écoles de commerce et universités, qui mettent de nombreux étudiants en difficulté.

« Je pense qu’il y a aussi un volet de formation à vérifier notamment auprès des écoles de commerce et des universités pour s’assurer qu’elles mettent en place toutes les mesures d’accompagnement des étudiants et des actions concrètes, comme par exemple baisser les frais de scolarité », suggère-t-il.

Soutenir les étudiants n’est pas seulement une question d’équité, c’est aussi un investissement pour l’avenir du pays. « Les étudiants représentent l’avenir du pays. Et comment représenter l’avenir du pays quand on démarre avec une situation très précaire ? », interpelle Florian Rippert.

Une émission de Phare FM.